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Localisé dans les Côtes-d’Armor, Jérémy Lebast a testé en situations réelles pendant trois jours un tracteur routier électrique Scania 40 R. Aux lecteurs d’Automobile Propre, il confie ses impressions.
Comme beaucoup d’entreprises de transport en Bretagne, celle de Jérémy Lebast a une spécialité : « C’est l’alimentaire. Nous avons par exemple tous les jours deux camions qui livrent le marché de Rungis. En comptant le personnel sédentaire, l’entreprise emploie 19 salariés. Du côté de la flotte, nous avons 15 tracteurs routiers diesel avec des semi-remorques frigorifiques. L’une est aux couleurs de la Compagnie des Pêches Saint-Malo, avec laquelle nous livrons par exemple du surimi jusqu’à la pointe nord du Danemark ».
Les produits de la mer ne sont pas les seules marchandises prises en charge par l’entreprise : « Nous sommes aussi reconnus dans le transport des œufs que nous allons chercher dans les fermes pour les acheminer dans les centres de conditionnement. Pour cela, nous avons véritablement développé un savoir-faire qui nous a permis de comprendre et de nous adapter au métier des autres. Aujourd’hui, peu de transporteurs s’intéressent aux œufs comme nous le faisons ».
Avec ses camions, Jérémy Lebast Transport est habitué aux livraisons à longue distance : « Aujourd’hui je suis par exemple allé à Reims, et nous faisons régulièrement des transports en Île-de-France, en Rhône-Alpes, dans la région PACA, aux Pays-Bas, etc. Actuellement, en raison de l’autonomie encore trop limitée et d’un réseau de recharge pas adapté globalement, ce serait difficile de le faire avec des camions électriques, nous n’arriverions pas à faire correctement notre travail ».
Si Jérémy Lebast a testé un camion électrique, c’est déjà parce qu’il est ouvert aux véhicules branchés : « À titre personnel, je roule en Mercedes CLA 250+ depuis novembre 2025. Cette berline électrique a remplacé le Volkswagen Transporter que j’avais auparavant et avec lequel j’avais un problème d’encrassement du moteur diesel. En cause, les 90 % de mes trajets de seulement 10-12 km. J’ai donc cherché une alternative, et j’ai pensé à l’électrique ».
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Témoignage : « J’ai pris cet utilitaire électrique pour qu’il me dure 10 ans et 500 000 km »Le Mercedes CLA n’a pas été le premier véhicule électrique envisagé : « J’avais d’abord pensé au Volkswagen ID. Buzz, mais je ne l’ai finalement pas retenu car son gabarit ne correspond plus à mes besoins d’aujourd’hui. J’ai donc essayé la Mercedes CLA 250+. Entre performances et agrément de conduite, je suis ressorti assez conquis par l’expérience. Après un peu plus de six mois d’utilisation, je peux même dire que je suis amoureux de ma voiture électrique ».
Bien sûr, le transporteur breton n’hésite pas à aller loin avec elle : « Depuis Plancoët je suis déjà allé jusqu’à Lyon, mais aussi à Clermont-Ferrand pour visiter l’usine Michelin. J’ai pu faire ce trajet d’une traite sans recharger [NDLR : Environ 650 km]. Il n’en restait pas beaucoup dans la batterie. Nous avons une consommation moyenne réelle de 12 kWh/100 km. Avec ma femme, on s’est pris au jeu de qui consommera le moins. Sur le trajet de 12 km entre Dinan et Plancoët, mon record est de 6,3 kWh/100 km ».
Le camion électrique que Jérémy Lebast a pu tester sur 980 km pendant trois jours en avril 2026 est un Scania 40 R. Il était équipé d’une batterie lithium NMC (nickel manganèse cobalt) d’une capacité énergétique brute de 624 kWh, pour 560 exploitables. Il s’agit là de la dotation maximale en cinq packs. Avec une courbe de recharge qui peut s’élever jusque 375 kW avec des bornes compatibles équipées du connecteur CCS, il faut compter environ 90 minutes pour régénérer complètement cet ensemble.
Le constructeur annonce une autonomie pouvant s’élever jusqu’à 560 km, selon PTRA. Ce que confirme le transporteur breton : « Nous étions trois à avoir pris le volant de ce camion électrique. J’ai dû rouler moi-même 80 % du temps, les deux autres chauffeurs ayant parcouru chacun de 50 à 60 km pour le découvrir. Lors de nos essais, nous avons relevé des consommations entre 102 et 106 kWh/100 km permettant de réellement parcourir un peu plus de 500 km sur une charge ».

