Maxus eTerron 9 : le verdict d’un artisan après 40 000 km avec le pick-up électrique chinois

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A gauche, Sébastien Sarret et son pick-up électrique eTerron 9 à la concession Maxus
A gauche, Sébastien Sarret et son pick-up électrique eTerron 9 à la concession Maxus

Selon le constructeur chinois, le Maxus eTerron 9 serait le premier pick-up 4×4 électrique proposé en France. Installateur isérois en bornes de recharge, Sébastien Sarret a voulu joindre l’utile à l’agréable avec cet engin qui présente un frunk quasiment aussi grand que le coffre d’une Seat Mii Electric.

Electromobiliste depuis 2016

Autant vous dire tout de suite que vous ne croiserez pas souvent un Maxus eTerron 9 sur votre chemin… sauf si vous n’êtes pas très loin d’une concession : « J’en ai vu un il y a une quinzaine de jours, mais j’étais avec ma moto ce jour-là. Le garage où j’ai acheté le mien est à environ 25 km de chez moi ». Avant de créer son entreprise Alpes bornes de recharge, Sébastien Sarret était « technicien en reconditionnement de pièces et systèmes chez STMicroelectronics ».

Il devait parcourir 110 km par jour pour rejoindre l’entreprise et en revenir : « J’avais alors un Nissan Pathfinder 4×4 qui consommait beaucoup et me coûtait très cher en carburant. C’est pour cela que je suis passé à l’électrique à titre privé en 2016, avec une Nissan Leaf 24 kWh. Plus tard, j’ai pris un modèle avec la batterie 40 kWh. J’ai alors remarqué qu’il y avait dans mon secteur très peu de personnes qualifiées pour installer des bornes de recharge, ce qui m’a donné l’envie de créer ma boîte ».

Dans un premier temps, le nouvel artisan a pris un Peugeot e-Expert : « Je l’ai conservé quelque temps, malgré une autonomie trop juste pour moi. Avec les outils, et en roulant à 110 km/h, je n’avais pas plus de 150 km, avant de devoir faire une recharge rapide avec une puissance qui n’était pas au rendez-vous par rapport aux spécifications du constructeur ».

350 km d’autonomie réelle

Avec un poids à vide de 2,88 tonnes, le Maxus eTerron 9 présente une empreinte au sol de 5,50 x 2,00 m. Même une Tesla Model S avec ses 5 mètres de long pourrait paraître petite à côté du pick-up chinois. C’est moins flagrant en comparant avec un Peugeot e-Expert au format XL, tout de même plus court de 17 cm. Mais le eTerron 9 oppose une différence de taille : cinq vraies places en plus de la benne de 1,56 x 1,50 m. Sur la balance, l’utilitaire du Lion est plus léger de 750 kg.

Ce n’est cependant pas à capacité et autonomie égales. Le fourgon embarque au mieux un pack de 75 kWh bruts, quand le Maxus offre une plus confortable batterie de 102,2 kWh dont 97 exploitables. Assemblée avec des cellules LFP (lithium fer phosphate) fournies par CATL, elle crédite le pick-up d’une autonomie WLTP de 430 km en cycle mixte. Le constructeur communique même sur 566 km en WLTP urbain : « J’obtiens facilement 350 km avec une charge. Même en roulant à 130 km/h sur l’autoroute, j’ai encore 250 km ».

Les consos sont élevées, mais pas forcément plus que celles rapportées par nos lecteurs pour les fourgons de Stellantis : « En roulant à une vitesse raisonnable sur nos routes de montagne, elles sont de l’ordre de 25 kWh/100 km l’été, grimpant à 30 l’hiver. Maintenant, les recharges sont réalisées à 99 % chez moi sur une borne 7 kW. Avec la maison désormais passée en triphasé, je pourrais même profiter des 11 kW du chargeur embarqué. C’est ce que je préconise souvent à mes clients qui ont des voitures électriques avec des batteries de plus de 60 kWh ».

Venu pour un fourgon, reparti avec un pick-up

Le pick-up électrique est utilisé aussi bien pour les besoins professionnels que privés : « Ce modèle me permet d’effectuer mon travail sans recharge intermédiaire, même quand je dois intervenir à l’Alpe d’Huez, Villefranche-sur-Saône ou aux Arcs en Savoie [NDLR : A respectivement 100, 135 et 165 km environ de Saint-Aupre où l’entreprise est établie]. L’hiver dernier, nous sommes allés au marché de Noël de Strasbourg [NDLR : Plus de 500 km]. Nous avons fait une recharge d’opportunité quand nous nous sommes arrêtés pour prendre un café, puis une autre plus loin ».

