Conçue pour les petits trajets du quotidien, la voiture électrique la moins chère du marché peut-elle faire des longs trajets sur autoroute ? Nous l’avons essayée à pleine vitesse avant de tester ses performances de recharge rapide. La citadine s’est montrée étonnamment compétente sur un terrain qui lui est pourtant peu familier.

La Dacia Spring, juste bonne pour aller chercher le pain ? Loin de là ! Nous avons emmené la voiture électrique la moins chère du marché en excursion 100 % autoroutière. La citadine a rapidement fait sauter les doutes, prouvant sa capacité à réaliser de temps en temps quelques trajets longs sur voie rapide. Sa fiche technique ne promettait pourtant rien d’exceptionnel : 230 km d’autonomie en cycle mixte WLTP avec une batterie de 27,4 kWh utiles et un 0 à 100 km/h en… 19,1 s grâce à un petit moteur de 33 kW (44 ch) et 125 Nm de couple.



Mais combien de kilomètres peut-on réellement franchir à 130 km/h avec la Dacia Spring ? C’est une des questions élucidées au cours de notre essai. Partis de Rungis en banlieue sud de Paris, nous avons parcouru plus de 200 km sur l’autoroute A6 jusqu’à Avallon (89), littéralement pied au plancher. Car si le constructeur stipule qu’elle ne peut dépasser 125 km/h, nous avons pu la pousser jusqu’à 131 km/h au compteur. Une allure maintenue tout au long du trajet, à l’aide du limiteur inclus de série sur toutes les versions.

Une position de conduite basique

Sans se traîner, la petite voiture embrasse l’autoroute comme le ferait n’importe quel modèle de sa catégorie. Le moteur est totalement inaudible parmi les bruits, assez significatifs, de roulement et du frottement de l’air sur la carrosserie. Selon la nature de la chaussée, quelques vibrations sont transmises au volant et à l’habitacle sans que cela devienne réellement gênant. Ce que l’on regrette pour l’instant ne se retrouve pas sous le capot, mais dans l’habitacle. Il s’agit de la position de conduite, peu confortable pour les personnes de grand gabarit. Il faut composer avec un siège qui ne peut être réglé en hauteur et un volant complètement fixe.

La posture n’est pas atroce, mais devient assez gênante après plusieurs heures de route. D’autant que le pare-brise est relativement bas, un souci pour les grands conducteurs qui voient leur ligne d’horizon masquée dès qu’une montée se profile. Un défaut rattrapé par quelques bonnes surprises, à commencer par l’instrumentation. Elle est d’excellente qualité au regard du prix du véhicule : on y retrouve deux cadrans (un powermètre et un indicateur de batterie) encadrant un écran numérique très clair. Celui-ci relaye des informations pertinentes telles que la consommation moyenne, la vitesse moyenne, la puissance instantanée, l’autonomie restante et le pourcentage de batterie.

Le tableau de bord de la Dacia Spring.

Chauffage et climatisation de série

Sur la finition « Confort+ » testée, qui est vendue 14 200 € bonus déduit, nous profitons d’un écran d’infodivertissement de 8 pouces. Compatible avec Android Auto et Apple CarPlay, c’est un outil efficace et réactif très pratique pour la navigation. La console est également garnie d’un système de chauffage et climatisation manuel, inclus de série sur toutes les finitions. S’il n’était d’aucune utilité le jour du test (météo clémente et 15 °C à l’extérieur), nous l’avons tout de même éprouvé quelques minutes.

Composé d’une simple résistance pour le chauffage et d’un compresseur pour la climatisation, il délivre rapidement la température souhaitée. La surconsommation générée reste raisonnable puisqu’à flux modéré, le chauffage nécessite 2 à 3 kW en continu. La climatisation, elle, ne dépasse jamais 1 kW. Immobilisés par une tempête de neige avec 50 % de batterie restante, vous pourrez rester au chaud pendant environ 6 h dans votre Dacia Spring. C’est a priori suffisant pour attendre l’arrivée des secours.

La console de la Dacia Spring.

Quelle autonomie à 130 km/h ?

Le trajet est somme toute banal. Le profil de l’autoroute A6 n’est pas particulièrement contraignant. Les rares montées prononcées sont franchies sans peine par la citadine, malgré un léger ralentissement autour de 120 km/h pied au plancher. En sortie de péage, sur les voies d’insertion comme pour les dépassements de poids lourds, les 19,1 secondes du 0 à 100 km/h ne sont finalement pas aussi pénibles que sur le papier. Tout aussi ingrate qu’elle paraît, cette performance ne nous met absolument pas en danger.

Nous sommes même surpris par l’endurance de la Dacia Spring. Alors que nous prévoyons prudemment de recharger après 80 km, la citadine nous assure être capable de franchir davantage de distance. Nous marquons l’arrêt bien au-delà de nos espérances après avoir roulé sur 117,6 km. L’autonomie totale de la Dacia Spring à 130 km/h est enfin révélée, puisqu’il reste seulement 4 % de batterie. Le score est très satisfaisant pour un véhicule aussi abordable et si modestement équipé. Seule la consommation moyenne s’avère relativement décevante. Elle s’élève à 23,4 kWh/100 km, ce qui est franchement élevé pour un engin « léger » de 970 kg. Le petit moteur de la Spring n’a logiquement pas été optimisé pour les hautes vitesses. Il a fonctionné à un régime proche de son maximum tout au long du trajet, réalisé à une vitesse moyenne de 104,7 km/h.

