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Fondée en mai 2024 à Pont-l’Abbé (29) par Denis Cormier, l’entreprise Heaol ne pouvait que fonctionner avec un véhicule électrique pour ses chantiers en rapport avec les énergies renouvelables et l’électromobilité. Il a cependant fallu attendre qu’un utilitaire avec suffisamment d’autonomie et relativement abordable arrive sur le marché. A l’ouverture des commandes, notre lecteur a signé dans les premiers pour le Renault Master électrique à batterie 87 kWh.
Dans le foyer de Denis Cormier, l’électrique est une réalité depuis déjà quatre ans et demi : « C’est ma femme qui a commencé avec un Citroën Berlingo pour son activité maraîchère. Un an plus tard, j’ai pris un Tesla Model Y pour un précédent usage professionnel. Il a ensuite servi pour ma société Heaol, car il n’y avait pas de fourgon à la hauteur de mes attentes en 2024. Le Model Y a l’avantage d’offrir un grand coffre et de pouvoir tracter une remorque ».
Même avec son utilitaire électrique, le dirigeant de l’entreprise finistérienne ne transporte pas lui-même tous les éléments de ses installations : « J’essaie de me faire livrer sur mes chantiers les panneaux solaires et les batteries de stockage d’énergie, dont certaines, pesant jusqu’à 1,5 tonne, ne rentreraient pas dans le fourgon. Ce qui me permet de ne pas rouler avec une trop lourde charge à l’arrière. Avec le Renault Master E-Tech, il m’est déjà arrivé de tracter une remorque d’échafaudage de 750 kg dont la hauteur dépassait celle du véhicule ».
Un éventuel concurrent à cet utilitaire électrique : « C’est le Peugeot e-Boxer, mais je le trouvais trop long dans les formats L3 ou L4 alors proposés [NDLR : respectivement 6,00 et 6,36 m]. Pour comparaison, mon Master électrique en L2H2 s’étire sur un peu moins de 5,70 m. Je trouvais aussi que le Citroën avait une trop grosse batterie de 110 kWh pour pas plus d’autonomie réelle que le Renault moins gourmand [NDLR : 424 km en cycle mixte WLTP pour le e-Boxer L3H2 110 kWh contre 420 km avec le Master en L2H2 87 kWh] ».
Considérant sans concurrence la nouvelle mouture du Renault Master électrique, Denis Cormier n’attendait qu’une chose : « C’est l’ouverture des précommandes. Elle devait coïncider à un mois près avec la date de création de Heaol, mais elle a été repoussée de juin à septembre 2024. Je n’ai pas attendu que ce nouveau Master E-Tech soit disponible pour signer. J’étais allé à la concession de Pont-l’Abbé, mais le commercial n’a pas voulu prendre ma commande au prétexte que l’électrique, ça ne marche pas ».
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Environ six mois d’attente pour recevoir le Renault Master E-Tech : « De teinte bleu orage, il m’a été livré en mars 2025. Des confrères ayant eu des outils volés dans leurs fourgons, j’avais commandé en options l’alarme et les serrures renforcées pour l’arrière. J’avais aussi demandé le chargeur 22 kW AC, sans savoir qu’elle me priverait du V2L. La doc mentionnait pourtant bien la présence d’une prise de courant à l’arrière qui m’aurait été très utile pour mon outillage électroportatif. J’espère vraiment que ce problème va être réglé par la suite ».
L’option pour le chargeur embarqué a vraiment du sens aussi pour Heaol : « J’ai installé chez moi une borne 22 kW AC qui me sert à recharger de nuit mon utilitaire. Rapidement après l’avoir reçu, j’ai fait floquer mon fourgon au nom de l’entreprise par l’Imprimerie Atlantique de Concarneau qui a alors pu essayer mon Master E-Tech et acheter ensuite exactement le même. Je n’arriverai sans doute pas à convertir beaucoup d’artisans autour de moi, car ils ne sont pas trop branchés véhicules électriques ».
Une exception toutefois : « L’un d’eux, un copain, vient de commencer avec un Ford e-Transit Custom. À terme, je pense qu’il va finir par passer entièrement à l’électrique sa dizaine de fourgons. Ce qui l’a convaincu, c’est le prix du gazole. Je lui avais au préalable expliqué comme ça se passe avec un utilitaire électrique et installé des bornes de recharge. Mes clients sont cependant principalement des particuliers. Ils me posent souvent des questions concernant mon Master E-Tech. Certains sont intéressés par ce modèle pour en faire un van aménagé ».

Avec maintenant 18 000 km au compteur, l’utilitaire branché convient-il à Denis Cormier ? « Pour moi, un véhicule, c’est un véhicule : s’il répond à mes besoins, ça me va bien. C’est un utilitaire spacieux, silencieux, qui accélère bien et dont on sent bien le couple. Très agréable à conduire, il ne fait pas trop fourgon quand on est à son volant. On penserait presque être dans une voiture. Le Master E-Tech offre une très bonne finition, et se montre très confortable à l’usage : on est très bien installé sur les sièges. Je trouve en plus qu’il a une bonne gueule ».
