Pour installer des bornes de recharge, Cédric utilise sa Tesla Model 3 en guise d'utilitaire

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Cédric Garault et sa Tesla Model 3
Cédric Garault et sa Tesla Model 3

Lorsque Cédric Garault a acheté sa Tesla Model 3 en février 2021, c’était pour ses besoins personnels. Quelques années plus tard, quand il a créé sa société Emeraude Power Charge à Saint-Cast dans les Côtes-d’Armor, il n’a pas trouvé d’utilitaire électrique répondant à ses attentes. C’est donc tout naturellement que la berline branchée a endossé ce rôle quand elle ne sert pas pour un road trip. Son compteur affiche mi-juillet 2026 plus de 155 000 km.

À la suite d’un simple essai amical

Avant de créer sa société, Cédric Garault a travaillé de 1993 à 2021 dans l’Oise pour une entreprise très spécialisée : « On y fabriquait des ressorts de soupape. Les automobilistes ne le savent pas, mais on trouve dans une voiture entre 2 500 et 3 500 ressorts. Ceux pour les soupapes sont très complexes et pointus. Jérôme Fournel, un copain d’enfance [NDLR : Nous lui avions donné la parole en 2021], m’a un jour fait essayer sa Tesla Model 3 de 2019. Je suis tout de suite tombé amoureux de cette voiture ».

Cette expérience a aussi déclenché une prise de conscience professionnelle chez lui alors qu’il était responsable qualité, en charge aussi des volets sécurité et environnement : « Je me suis dit que l’activité de cet équipementier allait mourir avec les voitures électriques. Étant l’un des quatre ou cinq auditeurs me rendant dans le monde entier pour cette entreprise, j’ai mis en garde la direction et tenté de leur faire comprendre qu’il fallait s’intéresser aux VE. Mais je n’ai pas été pris au sérieux ».

Le Costarmoricain a alors pris deux décisions : « Le 1ᵉʳ février 2021, j’ai quitté cette boîte, et le jour même, pour me faire plaisir, j’ai commandé ma Tesla Model 3 Long Range blanche avec intérieur blanc et attache remorque. J’ai très exactement pris livraison de cette voiture le 19 février suivant. Elle était gratuitement dotée pendant un mois de l’option Boost. Quand cette fonctionnalité s’est arrêtée, pratiquement pendant que je roulais, je me suis immédiatement garé sur le côté pour la commander ».

Réorientation professionnelle

Sur les 155 000 km avalés, cette Tesla s’est montrée très fiable : « Un bloc de phare a été changé sous garantie. Plus tard, j’ai dû débourser pour faire remplacer un câble entre le port de recharge et le convertisseur. Comme j’ai une conduite assez sportive, il a fallu faire monter des silentblocs arrière de moteur neufs. Rien d’autre ». Fan des comparatifs, Cédric Garault a calculé que « l’électricité nécessaire à fabriquer les 80 millions de ressorts qui sortaient de mon ancienne usine aurait pu alimenter toutes les voitures des collaborateurs s’ils roulaient en VE ».

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Le changement de vie professionnelle s’est accompagné d’un retour dans la ville de Saint-Cast où plusieurs de ses ancêtres ont vécu : « Au bout de deux ou trois mois après avoir quitté l’entreprise, j’ai cherché ce vers quoi je pourrais m’orienter professionnellement. À 55 ans, je me suis dit : ‘Pourquoi pas poser des bornes de recharge ?’. J’ai d’abord suivi une formation d’électricien en bâtiment à l’Afpa sur un peu moins d’un an. Puis j’ai créé en 2023 ma société Emeraude Power Charge, commençant par installer des bornes Hager, Legrand et Schneider ».

Borne de recharge installée chez un client par Cédric Garault
Cédric Garault en intervention chez Jérôme Fournel
Borne de recharge installée chez un client par Cédric Garault

Autrefois habitué à l’exercice de la veille technologique, il a depuis évolué concernant le matériel qu’il pose : « Je suis tombé sur des comparatifs et j’ai pu échanger des infos sur Facebook m’amenant à m’intéresser à la marque italienne Daze. Avec son modèle Home, elle a été la première sur le marché à proposer une borne AC avec câble attaché et obturateur. Par visio, j’ai suivi une formation pour devenir installateur agréé de leur matériel. Rapidement, j’ai commandé une borne pour voir, constatant que c’est du bon matos ».

