Céder au coup de cœur ou opter les yeux fermés pour le modèle le plus répandu, conseillé par un proche, ou vantée par une concession, sont-ils les meilleurs scénarios à adopter pour acquérir une voiture électrique d’occasion. Non ! Et pourtant c’est souvent l’un d’eux qui pousse nombre d’automobilistes à devenir électromobilien. La démarche nécessite d’être plus rigoureux. Les pistes à suivre…

Génération lithium-ion

Ne vous laisser surtout pas tenter par les prix alléchants demandés pour des Renault Clio de 1996, Kangoo de 2003, Citroën AX du milieu des années 1990, Peugeot 106 de la même époque, ou autres modèles antérieurs à 2010… à moins de vouloir vous amuser un peu et développer vos compétences en entretien de VE avec des engins aux entrailles quelque peu accessibles. A une médiocre autonomie d’environ 70 kilomètres, il faudra leurs accorder une attention toute particulière pour l’entretien et les réparations, éventuellement en vous aidant des conseils et du matériel de pionniers de la mobilité électrique. Mieux vaut oublier les voitures branchées des générations plomb et NiCd, pour préférer celles équipées de batteries lithium-ion. Dans ces dernières, on évite de se laisser séduire par les modèles de constructeurs disparus, comme Mia Electric.

Le budget

C’est pourtant bien le budget qui va procéder au premier écrémage de l’offre en voitures électriques disponibles lors de votre recherche, afin de ne regarder que du côté de celles qui vous seront réellement accessibles. Ne le prévoyez pas trop chiche, en tablant sur les économies que vous devriez très certainement réaliser à l’usage.

Effectuer 100 kilomètres en voiture électrique ne devrait pas vous coûter plus de 2 euros en électricité en rechargeant depuis votre domicile, contre 8,50 euros de gazole ou 11,50 euros d’essence avec un modèle thermique. Ce qui devrait vous autoriser à gonfler de quelques milliers d’euros l’enveloppe que vous auriez réservée dans le passé pour une voiture d’occasion.

Avec 6.000 euros, – ce qui est quasiment un minimum pour une voiture électrique -, vous aurez quand même le choix entre des Renault Zoé et Fluence (location des batteries à prévoir en plus), la Bolloré Bluecar (+ location des batteries), et les C-ZiMiOn (Mitsubishi i-MiEV, Peugeot iOn et Citroën C-Zero). En montant jusque 10.000 euros, vous vous ouvrez aux Nissan Leaf, Bolloré Bluesummer (+ location des batteries) et Citroën E-Méhari (+ location des batteries). Les Kia Soul EV et Volkswagen e-up! deviennent accessibles avant les 15.000 euros. Pour une Tesla Model S, prévoir au moins 50.000 euros.

Besoins en autonomie

A quoi destinez-vous votre voiture électrique ? Trajets domicile-travail uniquement ? Des déplacements à moyennes et/ou longues distances parfois ? Voiture unique ou principale ? Ce sont les besoins en autonomie qui vont ensuite réduire la palette des modèles correspondant à vos attentes. Pour des déplacements courts, une citadine fera l’affaire. Et même pour de moyennes distances. A ce jeu, la plus polyvalente semble bien être la Renault Zoé. Surtout avec 1 ou 2 enfants avec soi. Les besoins en autonomie sont aussi à évaluer en fonction des possibilités de recharge à disposition.

Recharge à disposition

Où allez-vous recharger votre voiture électrique le plus souvent ? Au domicile. Dans ce cas, et sur ce point, avec des déplacements courts ou moyens, quasiment toutes les voitures électriques de la génération lithium-ion pourraient vous convenir. S’il est question de faire des déplacements longs, régulièrement ou occasionnellement : quelles sont les puissances des points de recharge à votre disposition qui permettraient de les réaliser ? Des bornes rapides ? Si oui, c’est l’idéal, et vous aurez le choix, en particulier parmi les modèles asiatiques et allemands qui savent exploiter les standards CHAdeMO et Combo CSS.

S’il n’y a que des bornes accélérées 22 kW, vous voilà clairement dirigé vers la Renault Zoé. Toutefois, sachez que certains VE qui embarquent un chargeur rapide peuvent aussi, souvent sur option, recevoir un appareil 7 kW qui dépannera à l’occasion. A savoir, la BMW i3 peut être équipée d’un prolongateur d’autonomie à essence.

