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Avec un siège social près de Rennes (35), Lahaye Global Logistics est toujours une entreprise familiale soixante-treize ans après sa création. Ce qui a été en partie rendu possible grâce à une grande clairvoyance sans cesse renouvelée pour bien faire évoluer son « savoir-fret ». Parmi les challenges à relever : faire les bons choix pour décarboner les activités du groupe. C’est par les voitures que l’électrique a fait son entrée dans le parc roulant. Au tour des camions et remorques d’y passer à un rythme qui doit aussi tenir compte du déploiement des infrastructures de recharge. Petit-fils du fondateur Joseph Lahaye, et actuel codirigeant, Jean-Baptiste Lahaye a répondu à nos questions.
Plus précisément, le siège social de Lahaye Global Logistics est installé à Vern-sur-Seiche, une des quarante-trois communes de la métropole de Rennes. Grâce à ses 24 agences, le transporteur et logisticien est présent dans toute la France, dégageant l’année dernière un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros. Sur ses 1 700 collaborateurs, 900 sont des conducteurs : « Notre parc se compose de 650 moteurs et 1 000 remorques ».
L’électrique est arrivée dans l’entreprise par la porte des voitures de fonction : « Nos premières Renault Zoé sont arrivées en 2015, elles ont maintenant plus de 10 ans. On en avait pris dix. À partir de là, nous avons commencé à déployer sur l’ensemble du groupe les bornes de recharge pour véhicules légers. Nous en avons une centaine. Sur les 150 voitures dans notre parc, entre 70 et 80 sont des électriques. Désormais, les véhicules de fonction sont systématiquement remplacés par des électriques ».
Les différents modèles proposés aux collaborateurs n’arrivent pas par hasard dans le groupe : « Nous avons eu des MG, mais la fiscalité pour les entreprises est dorénavant défavorable à ce modèle construit en Chine. Puis nous avons fait rentrer des Tesla Model Y produits en Europe. Cette semaine, nous allons essayer la nouvelle évolution du Peugeot e-3008 ».
Concernant les tracteurs électriques de parc, on trouve sur la chaîne YouTube de Lahaye Global Logistics une vidéo de quatre minutes qui témoigne de l’intérêt porté par le groupe il y a déjà trois ans pour des poids lourds branchés. Le MOL YME 225 sert à déplacer les remorques pour les charger ou décharger de leur contenu, ainsi que pour les amener au lavage. Nicos, son conducteur, met en avant « une douceur de fonctionnement absolument incomparable, le silence, l’absence totale d’à-coups » qui rend l’engin « très reposant à utiliser, comparé à la version thermique ».
Concernant les camions de transport, Jean-Baptiste Lahaye présente : « Notre premier camion électrique est arrivé en mai 2025. Il s’agissait d’un Mercedes. Nous avons aujourd’hui 26 tracteurs routiers électriques de cette marque, et 5 autres produits par Iveco, auxquels s’ajoute un porteur Renault. Comme nous sommes super ravis de ces camions, nous n’arrêtons pas d’en commander. Nous devrions en avoir 30 à 40 de plus l’année prochaine. En 2028, nous avons prévu une part d’électriques approchant dans notre flotte les 30 % ».
Les transporteurs ne sont pas tous engagés de la même manière dans la décarbonation de leurs parcs roulants : « L’arrivée de l’électrique est assez révolutionnaire pour notre métier. Grâce à des camions équipés d’une batterie à grosse capacité et d’un e-Axle permettant de récupérer un pourcentage assez important d’énergie, nous avons des autonomies pouvant dépasser les 600 km dans les meilleures conditions. C’est un gros changement dans la profession, pour les conducteurs, mais aussi en raison des infrastructures à mettre en place ».
Comme pas mal d’automobilistes, bien des conducteurs de poids lourds ont du mal à se projeter avec des modèles électriques : « Au début, il y avait de l’appréhension chez les conducteurs, avec beaucoup de critiques et des freins mis en avant, comme l’autonomie et où recharger. Nous leur avons mis des camions électriques entre les mains. Ils ont pu constater l’absence de vibration et de bruit moteur, et surtout cette énorme puissance, équivalente à 800 chevaux pour un modèle thermique, leur permettant de bien relancer l’ensemble quand il le faut ».
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Ne pensez pas que les camions électriques de Lahaye Global Logistics roulent peu : « Ils font plus de 10 000 km par mois. Quand le camion revient avec par exemple 10 ou 15 % d’énergie dans la batterie, il suffit d’une heure et trente minutes de recharge à 400 kW pour qu’il puisse repartir avec un autre conducteur. Nous ne nous mettons aucun frein à la distance : en partant de Rennes, le camion pourrait être rechargé électriquement à sa destination de Bordeaux, puis aller à Toulouse où il serait à nouveau rechargé, et revenir. On espère parvenir à cette maturité dans les trois prochaines années ».
