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À peine dévoilée, la Ferrari Luce fait déjà beaucoup parler d’elle. Imaginée par le concepteur de l’iPhone, cette grande berline électrique a-t-elle les capacités de prolonger l’histoire si emblématique de la maison rouge ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons interrogé ceux qu’on appelle les « puristes », ces propriétaires de Ferrari tant attachés au cheval cabré. Si le son de cloche est globalement négatif, il y a quand même un peu d’espoir.
Ferrari a longtemps incarné une forme d’exception dans le monde de l’automobile. Une marque à part, presque intouchable, construite autour du moteur thermique, de la compétition, du design italien et d’une sonorité devenue mythique. Alors forcément, l’arrivée d’un modèle 100 % électrique ne pouvait pas passer inaperçue.
La Ferrari Luce marque une rupture majeure dans l’histoire de Maranello. Parce qu’il s’agit de la première Ferrari électrique, mais aussi parce que nous avons eu droit à un modèle très éloigné de l’image traditionnelle de la sportive basse, bruyante et radicale. Grande berline à quatre portes et cinq places, dessinée avec Jony Ive et Marc Newson, la Luce revendique une autonomie d’environ 530 km, une architecture électrique haute tension et des performances de tout premier plan. Certains observateurs évoquent une voiture pensée comme un « statement product », volontairement clivante, tandis que Ferrari semble vouloir ouvrir un nouveau chapitre sans renier complètement le précédent.
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Ferrari Luce : on a découvert en avant-première la première Ferrari électrique (les puristes vont la détester)Mais, chez les puristes que nous avons interrogés, l’accueil est pour le moins réservé.
La première réaction de certains passionnés est sans appel. Pour l’un des propriétaires interrogés, détenteur d’une Ferrari GTC4 Lusso, la Luce est tout simplement à côté de l’identité Ferrari : « Mon Dieu, quel design fade ! Elle ressemble aux BYD et consorts ». Pour lui, le problème n’est pas seulement technique, il est presque philosophique. « Ferrari, c’est la passion, un moteur, une ligne unique depuis sa création. Jamais je ne mettrai un euro dans l’électrique, encore moins pour une Ferrari ».
Même une autonomie spectaculaire ne changerait rien à son jugement. « Elle pourrait avoir une autonomie de 2 000 km, cela ne ferait aucune différence sur ce que je ressens ». Ce témoignage résume bien une partie du rejet… Pour certains propriétaires, une Ferrari ne se définit pas par sa fiche technique, mais par l’expérience sensorielle qu’elle propose. Le moteur, la vibration, le bruit et la ligne font partie du mythe. À leurs yeux, retirer l’un de ces éléments revient à affaiblir l’ensemble. Et ça casse tout !
Le design est également au centre des critiques. Le recours à Jony Ive, célèbre pour son travail chez Apple, ne choque pas en soi. Ce qui dérange, c’est le résultat. « Pour ce qui est du designer, quel qu’il soit, cela ne me dérange pas dans la mesure où il respecte l’identité Ferrari. Là, ce n’est pas le cas », estime ce propriétaire.
Contrairement à ce que certains auraient pu penser, le plus intéressant dans les témoignages recueillis est de constater que le rejet de la Luce ne se confond pas toujours avec un rejet total de la voiture électrique. Au contraire… Philippe, un autre propriétaire de Ferrari sollicité, possesseur d’une F12, roule depuis huit ans en électrique. Il a commencé avec une Nissan Leaf (24 kWh), puis plusieurs Tesla Model 3, avant de faire l’acquisition récemment d’une Smart #1 Brabus pour se déplacer au quotidien.

Son histoire est même assez savoureuse. Ce sont des actions Tesla achetées en 2019 puis revendues en 2021 qui lui ont permis de s’offrir sa Ferrari F12… « Les deux sont complémentaires. L’une pour tous les jours et l’autre pour se faire plaisir. Et je ne pourrais sans doute pas assumer les frais de la Ferrari sans les économies que l’électrique permet au quotidien », m’explique-t-il. L’électrification n’est donc pas le problème en soi, ce qui bloque, c’est son association avec Ferrari.
« Concernant la Luce, comme beaucoup, j’ai d’abord été atterré par le look. Il est tellement éloigné de la beauté classique by Pininfarina de ma F12 que cela en est presque risible », ajoute ce puriste. C’est donc bien le design qui cristallise les critiques. Ce même propriétaire reconnaît d’ailleurs que « le passage à l’électrique pour une marque comme Ferrari est tellement sacrilège et casse-gueule que quoi qu’ils proposent, le monde entier se serait moqué quand même. Donc, pourquoi pas se lâcher ? ».