Tout n’est pas pour autant parfait avec le Renault Master E-Tech : « Avec les aides à la conduite, ça bipe de partout sans qu’on sache trop pourquoi. C’est souvent concernant la trajectoire, mais je n’en comprends pas toujours la raison. Quand ça devient trop fréquent, je coupe ces aides. Mon salarié le fait systématiquement au démarrage quand c’est lui qui conduit. En dehors de ce problème, il apprécie lui aussi beaucoup cet utilitaire électrique ».
Autre point de mécontentement : « C’est accessoire, mais c’est tout de même un des plus gros points négatifs pour ce véhicule, l’application My Renault ne marche pas pour le Master électrique alors que pour les voitures de la marque ça se passe bien. C’est compliqué à synchroniser, ça se déconnecte tout le temps, ou ça dit que le véhicule n’est pas pris en charge ».
Concernant l’autonomie, l’artisan est mitigé : « Elle n’est pas encore idéale. Le fabricant de batterie CATL parle de 1 000 km pour les voitures électriques, peut-être peut-on espérer 500-600 km avec les utilitaires dans un avenir pas trop lointain. Je sors très peu du Finistère. Il est donc rare de devoir recharger dans la journée. En cumulant de petits trajets et en roulant pas trop vite, je peux compter sur une autonomie de l’ordre de 300-320 km. Ainsi, je recharge mon fourgon électrique une à deux fois par semaine ».
Nontron (24), Bordeaux (33), Toulouse (31), Chessy (77), Sceaux (92), etc. Heaol intervient aussi parfois en dehors de la Bretagne : « Notre plus long déplacement avec le Renault Master électrique, c’était environ 800 km pour aller par deux fois à Toulouse installer une centrale photovoltaïque avec batterie de stockage. En prenant l’autoroute, j’exagère à peine si je dis qu’on roulait une heure et qu’on s’arrêtait trente minutes pour recharger. Au retour, nous sommes partis à 13 h 00 pour arriver dans la nuit chez nous à 1 h 30. Ça a été un vrai supplice, ce trajet ».
À l’aller, le déplacement avait été moins lourd à supporter : « Nous nous étions arrêtés en cours de route en Vendée pour effectuer un chiffrage. La consommation peut vite s’envoler avec le Master électrique. À 100 km/h, avec une galerie sur le toit, on va être à 33 kWh/100 km, mais ça va grimper à 42 en roulant à 110, c’est-à-dire presque 30 % de conso supplémentaire pour seulement 10 km/h de plus. Il vaut mieux rouler moins vite pour avoir un arrêt recharge en moins, et ainsi gagner du temps. En revanche, curieusement, la remorque d’échafaudage ne semble pas trop modifier les chiffres ».
Un autre conseil de notre lecteur pour gagner du temps : « Ne pas utiliser le planificateur du Renault Master électrique qui s’appuie sur Google Maps. Non seulement il ne permet pas de privilégier des réseaux de recharge, mais, en plus, il n’est pas pertinent dans ses propositions de recharge. Il m’a fait m’arrêter une fois alors qu’il restait encore 27 % dans la batterie. Lorsque j’ai refait le même trajet sans lui, j’ai gagné 75 minutes pour revenir de Toulouse ».
Lors des longs déplacements, « je ne vais pas chercher à privilégier des opérateurs. Utilisant une carte Chargemap, je peux m’arrêter chez TotalEnergies comme chez Electra. Sur les bornes ultrarapides, le Renault Master E-Tech ne recharge pas très vite, la puissance ne dépassant que rarement les 120 kW : on a le temps de faire plein de choses, comme produire des devis ! En revanche, concernant le comportement routier sur l’autoroute, je n’ai pas spécialement remarqué de défaut : le véhicule ne bouge pas, sauf en dépassant un poids lourd ».
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Cet agriculteur a remplacé son utilitaire diesel par un électrique : « Revenir au thermique serait une régression »Denis Cormier a vu progresser le nombre de demandes d’installation de bornes : « En deux ans, j’en ai monté une soixantaine, dont dix en 2025, et 50 depuis la guerre en Iran au début de l’année. Je ressens désormais vraiment une accélération pour le VE. Il y a trois ans et demi, quand j’ai acheté mon Tesla Model Y, je ne croisais que trois ou quatre autres voitures électriques. Maintenant, j’en vois partout : des Tesla, des MG, des BYD avec la concession qui a ouvert à Quimper à une vingtaine de kilomètres ».
L’artisan s’étonne tout de même : « Je n’ai pas beaucoup de demandes d’installation par l’intermédiaire de mon site Internet. Je fais en revanche de la sous-traitance pour Ekwateur et suis Tesla Partner. Je reçois aussi directement des demandes à mon stand lors de la foire-exposition du Pays bigouden qui se déroule en octobre à Pont-l’Abbé ».
Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Denis Cormier pour sa grande réactivité, son excellent accueil, et le temps pris à donner son très intéressant témoignage qu’il nous a proposé après notre appel à retours d’expérience.
Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.
Philippe SCHWOERER
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