A la moitié de l’année 2019, il roulait en France un peu plus de 100.000 véhicules alimentés au superéthanol. Si plus de 30.000 étaient des exemplaires flexfuel d’origine – principalement, des Dacia, Renault et Ford -, plus de 70.000 avaient été convertis grâce à un boîtier de seconde monte. Pour 2019, la filière s’attend à 40.000 nouvelles installations. Une opération qui bénéficie parfois d’aides de collectivités locales.

+ ceux qui roulent sans boîtier

Dans ces 100.000 véhicules recensés en France capables de rouler à l’éthanol, ne sont pas comptabilisés ceux qui circulent avec une proportion plus ou moins grande d’E85, sans pose d’un boîtier spécifique. Ce sont tout aussi bien des modèles équipés d’un moteur essence à carburateur, injection directe, ou injection indirecte.

Internet offre une tribune à nombre d’automobilistes qui ont décidé de franchir ainsi le pas. Le plus souvent, ce sont des utilisateurs de véhicules déjà fortement kilométrés et âgés, avec lesquels il est question de rouler à l’économie, tout en réduisant les fumées, polluants et odeurs à l’échappement.

Nombre d’entre eux témoignent rouler au superéthanol sans boîtier depuis plusieurs années, et sans gros problèmes particuliers. Ils ont commencé par un mélange à 10% d’E85 avec du SP95, puis 20%, 50%… et jusqu’à 100% pour certains. Des proportions révisables selon la saison.

Boîtier ou pas ?

La raison d’être d’un boîtier flexfuel est de permettre de conserver le bon rendement du moteur grâce à un mélange air-carburant adapté (voir notre article spécifique sur le sujet). Ainsi, un bloc essence est conçu pour fonctionner avec un produit dans une proportion d’1 gramme de SP95 + 14,7 g d’air. Avec du superéthanol, l’apport d’air doit redescendre à 9 g.

Sans boîtier, l’E85 brûlera plus vite. D’où une surconsommation par rapport à l’essence plus importante encore, une puissance diminuée et un échauffement anormal de la culasse qui peut se traduire par une déformation des soupapes, une destruction des bougies, etc. En outre, si le véhicule est équipé d’un catalyseur, celui-ci pourrait être endommagé.

Dans nombre de cas, quelques actions sur le moteur seraient tout de même à effectuer : gicleurs de carburateur plus gros, réglage de l’avance à l’allumage, changements de joints et durits de carburation (à vérifier sur les modèles d’avant 2000), etc. Sur des voitures plus récentes, le calculateur d’origine devrait toutefois permettre de rouler avec un mélange contenant du SP95 et 30 à 60% d’E85. Au-delà, nous ne saurons trop vous conseiller de vous équiper d’un boîtier flexfuel.

A noter qu’un modèle se détache du lot pour sa gestion du moteur capable de prendre en charge progressivement le superéthanol : La Toyota Prius.

Garantie du constructeur / Homologation des boîtiers

Roulez à l’E85 avec ou sans boîtier fera perdre la garantie du constructeur du véhicule. Mais la conversion sera couverte par celle du fabricant et/ou de l’installateur du kit flexfuel. Si l’on trouvait sur le marché français, il y a quelques années, du matériel pas toujours très efficace, et parfois même dangereux pour le moteur, le législateur a décidé d’encadrer strictement la conversion à la bicarburation.

En particulier avec l’arrêté du 30 novembre 2017 « relatif aux conditions d’homologation et d’installation des dispositifs de conversion des véhicules à motorisation essence en motorisation à carburant modulable essence – superéthanol E85 » (voir notre article spécifique sur le sujet).

Auparavant, cette modification était interdite et motif de recalage au contrôle technique. Pourtant les avantages à rouler avec ce carburant sont nombreux et étaient déjà souvent connus (voir notre dossier spécifique).

Modèle éligible

Pour être éligible en France à la pose d’un kit flexfuel homologué, par un professionnel habilité par le fabricant, le véhicule doit :
– Appartenir à la catégorie des voitures particulières ou des camionnettes au sens de l’article R.311-1 du code de la route,
– Etre immatriculé en France dans une série définitive,
– Utiliser l’essence (avec compatibilité exigée au SP95-E10) comme source d’énergie exclusivement ou dans une motorisation hybride ou à bicarburation,
– Etre classé au minimum en catégorie Euro 3,
– Ne pas excéder une puissance fiscale de 14 CV (susceptible d’évoluer),
– Ne pas être équipé d’un filtre à particules (susceptible d’évoluer).