La Dacia Spring branchée sur une borne rapide DC.

Une recharge rapide, mais coûteuse

Grâce à l’option « charge rapide » vendue 600 €, notre Dacia Spring est capable de se brancher sur les bornes rapides et ultrarapides très répandues sur autoroute, via le connecteur Combo CCS. Le système est toutefois peu puissant puisqu’il accepte seulement 30 kW DC. Il faut donc compter sur une cinquantaine de minutes pour recharger de 0 à 80 %. Peu après l’avoir branchée, la citadine nous surprend puisque sa puissance moyenne est supérieure à la spécification. En 10 minutes, elle a déjà récupéré 5,5 kWh, ce qui donne une puissance moyenne de… 33 kW !

Elle diminue progressivement à l’approche du plein pour s’établir à 20,2 kW sur l’ensemble de la session. C’est une bonne performance puisque nous avons rechargé la quasi-totalité de la batterie, passant de 4 à 100 % en 1 h 15. Côté tarif, la note est salée : les 25,28 kWh débités nous ont été facturés 66,2 € via le badge Chargemap. C’est 19 fois plus cher qu’une recharge identique à domicile ! Si la Dacia Spring n’est évidemment pas responsable de la tarification, sa puissance de charge modeste la pénalise sur les bornes facturant à la minute.



Économique au quotidien

Si les tarifs appliqués sur le réseau Ionity (0,79 €/minute de base et 0,86 €/minute via Chargemap) ne permettent pas à la Spring de concurrencer les véhicules thermiques sur autoroute, la petite citadine reste imbattable lorsqu’elle est rechargée à domicile pour les trajets classiques. Un plein coûte 3,70 € en heures creuses, soit 0,03 € par kilomètre. Elle est donc bien plus économique qu’une essence (environ 0,10 €/km) ou un diesel (0,08 €/km) au quotidien.

La note salée avalée, nous repartons jusqu’à la borne suivante. Un trajet de 85,8 km identique à la première étape, que nous terminons avec 18 % de batterie et 22 km d’autonomie restante estimée par le tableau de bord. Sur l’ensemble de l’essai, nous avons ainsi parcouru 203,5 km à une vitesse moyenne de 109,8 km/h. En tenant compte de l’arrêt-recharge, l’allure chute toutefois à 65,6 km/h (1 h 51 de route pour 1 h 15 de recharge). La consommation moyenne a légèrement augmenté pour plafonner à 24,5 kWh/100 km.

Le port de recharge de la Dacia Spring.

Bilan

On ne peut finalement reprocher que deux éléments à la Dacia Spring : sa consommation exubérante à vitesse élevée et sa puissance de recharge DC trop limitée. Compte tenu de son tarif très abordable, difficile de tatillonner. D’autant que la citadine électrique ne s’en sort globalement pas si mal sur autoroute. Un seul arrêt-recharge intermédiaire permet de franchir plus de 230 km en un temps raisonnable.

Attention toutefois aux recharges « rapides » successives, car la Spring ne bénéficie pas d’un système performant de refroidissement de sa batterie. Ainsi, la puissance de recharge est fortement réduite dès le second branchement. Lors de notre session préalable au trajet retour, le véhicule n’a pas souhaité dépasser les 12 kW, portant à près de 2 h 30 notre temps d’attente jusqu’au plein.

Au final, la Dacia Spring est définitivement un véhicule dédié aux trajets du quotidien. Une mission qu’elle honore avec brio et à bas coûts tout en évitant le rejet de gaz polluants à l’échappement. Elle peut cependant s’autoriser quelques brèves excursions sur autoroute sans tracasser ses occupants. Son rapport qualité-prix est, dans l’ensemble, très avantageux.

* donnée indicative calculée sur la base d’une recharge au tarif réglementé heures creuses en avril 2021 (0,1353 €/kWh)

Essai Dacia Spring sur autoroute : bilan

On a aimé
  • L’autonomie pied au plancher : plus de 115 km avec un plein !
  • L’authenticité : simple, dépouillée, la Dacia Spring honore parfaitement son rôle de voiture personnelle sans se rendre dépendante d’équipements superflus
  • L’affichage du pourcentage de batterie restante sur le tableau de bord
  • La présence d’un limiteur de vitesse et d’un système de chauffage/climatisation de série.


On a moins aimé
  • L’absence de réglage du siège en hauteur, pénalisant pour les grands gabarits.
  • L’absence de réglage du volant (la position fixe convient cependant à la majorité)
  • La hauteur limitée du pare-brise, réduisant le champ de vision pour les grands
  • La puissance de recharge rapide limitée à 30 kW. Une valeur trop faible au regard du prix de l’option (600 €). Elle a toutefois le mérite d’exister
  • La consommation moyenne à haute vitesse, supérieure de 5 à 6 kWh/100 km à celle de véhicules pourtant bien plus massifs
  • Son origine : fabriquée en Chine, elle nécessite d’être importée à un coût environnemental significatif