Malgré ses défauts, ce Citroën ë-Berlingo a converti toute une équipe municipale au véhicule électrique

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Le Citroën ë-Berlingo de 2024 utilisé par Fabien
Le Citroën ë-Berlingo de 2024 utilisé par Fabien

Responsable d’atelier dans une commune rurale et touristique des Landes, Fabien utilise au quotidien avec trois collègues un Citroën ë-Berlingo de 2024. D’abord boudé par certains, ce modèle peu efficient et perfectible a pourtant su se faire apprécier de tout le monde au final.

Inédite entrée dans l’électromobilité

A titre privé, Fabien roule aussi en véhicule électrique. C’est toutefois sa fille, quand elle avait 5 ans il y a une douzaine d’années, qui a débuté la série : « Comme j’avais un grand terrain avec au fond une forêt, je voulais lui trouver une sorte de quad jouet genre Smoby, mais pas avec des pneus lisses. Lors de mes recherches, je suis tombé sur ce que l’on appelle les pockets quads qui sont pour la plupart thermiques. J’ai vu que ça existait aussi en électrique ».

Petite recherche sur le quasi incontournable site LeBonCoin : « Je suis tombé sur un exemplaire à 200 euros, moins cher que le jouet en plastique auquel j’avais pensé au départ. Il avait en plus l’avantage de permettre de brider la vitesse à 7-8 km/h. Ma fille s’est servie de ce pocket quad électrique pendant presque quatre ans, avant qu’il parte chez un copain où il a été autant exploité. Il le ressort encore de temps en temps. Maintenant, ma fille conduit à l’occasion ma Kia EV6 ».

Du côté des voitures, c’est toutefois madame qui a ouvert le bal : « C’est arrivé par accident. Elle voulait une Renault Clio Diesel, elle a eu l’occasion de conduire un Kia Soul EV 27 kWh de 2016 et est tombée amoureuse de ce modèle. Il avait 100 000 km environ quand elle l’a pris en 2020 pour 6 500 euros. Elle l’a toujours, et il a même aujourd’hui plus d’autonomie que quand il était neuf ».

Deuxième VE dans le foyer

La femme de Fabien a eu beaucoup de chance avec son Kia Soul EV 27 kWh qui a parfois laissé de bien mauvais souvenirs à d’autres électromobilistes à cause d’une dégradation prématurée de la batterie : « Six mois avant la fin de la garantie, l’état de santé SoH a chuté à 73 %. Nous avons continué à nous en servir de façon intensive. La dégradation s’est amplifiée, de telle sorte que Kia a remplacé à sa charge le pack en 2023 vers 145 000-150 000 km. Depuis, l’autonomie est supérieure de 30 km par rapport à quand la voiture était neuve ».

On peut imaginer que c’est un pack 30 kWh qui a été monté à la place, celui d’origine n’étant plus disponible : « Le BMS [NDLR : Système de gestion de la batterie] et le système électronique ont été changés par la même occasion. Nous sommes ravis de l’utilisation du Soul EV. Nous allons toutefois devoir nous occuper d’un problème de roulement du moteur, en commençant par un remplacement de l’huile du réducteur. Heureusement, nous pouvons compter sur la concession Edenauto de Gujan-Mestras ».

Des garages ont clairement une attitude anti-VE : « Chez eux, c’est tout le contraire. C’est un super établissement qui n’hésite pas à nous faire des mises à jour gratuites sur nos VE. En remplacement de ma Renault Laguna diesel Estate, j’ai pris en mai 2025 un Kia EV6 Design que j’ai pu avoir à 19 600 euros. Son ICCU [NDLR : Unité de contrôle de charge] a cramé. Le véhicule n’était plus sous garantie, mais Kia a pris en charge une partie des frais. Nous n’avons eu à payer que 1 000 euros, comprenant le fusible et le remplacement du liquide de refroidissement ».

L’électrique même au travail

Pour Fabien, rouler électrique était évident : « J’ai toujours été assez écolo, m’intéressant aux travaux d’Al Gore et Jean-Marc Jancovici, du Giec et des COP. Je suis un climato-anxieux. Je ne voulais plus de diesel à la maison. Nous avons tellement économisé avec le Soul EV qu’il a été possible d’acheter la Kia EV6. Beaucoup pensent que je touche trois fois ma paye ou que j’ai gagné au loto. La vérité est que je suis trop pauvre pour rouler en diesel. Jamais je n’aurais pu avoir un modèle thermique avec tous les équipements que j’ai dans cette électrique ».

