Twingo à prix cassé, bornes de recharge gratuites : comment l'État aurait pu mieux dépenser les 450 millions d’euros d’aides aux gros rouleurs ?

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Photomontage AP.

Pour tenter d’aider les automobilistes face à l’envolée des prix des carburants, le gouvernement verse, sous conditions de ressources, une aide forfaitaire de 100 €. Au total, 450 millions d’euros vont être dilapidés pour offrir l’équivalent d’un plein à quelques 5,5 millions de Français. Un cadeau empoisonné, puisqu’il est sans effet sur leur dépendance aux hydrocarbures.

Faut-il donner un poisson à un affamé ou lui apprendre à pêcher ? Ce vieil adage est quelque peu transposable à l’actuelle crise des prix du pétrole. À grand renfort d’argent public, faut-il offrir un plein à des millions d’automobilistes assoiffés d’hydrocarbures ou permettre à des centaines de milliers de passer à l’électrique ?

Face à la flambée des prix des carburants, l’État a prévu une enveloppe de 450 millions d’euros à destination des « grands rouleurs », sous condition de revenu. Plus de 5 millions de Français seraient éligibles à ce cadeau d’un montant forfaitaire de 100 €. De quoi payer un unique plein d’essence sur la vingtaine nécessaire à un automobiliste parcourant 15 000 km chaque année. Et après ? Le néant : le consommateur est laissé en plan avec sa dépendance à une énergie ruineuse pour l’économie, la santé, l’environnement et le climat.

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Rien n’aura changé une fois ce demi-milliard d’euros dépensé. La grogne ne sera pas apaisée, les appels à réduire la TVA sur les carburants n’auront pas cessé. Pire : personne n’aura été aidé pour passer au véhicule électrique, seule alternative efficace pour se défaire du boulet pétrolier. Pourtant, avec 450 millions d’euros, de nombreuses aides en faveur de l’électrification auraient pu être décidées. Et le chèque se traduirait par des économies de carburant très conséquentes et durables. On vous laisse le choix :

Option 1 : une Twingo électrique au prix d’un bon vélo pour 55 500 personnes

Avec l’enveloppe de l’aide aux gros rouleurs, l’État pourrait proposer une Twingo électrique avec 263 km d’autonomie à 5 000 € pour 55 500 personnes. Des bénéficiaires que l’on peut imaginer tirés au sort parmi les actifs aux revenus modestes et intermédiaires. Pour un utilisateur parcourant 15 000 km par an, ce sont 1500 € d’essence économisés chaque année. Au total, nous pouvons estimer à 83,2 millions d’euros les dépenses de carburant épargnées annuellement aux heureux gagnants.

Pour établir cette estimation, nous nous sommes basés sur le prix hors TVA d’une Twingo électrique autonomie urbaine option charge rapide : 13 100 €, prime existante déjà déduite. La consommation moyenne de carburant du véhicule essence évité est de 5 l/100 km, pour un prix du SP95-E10 de 1,99 €.

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Option 2 : offrir 204 500 points de charge à disposition des employés en entreprise

Autrement, le gouvernement aurait pu faire le choix d’offrir 204 500 points de charge AC 7,4 kW aux entreprises. Cela permettrait à leurs employés de recharger sur leur lieu de travail, souvent à un prix du kilowattheure très avantageux, voire quasi gratuit. De quoi inciter le passage à l’électrique pour ceux qui ne peuvent pas installer de solution de recharge à domicile. Si la totalité de ces points de charge est utilisée intensivement, cela permettrait aux employés d’économiser plus de 300 millions d’euros de carburant chaque année.

Pour cette option, nous avons estimé à 2200 € HT le coût d’un point de charge en entreprise hors installation, à partir du prix d’un modèle de borne à double prise, sur pied, fréquemment installé chez les professionnels (4400 €). L’économie de carburant est estimée à partir de 204 500 véhicules électriques remplaçant autant de véhicules essence roulant 15 000 km/an à une conso moyenne de 5 l/100 km et un SP95-E10 à 1,99 €/l.

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Option 3 : déployer gratuitement 300 000 bornes en pied d’immeuble

Voilà probablement la plus pertinente des options. Avec 450 millions d’euros, l’État pourrait offrir 300 000 bornes de recharge à l’habitat collectif social et en copropriété. De quoi lever un obstacle majeur à la popularisation des voitures électriques, la plupart des personnes logeant en appartement n’ayant pas facilement accès à un point de charge au quotidien. Cette aide représenterait 1500 € par borne, amplement suffisant dans le cas d’installations collectives, alors que la partie raccordement au réseau est déjà entièrement financée par des aides existantes.

Un locataire ou propriétaire disposant d’un point de charge toujours disponible au pied de chez lui est naturellement incité à s’équiper d’un véhicule électrique. D’autant que de nombreux modèles électriques d’occasion sont aujourd’hui accessibles à toutes les bourses. Si toutes les bornes sont exploitées, les 300 000 voitures électriques qui s’y branchent permettraient à leurs utilisateurs d’économiser 450 millions d’euros annuellement. Ainsi, le rendement de l’aide serait de 100 % : pour 450 millions d’argent public dépensés, autant d’économies seraient permises aux bénéficiaires, dès la première année. Redoutable.

Cette estimation se base sur le coût généralement constaté d’une borne en copropriété, installation comprise, mais sans les travaux de raccordement électrique de l’infrastructure collective (finançables sans reste à charge par un dispositif existant). L’économie maximale en carburant est bien sûr atteinte si la totalité des bornes est utilisée par autant de voitures électriques roulant chacune 15 000 km/an.

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Arrêter de financer notre dépendance à l’essence et au diesel

L’explosion des prix des carburants est une vraie souffrance pour les foyers, qui voient leur pouvoir d’achat grandement amputé. Pour autant, réduire la taxation de l’essence et du diesel, ou jeter quelques miettes à la volée ne sont vraisemblablement pas des réponses adaptées. Ces mesures n’apportent qu’une aide extrêmement ponctuelle, sans répondre au problème de fond.

Ces subventions sont par ailleurs injustes pour toutes celles et ceux qui ont fait le choix de l’électrique, en acceptant parfois quelques compromis. Et vous, comment auriez-vous orienté les 450 millions d’euros d’aides aux gros rouleurs dépendants du pétrole ?

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