Le témoignage de Jean-Louis, propriétaire d’une Ferrari 360 Spider depuis 2020, apporte une nuance intéressante. Pour lui, une Ferrari sans moteur thermique ne peut pas vraiment être une « vraie Ferrari ». Son attachement au moteur est viscéral. Il a choisi sa 360 Spider pour son V8 atmosphérique. Elle représente à ses yeux une forme d’accomplissement total de ce qu’est la marque. « Au-delà de 4 000 tr/min, ce moteur hurle littéralement et procure des sensations inexplicables », nous confie-t-il.
Quand on lui demande ce qui définit Ferrari, il cite spontanément « le son du V8 et du V12 », mais aussi « la beauté du design, l’histoire, les performances et l’exclusivité ». La sonorité n’est donc pas un détail. Elle est au cœur de l’expérience.
Jean-Louis non plus n’est pas opposé à l’électrique. Il se déplace au quotidien avec un BMW iX et sa femme pilote une petite i3. L’autonomie ne lui pose pas de problème, y compris pour les longs trajets de plus de 1 000 km qu’il effectue régulièrement. « En France, au Benelux, il y a des stations partout. Le fait d’attendre quelques minutes que la charge atteigne le niveau optimal pour poursuivre le parcours détend, on est plus cool ». Encore une fois, ce n’est pas le moteur électrique qui pose problème…

Sa position sur la Luce est toutefois moins radicale qu’il n’y paraît. Il pense qu’elle pourrait permettre à la marque de continuer à produire des modèles thermiques d’exception. « Cette Ferrari est une garantie idéale pour pérenniser les V12 atmosphériques et des spécimens Icona à venir », estime-t-il. En clair, la Luce serait une forme de compromis réglementaire, une voiture qui permettrait à Ferrari de répondre aux contraintes environnementales tout en préservant une partie de son héritage.
Aucun des propriétaires interrogés ne se voit acheter cette Ferrari Luce. Pour l’un, la frontière de l’électrique dans une Ferrari est infranchissable. Pour un autre, la F12 et son V12 restent irremplaçables. Pour Jean-Louis, mettre 550 000 € dans un tel modèle est tout simplement « inimaginable ». Mais cela ne signifie pas que la Luce n’aura pas de clients. Plusieurs témoignages convergent sur ce point : cette Ferrari ne s’adresse peut-être pas d’abord aux passionnés traditionnels.
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La Ferrari électrique imaginée par le designer de l’iPhone n’a pas (du tout) convaincu les investisseursElle pourrait viser une clientèle plus internationale, plus sensible à l’image, à la technologie et à l’exclusivité qu’à la tradition mécanique. Philippe cite Monaco, Dubaï ou Miami, « partout où certains tiennent avant tout à se faire remarquer ». Le parallèle avec le Purosangue revient naturellement. Le SUV de Ferrari avait lui aussi été accueilli avec scepticisme par une partie des puristes. Pourtant, il a fini par trouver sa clientèle. La différence est que le Purosangue conserve un argument de poids : un V12.
Le nom de Jony Ive a évidemment beaucoup fait réagir. L’ancien designer star d’Apple, associé à Marc Newson au sein du studio LoveFrom, apporte à Ferrari un imaginaire très différent de celui de Pininfarina ou du Centro Stile Ferrari. La démarche est audacieuse, presque provocatrice. Pourtant, les personnes sollicitées ne rejettent pas du tout cette collaboration. Jean-Louis y voit même « une excellente idée » et apprécie certains éléments de l’habitacle, qui lui rappellent celui de sa 360 Spider.
Ce n’est donc pas tant la présence d’un designer venu de la tech qui pose problème, mais la difficulté à traduire l’identité Ferrari dans un objet électrique, silencieux et très différent des codes historiques de la marque. La Luce a été comparée à de nombreux modèles, parfois peu flatteurs, et son style minimaliste tranche avec l’élégance classique des modèles historiques de la marque. Ferrari pouvait-elle se permettre de ressembler à autre chose qu’à Ferrari pour entrer dans l’ère électrique ?
Au fond, la Ferrari Luce révèle une fracture plus complexe dans le monde de l’automobile de passion. Les puristes ne rejettent pas nécessairement la technologie. Beaucoup reconnaissent les qualités de l’électrique au quotidien… Mais ils refusent que ces qualités remplacent ce qui fait l’âme d’une Ferrari. Pour eux, une Ferrari n’est pas seulement un moyen de transport performant. C’est une expérience mécanique, sonore et émotionnelle. Une voiture que l’on choisit pour ce qu’elle fait ressentir.
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Renault 5 Turbo électrique : premiers tours de roue sur circuit pour les futurs clientsLa Luce part donc avec un handicap immense auprès des passionnés. Mais elle pourrait tout de même permettre à la marque de prendre ce virage nécessaire et permettre à Ferrari de continuer à exister dans une industrie automobile qui s’électrifie. Hérésie électrique ? Certainement. En attendant, cette auto électrique ouvre un nouveau chapitre pour la maison rouge. Il ne faudra vraisemblablement pas compter sur les puristes, pour qui l’histoire continue de s’écrire au rythme des V8 et des V12.
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