Pas question de revenir en arrière : « Pour moi, les thermiques, c’est le passé. C’est pareil pour ma femme qui ne veut plus conduire un diesel. Aujourd’hui, sauf pour des situations très particulières qui empêchent d’avoir un VE, je ne comprends pas comment on peut encore acheter des thermiques qui ne sont pas moins chères à modèles équivalents. Chez moi, tout passe à l’électrique, y compris pour l’outillage style tronçonneuse ou rotofil. J’ai calmé tous mes potes anti-VE en leur faisant conduire l’EV6. Couple et One-Pedal les ont fait changer d’avis ».

Notre lecteur était bien content qu’un utilitaire électrique arrive à la collectivité où il travaille : « Ça a été une vraie surprise, car il n’avait jamais été évoqué un VE pour notre service. En 2024, il a remplacé un Renault Kangoo diesel. Nous avons encore un Renault Master au gazole, qui a dû subir une opération de décrassage tellement cette technologie n’est pas adaptée aux nombreux petits parcours que nous enchaînons. Aujourd’hui le Citroën ë-Berlingo affiche 14 000 km ».

Conso moyenne de 19,9 kWh/100 km

Le Berlingo électrique est utilisé quotidiennement par une équipe de quatre personnes : « Il sert pour les travaux des bâtiments, l’entretien des espaces verts, vider les poubelles municipales et les tâches de cantonnier dans la commune. Il fait le job car nous n’avons pas beaucoup de kilomètres à faire pour nos déplacements. Malgré son manque d’efficience, nous n’avons pas besoin de faire attention à l’autonomie. Sur les derniers 6 900 km, pour une vitesse moyenne de 16 km/h, la conso est de 19,9 kWh/100 km ».

Les systèmes de communication sont datés : « On a un combiné d’instrumentation comme dans les modèles thermiques, avec un compteur à aiguille. Ça ne me dérange pas pour faire mon travail, mais je trouve que c’est trop simpliste. C’est peut-être rassurant pour ceux qui n’ont pas l’habitude des VE, mais ce n’est pas avec une telle présentation que les réfractaires à l’électrique peuvent être séduits, car ils ne peuvent goûter pleinement à leurs avantages ».

Ainsi, le combiné d’instrumentation n’est pas très bavard : « Cette interface dépassée pour un modèle électrique, c’est au détriment des informations affichées. Nous n’avons par exemple pas le pourcentage d’énergie restant dans la batterie. Si je veux avoir la conso instantanée, je perds toutes les autres infos. De plus le système est un gros menteur concernant l’autonomie : Quand il annonce 250 km, on n’en fait même pas 200. Malgré le fait que ce soit pour moi un mauvais VE, je suis ravi que nous l’ayons ».

A l’usage

Avec ce ë-Berlingo, pas possible de gérer finement la recharge : « On oublie l’application smartphone trop rudimentaire et dont j’ai abandonné l’idée de l’utiliser en découvrant que ce serait payant. Cet utilitaire électrique est équipé d’une batterie NMC [NDLR : nickel manganèse cobalt] : je ne veux donc pas la recharger à 100 %, mais rien ne permet au niveau du véhicule de demander l’arrêt à 80 %. Quand j’ai contacté Citroën à ce sujet, on m’a répondu ‘Et alors ?’. J’ai dû leur expliquer que ce n’était pas bon de recharger régulièrement à fond ces batteries ».

Fabien a toutefois trouvé une parade : « J’ai remarqué qu’en branchant à 17h00 avec une autonomie estimée à 90 km au tableau de bord, quand je reviens le lendemain à 8h00, elle est à 210 km, et non à 250 quand la batterie est pleine. C’est donc l’habitude que j’ai prise. Notre Citroën ë-Berlingo recharge sur une prise non renforcée 20 A, à une puissance qui reste au maximum entre 6 et 8 A, alors que sur le boîtier du câble il est indiqué 16 A. En quinze heures, il retrouve ainsi 130 km d’autonomie ».