Favoriser le passage à l’électrique

Désormais Cédric Garault n’installe plus que des bornes Daze, une décision prise après les retours très positifs de ses clients : « Je n’ai quasiment pas de SAV avec cette borne. J’en ai même installé deux chez Jérôme Fournel. Grâce au câble attaché, les clients d’un établissement hôtelier comme le sien n’ont pas à devoir sortir leurs affaires du coffre pour brancher le leur. À quelques dizaines d’euros près, une borne Daze Home coûte moins cher qu’un modèle classique et un câble de recharge séparé ».

Une autre raison explique son choix : « C’est pour moi la borne qui offre le meilleur rapport en qualité, prix, fonction et design. Elle sait aussi bien gérer des panneaux solaires. Je la compare à la V2C Trydan plus mastoc d’apparence. Depuis le lancement de mon activité, j’ai installé au total 80 bornes, à raison d’une à deux par semaine en général, avec un maximum à quatre. Je ne cherche pas à faire de publicité, je veux juste terminer tranquillement ma carrière. Je ne me paye pas plus de 600 euros par mois, quasiment le minimum pour la cotisation retraite ».

Cette philosophie se ressent sur sa manière de travailler : « Mon objectif est de favoriser le passage à l’électrique. C’est pourquoi je peux proposer des tarifs contenus, appliquant un coefficient de 1,43 au matériel que je vends. Avec ça, j’atteins la rentabilité et paye mon Urssaf. Entre 15 et 20 % de mes clients sont des personnes que je connaissais déjà, que j’ai, à l’occasion, rassurées sur l’électromobilité et qui ont fini par acheter une voiture électrique ».

« C’est un peu un jeu de Tetris »

On s’attend à voir un installateur de bornes de recharge se déplacer avec un utilitaire électrique : « J’ai pensé à en prendre un au départ, mais que trouvait-on alors comme modèles avec une autonomie correcte ? J’ai donc essayé un truc : ce que j’ai à emporter de plus long sur un chantier, ce sont les tubes de passage de câbles qui mesurent trois mètres. En couchant les dossiers de la banquette et du siège avant, ils rentrent très bien en diagonale. J’ai alors fait floquer ma Tesla Model 3 dans un établissement où j’ai posé une borne la semaine suivante ».

Dans le coffre de la Tesla Model 3 de Cédric Garault
Dans le coffre de la Tesla Model 3 de Cédric Garault

Comment s’en sort-on avec un véhicule qui sert aussi aux trajets personnels ? « Pour faire rentrer tout ce dont j’ai besoin, c’est un peu un jeu de Tetris, mais je suis quelqu’un d’organisé. Dans un utilitaire, on a tendance à mettre tout un tas de bazar. Avec la voiture, je ne prends que le strict nécessaire avec une petite marge de sécurité, par exemple un peu plus de câble qu’il n’en faut. Je suis amené aussi à transporter un sac de ciment. J’ai taillé sur mesure un morceau de caoutchouc pour protéger les sièges ».

Ce choix de véhicule impose une certaine discipline : « En revenant à l’atelier, chaque jour je sors le matériel. Procéder ainsi me permet de comptabiliser les fournitures pour voir si je dois en racheter. Pas plus de cinq minutes pour vider la voiture. Concernant mon outillage électroportatif, pas besoin de V2L, j’ai tout en Makita sur batterie, et quatre blocs me suffisent pour la journée. Il m’arrive parfois de devoir percer des murs de plus d’un mètre d’épaisseur composés d’une couche de pierres de chaque côté avec entre deux de plus petits morceaux ».

« On peut aller loin dans la discussion »

Une seule fois Cédric Garault n’a pu aller jusqu’au bout du chantier : « Il y avait trente mètres de câbles à passer dans un fourreau rouge sous un jardin. Mais cette gaine s’était sans doute aplatie, ce qui aurait nécessité de recreuser sur cette distance. Le client a préféré laisser tomber. Mes chantiers commencent toujours par une pré-visite qui me permet d’expliquer comment on conduit une voiture électrique et de présenter les badges et applications les plus intéressantes pour la recharge ».