Maxus annonce 42 minutes pour une recharge de 10 à 80 %. Sur les bornes rapides, Sébastien Sarret a constaté : « Le constructeur du groupe SAIC indique une puissance de recharge de 115 kW en courant continu, mais j’ai observé des pointes allant jusque 150 kW et une courbe très stable. Je ne reste branché qu’une vingtaine de minutes. C’est l’inverse de ce que j’avais constaté sur l’e-Expert. Les belles annonces de Peugeot pour la recharge ne se vérifiaient pas sur le terrain, ce qui peut être décourageant pour les pros qui arrivent nouvellement à l’électrique ».

Au départ, notre lecteur voulait un fourgon : « Ma première idée était de prendre un Ford e-Transit Custom, mais ce modèle a trop tardé à arriver et l’autonomie était moins bonne. Puis j’ai été invité à La Clusaz par Maxus pour découvrir leur gamme. Je suis venu pour voir ce qu’ils avaient en fourgons, et c’est finalement le pick-up que j’ai retenu. Je suis un des premiers en France à en avoir commandé un. Ce n’est pas un choix écolo, mais j’aime bien les 4×4. Ce modèle est un bon compromis pour l’entreprise, me permettant aussi de me faire plaisir ».

Gros frunk, grosse capacité de remorquage et V2L

Le Maxus e-Terron 9 a de quoi convaincre bien des professionnels. Déjà avec son frunk de 236 litres. C’est juste 15 de moins que le coffre de la Seat Mii Electric : « Dans cet espace, je loge toutes mes caisses à outils, ce qui me permet de transporter tout le reste dans la benne. C’est par exemple des bricoles à emmener à la déchetterie, des sacs de ciment, des câbles avec dévidoir… ça dépend des chantiers. A 80 %, ce sont des interventions chez des particuliers ».

Le pick-up électrique est homologué pour tracter une remorque freinée jusque 3,5 tonnes : « Pleine, par exemple avec des panneaux solaires, la mienne ne dépasse par 800 kg. Je ne constate même pas son influence sur la consommation. En revanche, j’ai dû attendre longtemps le faisceau électrique adapté. Je suis toujours bien accueilli par l’équipe commerciale de Maxus près de chez moi, mais au niveau du SAV, c’est pas encore trop ça. Je n’ai toujours pas reçu mes surtapis, la fragile moquette s’étant percée déjà vers les 8 000 km ».

Le vaste frunk du pick-up électrique Maxus eTerron 9
Le pick-up électrique Maxus eTerron 9 de Sébastien Sarret
Le pick-up électrique Maxus eTerron 9 de Sébastien Sarret
Le pick-up électrique Maxus eTerron 9 de Sébastien Sarret

Fonctionnalité intéressante pour les artisans, le V2L (vehicle-to-load) est proposé dans ce modèle : « Ca manquait dans le Peugeot e-Expert. On pourrait sortir jusque 6 kW à partir du connecteur T2. Mais je préfère utiliser directement les prises 220 V. Celle dans l’habitacle me permet de brancher mes appareils nomades pour les recharger, et celle au niveau de la benne me sert par exemple pour le malaxeur électrique ».

325 kW et 700 Nm

L’architecture du Peugeot e-Expert fait pâle figure à côté de celle du Maxus e-Terron 9. Pour la motricité intégrale, le pick-up embarque deux moteurs synchrones à aimant permanent offrant une puissance cumulée de 325 kW (442 ch) et un couple de 700 Nm. La machine à l’avant développe 125 kW (170 ch) et 250 Nm, contre 200 kW (272 ch) et 450 Nm à l’arrière. Ce qui permet à ce lourd joujou de pouvoir boucler l’exercice du 0 à 100 km/h en 5,8 secondes : « Du fait de cette puissance, je roule exclusivement en mode Eco ».

Pour quel comportement routier ? « Globalement, c’est un véhicule très maniable, et j’arrive même à bien tirer mon épingle du jeu avec lui quand je vais à Grenoble. La motricité intégrale, ça paraît sécurisant quand il y a de la neige, mais même en montagne où je suis, elle se fait rare désormais. Le Maxus eTerron 9 n’est pas un véhicule que l’on peut utiliser de manière sportive sur nos petites routes de montagne. J’aurais même peur qu’il chasse de l’arrière dans ces conditions. Le mode sportif, je peux à l’occasion l’exploiter pour m’insérer sur l’autoroute, pas plus ».