C’est Aubrée Garage SA de Vern-sur-Seiche (35) qui a proposé l’essai : « Ils savent que je m’intéresse à l’électrique. Lors d’un séminaire avec eux, ils m’ont appris qu’ils allaient recevoir un Scania électrique pour des essais. J’ai de suite dit que je serais partant. L’électrique, beaucoup sont totalement pour et beaucoup sont totalement contre, et finalement il y a beaucoup d’écart dans tout ça avec la réalité. Je voulais me faire ma propre opinion sur à quoi s’attendre aujourd’hui concernant les camions électriques. Le Scania 40 R m’a été livré aux Ateliers Gavard de Saint-Samson-sur-Rance qui suit ma flotte ».
Dans un premier temps, Jérémy Lebast a essayé le Scania 40 R sur de courtes rotations : « Pour un client, j’ai fait des trajets d’une trentaine de kilomètres, chargé à 44 tonnes à l’aller, avec retour à vide. Dans la même journée, j’ai fait trois allers-retours comme ça. Un autre jour, j’ai fait un Plancoët-Lannion, soit 120 km environ, chargé léger à 5 tonnes à l’aller, et retour à 16 tonnes. Je n’ai pas osé faire un déplacement plus gros, contrairement à un collègue qui a fait Oise-Vendée en arrivant presque batterie vidée ».
Il y a une raison pour laquelle notre interviewé ne s’est pas lancé sur un tel trajet : « Ce n’est pas normal pour un transporteur qui fait de la longue distance de n’avoir qu’une autonomie de 500 km. Avec 3 000 km sur un plein de gazole sur un tracteur diesel, 500 km, ça correspond à notre réserve. Aller brancher quand il ne reste que 110 km d’autonomie, on va appréhender, c’est extrêmement peu pour un camion. Ce que j’espère cependant clairement, c’est que l’évolution de l’autonomie et une possibilité intéressante de recharge me permettront dans moins de cinq ans de pouvoir prendre un camion électrique que je pourrais utiliser normalement ».
Un scénario potentiellement déjà possible : « Ce serait pour nos trajets réguliers Plancoët-Rungis [NDLR : Environ 400 km]. Il suffirait que mon client installe une borne rapide sur laquelle je pourrais recharger gratuitement pour que ce soit envisageable. En procédant ainsi, ça me permettrait de diviser par deux le coût de l’énergie. Techniquement, il serait possible d’avoir chez moi un chargeur à haute puissance, puisqu’il y a un gros transformateur électrique à proximité de mon entreprise, mais ça coûterait trop cher en matériel et installation ».
Pour recharger le Scania 40 R électrique, Jérémy Lebast a utilisé une borne rapide mise en place par le syndicat départemental de l’énergie : « J’ai un chargeur rapide Ouest Charge pour véhicules légers à 150 mètres de ma maison. Mais il a fallu dételer la remorque pour brancher. Forcément, on prend de la place, on gêne, et parfois le câble de recharge est trop court. J’y passais vers 18h00 et débranchais environ deux heures après. Comme j’y suis venu avec la Mercedes CLA avant d’avoir ma propre borne AC à la maison, je savais que ce chargeur serait accessible pour un camion ».

Une solution pas forcément des plus économiques : « Dans le cadre d’un essai, je me fichais presque du prix de l’électricité, mais il est clair qu’à 0,55 euro le kilowattheure, ce ne serait pas rentable. J’ai communiqué sur les réseaux sociaux de notre expérience en camion électrique, mais il y a un point sur lequel je n’ai pas voulu m’exprimer, c’est sur l’aspect économique. Avec les aides qui existent aujourd’hui, on n’est pas dans une situation durable ».

Actuellement, l’entreprise ne roule pas avec du carburant alternatif : « Avec le bioGNV par exemple, la variation du prix du gaz, comme on l’a connue avec la guerre en Ukraine, pourrait être problématique. Elle a coûté la vie à un transporteur du côté de Cholet qui avait tout misé sur cette énergie. Et puis la puissance est en retrait. Avec l’électrique, c’est l’inverse : à puissance équivalente, on aura davantage de pêche qu’avec un diesel, un électrique accélère mieux. On a pu s’en rendre compte car on se suivait à deux camions avec celui fonctionnant au gazole derrière ».
Ce qui a particulièrement impressionné Jérémy Lebast lors de son essai du tracteur routier électrique, « c’est le silence. À un moment, nous longions la mer du côté du casino, il faisait très chaud, nous étions avec les vitres ouvertes, et nous entendions tout ce qui se passait dans l’environnement. On le constate aussi avec une voiture électrique, mais avec un camion, c’est encore plus impressionnant. Certains disent que ce silence serait dangereux pour les piétons, mais ce n’est pas mon avis : personne ne nous a prêté attention quand nous roulions ».
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Témoignage : avec son utilitaire électrique, cet artisan économise 3 000 € par an sur le carburantÀ l’arrêt, en revanche, le Scania 40 R a rencontré un gros succès : « Comme c’est marqué ‘Electrique’ de façon bien visible dessus, il a attiré la curiosité générale. Beaucoup de gens sont venus nous poser plein de questions, dont le client que nous livrions. Mes deux autres chauffeurs qui ont aussi essayé ce camion ont résumé leur expérience en un seul mot : ‘Surprenant !’. Ils ne s’attendaient pas à ce que l’électrique soit aussi performant et pensaient que le bruit du moteur diesel allait leur manquer, mais non ».
D’autres conducteurs semblent moins ouverts pour l’instant : « De manière générale, c’est la faible autonomie qui perturberait tout le monde. À l’entreprise, nous avons des Scania diesel à moteur V8 15 litres. À côté, avec le 40 R, c’est aseptisé. Les chauffeurs qui ont entre 55 et 60 ans m’ont affirmé qu’ils ne conduiraient pas de camion électrique. C’était déjà comme ça lors du passage aux boîtes automatiques, et maintenant ils ne reviendraient pas en arrière ».
Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Jérémy Lebast pour son excellent accueil et le temps pris sur une de ses pauses pour communiquer son très intéressant témoignage que nous avons sollicité.
Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.
Philippe SCHWOERER
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