Les modèles à fuir

Même si les prix peuvent apparaître alléchants, certains modèles de véhicules électriques sont à éviter absolument. Parmi eux la Renault Fluence qui connaît des problèmes au niveau du moteur électrique et pour laquelle le constructeur ne pourrait apparemment plus fournir de batteries de remplacement.

Ensuite, ce sont les VE dont il est nécessaire d’entretenir à une certaine température les accumulateurs qui ne sont pas adaptées aux particuliers. Ces engins consomment plus d’énergie que les autres et doivent être quasiment toujours branchés quand ils ne servent pas. Il s’agit des Bolloré Bluecar et Bluesummer, et de la Citroën E-Méhari. En outre leur conduite n’est pas des plus agréables.

Alimentée par les batteries LMP de Bolloré, la Citroën e-Méhari doit constamment rester branchée pour être maintenue à température et éviter l’autodécharge.

Etat de la batterie

L’organe principal sur lequel vous devez porter votre attention avant d’acheter une voiture électrique d’occasion, c’est la batterie. Combien de kilomètres est-il possible de réaliser avec ? Si pour une Citroën C-Zero qui a 5 ans, et 100.000 km, l’on vous dit qu’après une recharge complète elle peut effectuer 140 km : méfiance ! Cette performance était déjà difficile à réaliser quand elle était neuve.

L’idéal est de connaître l’autonomie NEDC annoncée à l’époque par le constructeur, et de retirer 20% pour connaître le rayon d’action réelle à sa première mise en circulation. Comparez ensuite ces chiffres avec ceux donnés par le vendeur. Après plusieurs années de fonctionnement et des dizaines de milliers de kilomètres plus tard, il sera forcément en dessous, sauf cas très spécifiques d’utilisation.

Privilégier les propriétaires ouverts à un essai long

L’autonomie que vous annonce le vendeur, ce dernier devrait vous mettre en mesure de la constater. Comment ? En vous laissant essayer la voiture suffisamment longtemps, après une recharge complète.

Pas forcément besoin de vider la batterie, encore que ce serait l’idéal. Mais au moins la moitié afin de vérifier qu’il n’y a pas une grosse incohérence dans les chiffres que le propriétaire ou le concessionnaire vous aura communiqués. Un professionnel sera souvent plus enclin à vous laisser cette liberté… s’il est sûr de son produit ou s’il table sur votre crédulité.

Toutes les technologies de batteries lithium-ion ne vieillissent pas de la même manière. Globalement, on sait dire aujourd’hui qu’un pack peut accumuler 100.000 km et plus en 5 à 10 ans. Mais pour chacun des modèles que vous aurez retenus, l’idéal est de consulter les retours d’expériences de leurs premiers utilisateurs, en particulier sur des forums dédiés.

Location de la batterie

Les craintes sur l’état de la batterie peuvent être balayées en choisissant une voiture électrique dont le pack est loué. C’est rassurant, surtout quand on sait que certains constructeurs n’ont pas encore communiqué de tarifs pour le changer, ou au contraire des prix très dissuasifs. Tous les constructeurs ne proposent pas cette possibilité de location limitée aux accumulateurs. Elle est disponible au moins chez Renault, Nissan, Smart, et imposée chez Bolloré, et Citroën pour la E-Méhari.

A savoir : Il se met actuellement en place en différents coins de France des structures pour réparer ou échanger les batteries lithium-ion. Prévoyez un budget de l’ordre de 5.000 euros pour un pack d’une capacité inférieure à 25 kWh.

Facteur plaisir

Tout cela ne doit pas vous faire oublier qu’une voiture électrique, c’est aussi une voiture plaisir. Et l’on a quand même le droit de craquer pour un modèle plutôt qu’au autre, certains ayant véritablement ce qu’il faut pour cela, que ce soit au niveau de la ligne, d’une ambiance intérieure, ou du comportement routier.

Quoi qu’il en soit : essayez plusieurs modèles différents pour sentir celui qui vous semblera le mieux vous correspondre tout en offrant le niveau de service qui répond à vos besoins.