Volant la politesse aux allemands, Jaguar est le premier à rejoindre Tesla sur le segment des voitures électriques premium avec sa nouvelle i-Pace. Un modèle que nous avons pu tester sur les routes portugaises de l’Algarve…

Une vraie Jaguar

Si le développement d’une électrique a permis à Jaguar de s’affranchir des habituelles contraintes liées au développement d’une voiture thermique, la i-Pace reste avant tout une Jaguar. Longue de 4.68, la i-Pace reprend la face avant du F-Pace tandis que ses optiques intègrent la signature LED à « double J » typique des modèles de la marque. S’inspirant du Velar de Range Rover, l’i-Pace intègre également les poignées érectiles que l’on retrouve aussi sur les modèles de Tesla.

A l’intérieur, le constructeur reste sobre et se démarque par l’espace très lumineux offert par le large pare-brise panoramique et la présence de trois écrans digitaux : l’un derrière le volant, le second en bas de la console pour régler la climatisation et le dernier, un écran de 10 pouces, faisant office de système de navigation et d’infodivertissement. Sur cet écran, un mode « EV » permet également de suivre les caractéristiques de la voiture : flux d’énergie, état de charge, consommation, éco-conduite… Lors de la définition d’un trajet via la navigation, la voiture estime l’autonomie restante à l’arrivée en tenant compte de la topographie du parcours ce qui permet d’obtenir des estimations assez proches de la réalité.

En termes d’espace, l’i-Pace offre cinq vraies places. D’une capacité de 656 litres, le coffre est complété par un second espace de rangement de 27 litres situé sous le capot avant. L’emplacement idéal pour le câble de recharge. La modularité n’est pas mise de côté avec un plancher plat et un volume porté à 1453 l une fois la banquette rabattue tandis que la possibilité de tracter jusqu’à 750 kilos et d’ajouter de nombreux équipements (barre de toit, porte vélo etc…) viennent confirmer les dispositions familiales du modèle.

400 ch et 90 kWh

Au total deux moteurs électriques indépendants animent la i-Pace. Totalisant 200 chevaux et ne pesant que 78 kilos, ils permettent à la i-Pace de développer jusqu’à 400 chevaux de puissance et 696 Nm de couple. Bridée à 200 km/h, la i-Pace revendique un 0 à 100 km/h abattu en 4.8 secondes.

Ces moteurs s’alimentent à partir d’une batterie de 90 kWh. Composée de 432 cellules et 36 modules, celle-ci est garantie 8 ans ou 160.000 km. Chose intéressante : un ingénieur nous a confirmé que les 90 kWh annoncés correspondaient à une capacité totale, le constructeur gardant 5 à 7 % en sécurité, ce qui amène à une capacité « utile » de l’ordre de 85 kWh.

La conduite

A l’usage, la Jaguar i-Pace offre trois modes de conduite (Eco, Confort ou dynamique) et deux modes de régénération : normal ou élevé. Dans le mode élevé, le frein régénératif est beaucoup plus puissant et peut aller jusqu’à l’arrêt complet du véhicule sans avoir à toucher à la pédale de frein. Dans son dossier technique, Jaguar annonce une freinage jusqu’à 0,4 g au levé de pied. Un système qui autorise la conduite à une pédale et qui se révélera très pratique en ville. Seul regret : si les modes de conduite se sélectionnent via des boutons, les modes de régénération doivent être réglés en naviguant via l’écran principal. Un fonctionnement bien moins intuitif qu’un bouton type « e-Pedal » que l’on peut retrouver sur la Nissan Leaf.

Sur la route, les performances sont au rendez-vous. Le fait d’avoir intégré la batterie sous le plancher permet d’abaisser le centre de gravité de l’i-Pace de 13 cm par rapport à la F-Pace. Aidée par ses deux moteurs indépendants et ses suspensions réglables, la voiture de Jaguar colle à la route et offre un comportement routier remarquable. Du pur plaisir sans consommer une seule goutte de carburant !

Autopilot où es-tu ? Petite déception : cette Jaguar i-Pace ne possède pas d’équivalent de la fonction Autopilot que l’on peut retrouver sur les modèles de Tesla pour le maintien de la voiture dans la file. Il y a certes un « lane keep assist » mais celui se contente de corriger la trajectoire lorsque le véhicule frôle la ligne. Une absence d’autant plus étonnante que des modèles plus modestes, comme la nouvelle Leaf avec son dispositif ProPilot, proposent le système.

Hors des sentiers battus

Lorsque le dossier de presse distribué par Jaguar nous présentait l’i-Pace comme un véritable 4×4, nous étions loin d’imaginer que le constructeur allait mettre le principe en application sur un parcours digne des essais Land Rover.

Au programme : passage de gué, la voiture tolérant jusqu’à 50 cm, et montées et descentes de pistes abruptes, le tout aidé par un dispositif permettant de contrôler la vitesse en descente mais aussi en montée. En off-road, les prestations de l’i-Pace ont vraiment été impressionnantes même si on imagine que les utilisateurs finaux seront peu nombreux à réellement les utiliser.

Et sur circuit

Après le « off road » le circuit où une vingtaine d’i-Pace grises et bleues nous attendaient pour quelques tours de piste musclés sur le circuit de Portimao, réputé pour son tracé vallonné très apprecié des puristes.

Sur le circuit, les sensations et le plaisir de conduite sont là avec plusieurs pointes réalisées à 208 km/h. Plus habitués à ce genre d’exercice, d’autres confrères ont senti le surpoids du véhicule par rapport à d’autres modèles thermiques équivalents, notamment sur les courbes.

Toutes alignées et prêtes au départ.

 

Quid de l’autonomie ?