C’est surtout notre lecteur qui utilise cette fourgonnette : « Au début, mes collègues refusaient de la conduire ; maintenant, ils ne voudraient pas autre chose qu’un VE à l’atelier. Roulant à l’essence, l’un d’eux envisage de passer à l’électrique à titre perso. Les deux autres ne sont pas encore prêts, craintifs à l’idée de prendre l’autoroute avec ou que la batterie s’enflamme. Mais tous m’ont dit que le ë-Berlingo fait le job, est plus pratique et plus agréable à conduire qu’un thermique, et qu’on n’a pas un aller-retour de dix kilomètres à faire pour le plein en carburant ».

Silence et capacité de franchissement très appréciés

L’équipe de Fabien n’est pas la seule à apprécier l’usage d’un utilitaire électrique : « Des campeurs séjournent au bord du lac de notre commune touristique. Quand nous passons parfois tôt le matin, nous les réveillerions si nous avions un diesel. Avec le Citroën ë-Berlingo, nous sommes très discrets. Les habitants du village nous ont également fait de bons retours concernant le silence à l’usage de notre utilitaire électrique. Avec ses 100 kW, il n’est pas très puissant, mais il a d’excellentes capacités de franchissement ».

Dans une situation, le ë-Berlingo a excellé : « Par mégarde, je me suis retrouvé un jour avec une roue motrice dans le vide au-dessus d’un fossé. Avec le différentiel sur un thermique, je n’aurais pas pu m’en sortir seul. Avec le Berlingo électrique, j’ai rapidement et clairement entendu un claquement et la motricité s’est reportée sur l’autre roue, ce qui m’a dégagé de cette situation. J’ai été sidéré de ce comportement que je n’imaginais pas. Nos routes sont souvent glissantes, d’aspect gras mouillé, mais notre utilitaire s’en accommode très bien ».

Un gros manque : « Avec un tel véhicule, le V2L nous servirait énormément. Nous avons de l’outillage électroportatif que nous pouvons avoir à utiliser à plus de deux kilomètres de l’atelier. Par exemple un percuteur, c’est une une sorte de petit marteau-piqueur qui consomme quand même pas mal d’électricité et nécessite d’embarquer plusieurs batteries. Sur l’EV6, j’ai le V2L : j’ai acheté l’adaptateur 100 euros sur LeBonCoin après la dernière tempête, pour me dépanner en cas de coupure de courant ».

Le V2L va devenir essentiel

Le V2L est loin d’être un gadget dans le secteur de Fabien : « Cette année, nous avons essuyé trois tempêtes, un mois d’inondation et trois canicules avec des feux de forêts. C’est devenu courant une inondation et une canicule par an, ce qui n’était pas le cas avant. Avec les coupures d’électricité, des habitants se retrouvent parfois bloqués avec leurs volets électriques fermés. Ici, beaucoup ont des groupes électrogènes, mais qui ne redémarrent plus toujours. C’est pourquoi nous venons avec le nôtre. Avec le V2L, on pourrait s’en passer ».

Notre lecteur a d’ailleurs pris une décision : « A la prochaine coupure de courant dans la commune, je pense que je prendrai mon propre Kia EV6 pour dépanner les habitants avec le V2L. En camping, cette fonctionnalité me sert par exemple pour des plaques à induction et ma cafetière à grains ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Fabien pour sa grande réactivité, son excellent accueil, et le temps pris à nous communiquer son très intéressant témoignage qu’il nous a proposé après notre appel à retours d’expérience.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Les constructeurs d'utilitaires branchés vont devoir se faire à l'idée que les professionnels sont nombreux à avoir besoin du V2L. C'est assez logique, puisque beaucoup d'entre eux travaillent avec de l'outillage électrique. Cette fonctionnalité permet soit d'utiliser directement des modèles (visseuse, perceuse, tronçonneuse, etc.) filaires, soit de recharger les batteries de ceux qui sont portatifs. Dans le cas de Fabien, c'est même des groupes électrogènes qui pourraient être ponctuellement remplacés. Les possibilités d'exploitation sont très larges, dépendant de l'activité des entreprises et services des collectivités, ponctuelles ou quotidiennes. Il devient de plus en plus rare qu'un de nos lecteurs pros nous indiquent que le V2L ne lui servirait pas. Ce que montre aussi ce témoignage, c'est qu'un utilitaire électrique, même s'il n'est pas le plus efficient, le plus ergonomique dans les commandes, le mieux doté au niveau de l'autonomie, ni le le meilleur, peut très bien convenir au quotidien des professionnels, et même faire encore bien mieux que les modèles thermiques équivalents.

Philippe SCHWOERER

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