L’arrivée des camions électriques doit tenir compte de l’installation des chargeurs à haute puissance : « Nous avons beaucoup investi dans les infrastructures de recharge. Aujourd’hui nous en avons 40 ; dans le courant du premier semestre 2027, elles devraient être 80. Nous attendons actuellement d’avoir plus de bornes pour commander davantage de camions électriques. Entre la demande de puissance et l’arrivée des infrastructures, il faut compter un an, voire un an et demi. Avec la canicule, Enedis a eu d’autres priorités ».
Un jour la recharge MCS chez Lahaye Global Logistics ? « Aujourd’hui nos infrastructures 400 kW nous conviennent très bien. Peut-être que demain le standard MCS pourrait être intéressant afin de profiter des pauses de 40 minutes pour recharger sur les longues distances. Mais il faudrait que le service ne soit pas cher, car ce qui compte pour les transporteurs, c’est le TCO ».
En France, Lahaye Global Logistics fait figure de pionnier concernant les camions électriques : « La profession a pris beaucoup de retard sur l’électrique. J’ai 35 ans, c’est peut-être aussi pour cela que nous avons su anticiper dans l’entreprise. Nous n’avons en revanche pas essayé l’hydrogène. Nous n’y sommes pas réfractaires, mais en discutant un peu avec tout le monde, on en a retenu que cette solution n’est pas mature. C’est pourquoi nous préférons miser sur l’électrique à batterie, sans non plus chercher à être pionnier trop tôt ».
Lahaye Global Logistics n’a pas attendu la maturité de l’électrique pour expérimenter d’autres pistes de décarbonation : « Un petit 10 % de notre flotte est au HVO et encore un autre petit 10 % au biogaz. À cause de la batterie, un camion électrique pèse environ trois tonnes de plus, ce qui nous pose un problème de charge utile sur 20 à 30 % de nos flux. C’est pour cela que le biogaz a encore sa place aujourd’hui chez nous. Mais dans moins de cinq ans, nous n’en aurons plus. Nous sommes parfois sollicités par les pouvoirs publics pour échanger sur les enjeux de la transition énergétique et partager notre retour d’expérience en tant qu’acteur de terrain ».
Répondant aux besoins nés du développement de l’agro-alimentaire et de la grande distribution, l’entreprise a mis en place en 1976 ses premières lignes sous température dirigée : « Nous avons 450 remorques frigorifiques. Actuellement, nous en testons une équipée d’un groupe 100 % électrique développé par Sunswap. Grâce aux panneaux solaires installés sur le toit, le groupe frigorifique ne consomme ni électricité ni GNR [NDLR : Gazole non routier] ».

Cette solution beaucoup plus silencieuse a été présentée l’année dernière à Solutrans avec le fabricant normand de remorques Chéreau : « Il n’y a actuellement qu’une seule remorque à l’essai, avec une volonté de bientôt lancer la commercialisation. Nous pensons en commander. Auparavant, nous avons aussi essayé des groupes froids hybrides électricité/carburant, et avons demandé à Mercedes la possibilité d’alimenter un groupe frigo directement avec l’e-Axle d’un camion électrique en passant par la prise de force ePTO. Nous avons également testé une remorque équipée d’un e-Axle, mais si cette solution produit de l’énergie, elle en gaspille aussi de l’autre ».
Appelés « chargeurs », les clients qui commandent des services de transport sont parfois très demandeurs de prestations réalisées avec des camions électriques : « C’est le cas de LPR – La Palette Rouge avec lequel nous avons contractualisé une dizaine de camions électriques. Il y a aussi la coopérative laitière Sodiaal qui compte Entremont, Candia et Yoplait parmi ses marques. Pour notre groupe, c’est un important client avec lequel nous travaillons énormément à la décarbonation des flux dans le cadre d’objectifs qu’ils se sont fixés. Nous faisons aussi beaucoup de ferroviaire avec eux ».

L’entreprise bretonne Grain de Sail propose en particulier des chocolats et cafés bio en amenant en France les matières premières avec ses deux voiliers. L’aller ne se fait pas pour autant à vide, acheminant des vins français bio aux États-Unis : « Entre Bretons, on a su se trouver. Grain de Sail a une véritable volonté de décarboner ses flux avec l’Amérique. Nous avons noué un partenariat avec eux il y a quelques années pour nous occuper de l’amont comme de l’aval avec des camions électriques ou au biogaz ».
La décarbonation des transports passe aussi chez Lahaye Global Logistics par l’éco-conduite : « Nous internalisons au maximum la formation continue obligatoire des conducteurs. Depuis une dizaine d’années, ils sont formés à l’éco-conduite via notre filiale FTO [NDLR : Formation Transport Ouest] qui compte cinq ou six formateurs. Nous en retirons un bon retour sur investissement, avec des gains importants sur les émissions de CO₂, les consommations, et la sinistralité ».
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Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.
Philippe SCHWOERER
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