Après la pose du kit, le certificat d’immatriculation du véhicule doit être modifiée pour intégrer la double carburation. Ainsi, le champ P.3 passe de « ES » à « FE ». L’administration a de même prévu la conversion des véhicules hybrides simples (EH devient FH) et rechargeables (EE/FL), à bicarburation essence/GNV (EN/FN) ainsi qu’essence/GPL (EG/FG).

Entre 700 et 1.500 euros

La bonne fourchette à prévoir pour l’installation d’un kit flexfuel est de 700-1.500 euros tout compris. Le prix dépend du fabricant, mais aussi du type de boîtier à monter, différent selon le type d’injection (directe ou indirecte) et la norme Euro (3-4, 5-6) en particulier.

Un investissement qui peut être gommé pour les gros rouleurs dès la fin de la première année d’installation. Si l’on tient compte d’une surconsommation maximale de 20-25% avec l’E85, le prix au litre est moins cher d’environ 60 centimes avec ce produit par rapport à l’essence. Pour une voiture qui consommerait 6 litres d’essence afin d’effectuer 100 kilomètres, l’économie est de 3,60 euros. Avec 20.000 km, l’économie réalisée est de 720 euros sur le papier.

Sans compter les aides octroyées par diverses régions pour une installation réalisée conformément à l’arrêté du 30 novembre 2017.

Région Grand Est

En vigueur jusqu’à la fin de l’année, pour un maximum de 10.000 bénéficiaires, l’enveloppe proposée par la région Grand Est s’élève à 250 euros, avec un maximum de 50% du coût TTC de l’installation. Peu de conditions sont exigées par la collectivité. Le demandeur doit être un particulier ayant sa résidence principale sur le territoire. Son véhicule doit être immatriculé dans un des départements de cette région : Ardennes (08), Aube (10), Marne (51), Haute-Marne (52), Meurthe-et-Moselle (54), Meuse (55), Moselle (57), Bas-Rhin (67), Haut-Rhin (68), et les Vosges (88).

Région Sud-Paca

Pour l’instant limitée à 10.000 demandes acceptées, l’aide de 250 euros (50% du coût TTC de l’installation au maximum) accordée par la Région Sud-Paca vise à permettre « aux salariés et apprentis les moins aisés de réduire leurs dépenses de carburant tout en contribuant tous les jours à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

La liste des bénéficiaires est donc réduite : les salariés dont les lieux de travail et du domicile sont sur le territoire et distants d’au moins 30 kilomètres, et les apprentis inscrits dans un centre de formation dont les sites d’apprentissage et le lieu de résidence répondent aux mêmes impératifs. Pour ces 2 populations, il est aussi exigé que le plafond de revenus mensuels n’excède pas 2.400 euros net, avant prélèvement à la source de l’impôt.

Région Hauts-de-France

Sur ce territoire, 3 dispositifs coexistent, parfois cumulables à 2, pour une aide globale plus généreuse. Ils ciblent tous les propriétaires, domiciliés dans les territoires respectifs, de véhicules âgés de plus de 2 ans et de moins de 18 ans, et d’une puissance fiscale inférieure à 10 CV.

La région octroie jusqu’à 300 euros d’aide, dans la limite de 33% du coût TTC de l’installation.

Pour ses propres administrés, le département de la Somme (80) peut compléter l’enveloppe de 150 euros (20% du coût TTC de l’installation), avec condition de revenus (moins de 28.800 euros par an pour une personne seule, et moins de 57.600 euros pour un couple).

Enfin, la commune d’Attiches (59), ajoute 150 euros à l’aide régionale.

Commune de la Tour-du-Pin (38)

Aux Turripinois, la commune donne un coup de pouce dont le montant est inversement proportionnel aux revenus, selon 3 formules exprimées en pourcentage : 50% (revenus annuels nets imposables inférieurs à 30.000 euros), 40% (revenus compris entre 30.000 et 50.000 euros), 30% (revenus supérieurs à 50.000).

Commune de Mornant (69)

Pour les Mornantais, le CCAS (Centre communal d’action sociale) s’appuie sur le quotient familial pour distribuer 150 euros (QF > 1.400), 250 (1.000 < QF < 1.400), 350 (550 < QF < 1.000) et même 500 euros (QF < 550) pour faire installer un kit Flexfuel.

En outre, « le reste à charge peut faire l’objet d’un prêt remboursable sur 12 mois sans intérêts », précise la page Web dédiée.

A noter que la commune impose de recourir aux services de l’un des 2 établissements présents sur le territoire et habilités à effectuer ces conversions.