La discussion peut même aller beaucoup plus loin : « Sans vouloir saouler et en m’adaptant à chacun, je peux développer pourquoi privilégier les recharges de 20 à 80 %, détailler les différences entre les chimies NMC et LFP, évoquer les courants de Foucault ou le problème de la formation de dendrites sur l’anode. Avec des clients, on peut aller loin dans la discussion et aborder des sujets passionnants. J’ai une page de conseils pour ceux qui roulent en Tesla et une page pour ceux qui ont une autre voiture électrique ».

L’excellente réputation de cet installateur en IRVE a décidé quelques professionnels de l’automobile à diriger vers lui quelques clients : « Un agent d’une marque automobile ainsi que des garages à Saint-Cast et Matignon conseillent de passer par moi pour l’installation d’une borne de recharge. Dans mes clients, en plus des particuliers, j’ai quelques cadres chez Lidl qui roulent en VE de fonction, des hôtels, des avocats et diverses sociétés. Il y a même un électromobiliste chez lequel j’ai posé une borne et qui depuis est devenu lui-même installateur en IRVE ».

Des proches convertis

Autour de Cédric Garault, plusieurs proches sont passés à l’électrique : « À commencer par mon épouse qui était dubitative concernant mais qui ne reviendrait plus en arrière aujourd’hui. Jérôme et moi sommes allés en Tesla Model 3 lui chercher en Allemagne une Fiat 500e ‘Cabriolet’. Nous avons ramené cette voiture sur 1 200 km. Par ailleurs, je suis allé installer des bornes en Île-de-France et à Chantilly chez des copains que j’ai pu convertir à la voiture électrique. L’un d’eux est taxi, un autre est informaticien… ».

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S’il aime beaucoup faciliter le passage à l’électromobilité, notre interlocuteur a pris une décision : « J’ai arrêté de me battre avec ceux qui ne veulent rien entendre concernant les véhicules électriques, sauf s’ils se montrent agressifs. Il y a deux phrases que je sors souvent : ‘Ma voiture électrique a plus d’autonomie que ma vessie’, et ‘Je ne m’arrête pas pour recharger, mais je recharge parce que je m’arrête’ ».

Cédric Garault au Château de Savigny-lès-Beaune
Cédric Garault au Château de Savigny-lès-Beaune

Le flocage n’empêche pas de voyager : « Jérôme et moi avons fait plein de road trips avec nos Tesla Model 3 dans lesquelles il nous arrivait de dormir. À l’automne 2023, je suis aussi allé au Château de Savigny-lès-Beaune en Bourgogne, pour une rencontre organisée par le Tesla Owners Club France ». Un autre véhicule électrique va arriver chez notre interlocuteur : « Fin septembre, je vais recevoir ma moto électrique Murtas. C’est un modèle équivalent 125 cm³ équipé d’une batterie semi-solide et qui offre un super rapport qualité/prix ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Cédric Garault pour sa grande réactivité, son excellent accueil, et le temps pris à donner son très intéressant témoignage que nous avons sollicité. Un grand merci aussi à Céline qui nous a mis en relation avec ce professionnel.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Quelle meilleure carte de visite qu'un véhicule électrique pour un installateur de bornes de recharge ! Et pourquoi pas une voiture plutôt qu'un fourgon ? Ainsi floquée, la Tesla Model 3 de Cédric Garault est bien convaincante. Peut-être même davantage qu'un utilitaire pas facile à identifier comme roulant à l'énergie électrique. Au final, ce choix d'utiliser la voiture personnelle permet encore mieux de travailler tranquillement sans avoir en plus à prendre en compte la charge financière d'un véhicule dédié à l'entreprise. La Model 3 est aussi bien plus économique qu'un utilitaire qui aura une consommation le plus souvent au-delà des 20 kWh/100 km. On rêverait presque d'un break sur la base de cette berline électrique, déclinable en fourgonnette. Leur succès aurait sans doute été très grand quand les constructeurs ne proposaient que des fourgons énergivores avec peu d'autonomie.

Philippe SCHWOERER

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