Ses 2.2 tonnes et ses 400 chevaux n’aidant pas à faire de la voiture électrique de Jaguar un modèle d’économie, ne lui demandez pas d’égaler la frugalité d’une petite Zoé où même d’une Nissan Leaf.

Les 480 km annoncés en cycle WLTP se vérifient-ils dans la réalité ? En ville et en se basant sur une consommation de l’ordre de 15 à 18 kWh/100 km, c’est probablement faisable mais nous n’avons pas pu le vérifier lors de notre essai, réalisé dans des conditions extra-urbaines.

Sur la route et l’autoroute, c’est autre chose et tout dépendra du style de conduite de la personne au volant, l’i-Pace pouvant rapidement devenir un gouffre à électron si l’on décide d’appuyer un peu fort sur la pédale d’accélérateur. En essai « pied planché », nous sommes parvenus à grimper à plus de 35 kWh/100 km selon les relevés de l’ordinateur de bord.

En conduisant plus raisonnablement, comptez 22 à 27 kWh de consommation, soit environ 350 à 400 km d’autonomie, en extra-urbain. Sur autoroute, on s’approche plus des 30 kWh, soit une autonomie de l’ordre 250 km. Des valeurs finalement assez proches des modèles de Tesla. Seule différence : il faudra être patient pour la recharge lors des longs trajet, Jaguar n’ayant pas de réseau « superchargeurs » à disposition. Si la i-Pace annonce tolérer 100 kW avec le standard Combo CCS, les clients devront ainsi se contenter des bornes 50 kW majoritairement proposées dans l’hexagone, soit une charge à 80 % en 1h30 contre 45 minutes en 100 kW. Une situation qui « bride » un peu l’utilisation de cette i-Pace pour les longs trajets mais qui pourrait rapidement évoluer avec la multiplication des corridors dits « haute puissance ». Lors de nos échanges, un représentant de la marque nous a notamment indiqué être en discussion pour rejoindre le consortium allemand Ionity qui prévoit des stations semblables à celles de Tesla.

Plus abordable qu’une Tesla

Outre ses performances, la voiture électrique de Jaguar séduit également par son prix. Vendue à partir de 78.350 € hors bonus écologique, elle se révèle un poil moins chère qu’une Model S 75D et qu’un Model X (92.000 €). De quoi faire de cette i-Pace une rivale sérieuse même si le manque de superchargeurs et l’absence de dispositif comparable à l’Autopilot donnent encore de sérieux avantages à la marque californienne.

Outre ses solutions d’achat, le constructeur travaille aussi sur des offres en leasing pour séduire des professionnels qui bénéficient de nombreux avantages grâce à la fée électricité : absence de TVS, TVA récupérable sur l’électricité consommée et surtout absence de malus qui, pour un véhicule thermique équivalent, atteindrait plusieurs milliers d’euros. Après un apport de 10.000 euros bonus déduit, Jaguar communique sur un loyer de 899 €/mois pour le modèle d’entrée de gamme sur une durée de 36 mois et 30.000 km. Pour la First Edition, la plus haut de gamme, le prix passe à 1315 € avec le même apport.

En France, la voiture est attendue en concessions le 2 juillet prochain et les premières livraisons clients sont prévues dans le courant de l’été. Lors de la remise des clés les propriétaires se verront offrir le Chargemap Pass mais aussi un panel de services complémentaires. Pour la partie recharge, Jaguar a notamment conclu un partenariat avec Proxiserve pour la fourniture de bornes 7 kW, installation indispensable compte tenue de la taille de la batterie.

La marque a également mis en place plusieurs dispositifs pour rassurer les plus anxieux. Outre l’assistance « panne électrique » offerte les trois premières années, Jaguar propose une offre de location pour les vacances permettant de disposer d’une F-Pace pour les plus longs trajets, voire de se le faire livrer directement sur son lieu de vacances à la sortie du train ou de l’avion. Une offre conçue en partenariat avec ALD et intégrée à un forfait mensuel permettant de disposer de 8 semaines de location par an.

Quatre niveaux de finition et une panoplie d’options

En termes de finition, Jaguar voit grand avec quatre niveaux proposés : S, SE, HSE et First Edition dont le prix grimpe à 102.555 euros hors bonus. Pour le choix du modèle, pas de prise de tête sur la partie électrique puisque toutes les finitions proposent les mêmes caractéristiques électriques  avec la batterie 90 kWh, les deux moteurs totalisant 400 chevaux, le connecteur Combo et la pompe à chaleur.

La différence va donc se jouer sur les équipements. A titre d’exemple, la S n’aura pas de régulateur adaptatif tandis que la First Edition se verra dotée du système d’affichage tête haute. Pour plus de détails, nous vous invitons à consulter la fiche technique du modèle.

Du côté des options, c’est également un festival avec une liste longue comme le bras qui permettra d’apporter de nombreuses améliorations tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Des possibilités de personnalisation qui donnent une nouvelle fois un bel avantage à Jaguar vis-à-vis des modèles de Tesla.

Pour conclure

Jaguar fait une entrée remarquée dans l’univers de la voiture électrique Premium. Si elle n’est pas exempte de défauts, la i-Pace reste une véritable réussite, tant technique qu’esthétique, et se positionne comme un véritable instrument de conquête pour la marque qui prépare son réseau depuis déjà plus d’un an. Objectif : profiter de ces quelques mois d’avance sur les modèles allemands pour se faire une place sur un marché de plus en plus convoité.

Un modèle que le constructeur pourrait très rapidement faire évoluer avec des versions plus puissantes qui viendraient titiller les déclinaisons « Performance » des Model S et Model X de Tesla. La compétition est lancée !

Essai Jaguar i-Pace : une rivale de taille pour Tesla
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