Après plus d’un an d’exploitation de son pick-up électrique, notre lecteur ne regrette pas de s’être séparé de son Peugeot e-Expert : « Je l’ai revendu à un éleveur d’escargots qui propose ses productions sur le marché. Ce fourgon lui est plus utile qu’à moi. J’ai toutefois aussi depuis un mois et demi un Peugeot e-Partner. Quand on a un gros véhicule, on a tendance à tout mettre dedans et à se déplacer toute le temps avec des trucs qui ne servent pas fréquemment. Avec un plus petit modèle, on ne va prendre que l’essentiel ».

A conseiller aux artisans ?

Sur son site Internet, Maxus indique que la grille tarifaire de son pick-up électrique démarre à 72 900 euros TTC (sur stock, prime CEE incluse) : « C’est un véhicule très onéreux dont on ne peut récupérer la TVA pour une entreprise du fait que l’habitacle est en cinq places. Toutefois, il n’est pas plus cher qu’un modèle thermique plombé par le malus. J’ai pris le mien en LLD sur cinq ans et 30 000 km par an. J’ai ainsi des loyers mensuels à environ 1 000 euros. Reçu en mai 2025, son compteur affiche déjà dans les 40 000 km ».

Voyager loin à l’occasion avec le eTerron 9 ne fait pas peur à Sébastien Sarret : « Au début, j’ai rencontré des problèmes de recharge qui ne se lançaient pas, mais c’est résolu depuis une mise à jour du système de la voiture. Pour moi, la recharge n’est vraiment pas un frein pour voyager loin en électrique : je ne planifie désormais plus rien. Comme le Maxus e-Terron 9 est un modèle rare et volumineux, on vient souvent me voir quand il est branché. On me dit parfois qu’un tel véhicule est une hérésie, ce que je peux tout à fait entendre ».

Il assume toutefois son choix : « Ce très beau modèle, vraiment économique à l’usage, est globalement bien adapté à mes besoins. Mais je ne le conseillerais pas forcément aux autres artisans, car il est cher à l’achat, avec un intérieur luxueux mais fragile qui s’abîme facilement. C’est pourquoi il conviendra davantage à des dirigeants de stations de ski ou à des chefs d’équipe qu’à des jardiniers. Maxus pensait le placer facilement auprès des artisans, ce qui n’est apparemment pas le cas. Par ailleurs, ce serait bien d’avoir une notice en français. Celle qui est téléchargeable depuis Internet est en anglais ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Sébastien Sarret pour sa grande réactivité, son excellent accueil, et le temps pris à donner son très intéressant témoignage qu’il nous a proposé après notre appel aux lecteurs.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Impressionnant, le pick-up électrique Maxus eTerron 9 l'est absolument, encore plus quand le capot est grand ouvert. Curieusement, j'ai de suite pensé à la baleine avalant Pinocchio dans le film proposé en 1972 par Luigi Comencini. Traumatisme d'enfant sans doute ayant peur de se retrouver enfermé dans un frunk aussi spacieux sans possibilité de l'ouvrir depuis l'intérieur. Il est sûr qu'un tel volume permet d'envisager le transport de bien des équipements qui ne pourraient être laissés sans surveillance dans la benne la nuit. Evidemment, face à une voiture, aussi grande soit-elle, ce gigantesque pick-up apparaît excessif. Mais s'il faut le comparer à un utilitaire, il offre l'avantage de pouvoir transporter à la fois une équipe et de l'outillage. Ce qui autrement souvent nécessiterait d'utiliser potentiellement deux véhicules. Et l'on n'a pas encore parlé de sa capacité de tracter en même temps une remorque freinée de 3,5 tonnes. Pour certains usages, le eTerron 9 semble donc parfaitement adapté. Ils ne sont toutefois pas si nombreux, expliquant qu'aujourd'hui ce modèle ne se rencontre pas très souvent sur nos routes. Il faudrait aussi prévoir une version avec un intérieur plus robuste et moins luxueux, plus conforme à un usage dans les chantiers.

Philippe SCHWOERER

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E911Vil y a 2 heures

Belle bête !
Bien vu le grand frunk pour ranger les outils de manière sécurisée.

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