L’anti-Tesla, la vraie, c’est elle. Mais en attendant de pouvoir la juger sur la route, la Mercedes EQS s’est offerte à nous pour une première approche.

« Anti-tesla », « rivale » ou même « killeuse »… Tous les termes sont utilisés pour qualifier les concurrentes des Tesla par la presse et les observateurs. Et pour cause : nombreuses sont celles qui veulent s’offrir le scalp des plus populaires électriques à travers le monde. Mais si Palo Alto semble inatteignable en raison de son avance technologique, certains constructeurs s’arment. C’est notamment le cas de la Lucid Air, mais aussi des Chinoises Xpeng P7 et Nio ET7, toutes sorties de terre récemment avec une nouvelle vision de l’automobile. Mais désormais, c’est à « l’inventeur » de l’automobile de s’exprimer sur la voiture de demain.



Pour se faire une place dans ce segment dominé par Tesla, Mercedes lance la nouvelle EQS, une berline 100 % électrique et, c’est moins visible mais tout aussi important, imaginée dès le début pour recevoir une mécanique électrique. Cela a permis à la firme de Stuttgart de pousser un peu plus loin les potentiomètres en matière de technologies.

L’aérodynamique qui prime sur le style

Après les premières photos de la Mercedes EQS qui, avouons-le, ne nous avait pas vraiment laissé un souvenir indélébile, nous avons eu l’occasion d’approcher la limousine de très près. Difficile de prendre toute la mesure de cette berline de 5,21 m de long, présentée sur le toit-terrasse de Publicis devant la place de l’Étoile. À n’en pas douter, elle prendra de la place dans les rues. Mais avec ses proportions et, c’est une première pour une grande berline de Mercedes, son hayon, l’EQS cache bien ses mensurations.

Elle se montre aussi timide avec sa silhouette dictée par les contraintes aérodynamiques, qui figuraient au centre de son cahier des charges : son Cx de 0,20 fait figure de record. Si son coup de crayon manque de charisme, elle se rattrape toutefois dans cette configuration haut de gamme Edition 1 : ses ouïes d’aérations, ses jantes multibranches et sa calandre constellée d’étoiles dynamisent son apparence. En revanche, si le tracé de la peinture biton fonctionnait sur le concept annonciateur, la découpe semble bien moins pertinente sur la berline de série. Une affaire de goût.

La Mercedes EQS privilégie donc davantage la fonction au style dans sa définition du design. On se surprend alors de la présence de gros rétroviseurs traditionnels à gros montants. Un système à caméra aurait sans doute été plus en phase avec sa recherche de la traînée aérodynamique parfaite, mais aussi avec son niveau de technologie.

Une atmosphère intérieure futuriste

Car à l’intérieur, la limousine électrique en met plein la vue. Après avoir activé les portes automatiques en tirant simplement sur les poignées, l’EQS offre aux occupants un cocon épuré et lumineux. Mais c’est l’énorme écran tactile Hyperscreen qui attire le regard à l’intérieur. Légèrement inclinée, la dalle de 59 pouces (soit 1,41 m de large) semble bien moins imposante que sur les premières images.

Le combiné d’instrumentation paramétrable regroupe toutes les informations habituelles liées à la conduite. Il peut être secondé par un affichage tête-haute en réalité augmentée pour une meilleure lecture. La dalle centrale offre l’accès au système d’infodivertissement que l’on connaît déjà chez Mercedes, alors qu’un troisième écran est dédié au passager avant. À noter que ce dernier est piloté par des capteurs d’attention focalisés sur les yeux du conducteur : pendant la conduite, si ce dernier pose les yeux sur l’écran du passager, le système coupe instantanément l’affichage pour des raisons de sécurité.

À l’usage, le système qui repose sur une mémoire RAM de 24 Go et un processeur huit cœurs se montre ultraréactif lorsqu’il s’agit de passer d’une fonction à l’autre. Et elles sont nombreuses dans cette EQS pour chouchouter les passagers. Bien que le traitement des surfaces tactiles sur le volant ou l’écran soit imperméable aux traces de doigt, il est aussi possible de solliciter la reconnaissance vocale MBUX. Grâce aux nombreux micros installés dans la voiture, elle est capable de reconnaître la source de la voix et d’activer le massage du siège ou la climatisation du demandeur !

Des aspects pratiques limités

Limousine oblige, les passagers arrière ne sont pas laissés pour compte, au contraire. Des écrans sont placés juste en face des yeux et une tablette amovible cachée dans l’accoudoir central permet de paramétrer certaines fonctions. L’assise est confortable, quoique plus inclinée que d’habitude. Le but ici étant de supporter les jambes relevées à cause d’un plancher haut perché. Mais les occupants trouveront rapidement leur position en réglant l’inclinaison des dossiers. La garde au toit se montre juste pour la moyenne, mais les plus grands devront courber l’échine pour être à l’aise. Toutefois, tous ces griefs seront vite oubliés avec les différents programmes de relaxation et diffuseurs de parfums disponibles.



Côté pratique, la Mercedes EQS propose un coffre de 610 litres. Le plancher cache un second compartiment qui permet de ranger les câbles de recharge. En revanche, il n’est pas question d’emporter de longs ou lourds objets : l’absence de plancher plat à cause d’un renfort transversal compliquera sûrement la tâche lors des chargements, alors que les épais dossiers arrière ne peuvent se plier parfaitement à plat. Mais gageons que la capacité de chargement de cette berline sera le cadet des soucis des propriétaires de ce genre de véhicule. Il ne nous a pas été possible d’ouvrir le capot, mais Mercedes nous a confirmé qu’il n’y avait aucun compartiment situé à l’avant.

Jusqu’à 770 km d’autonomie

Basée sur l’inédite plateforme EVA2 dédiée aux voitures électriques de la marque, la Mercedes EQS sera disponible avec deux versions au lancement. La gamme s’ouvrira avec l’EQS 450+ dotée d’un moteur électrique de 333 ch pour 568 Nm de couple. La déclinaison 580 4Matic apportera deux moteurs pour un total de 523 ch et 855 Nm. Dans les deux cas elles embarqueront une batterie de 107,8 kWh promettant jusqu’à 770 km d’autonomie avec la version 450+.

L’autonomie est une chose, mais la puissance de recharge en est une autre. Et la limousine fera aussi partie des meilleures élèves et offrira 200 kW en courant continu (DC). De quoi gagner 300 km d’autonomie en 15 minutes seulement. Côté charge lente, elle s’équipera d’un chargeur de 11 kW ou de 22 kW en option.

Une étoile seule dans le ciel

Avec ses technologies embarquées de haut vol, son niveau d’attention portée aux occupants et sa présentation sans failles en matière de couleurs et matières, la Mercedes EQS tutoie les portes du luxe, au point de faire passer la Tesla Model S pour une timide berline cœur de gamme d’un constructeur généraliste. L’EQS joue même les snobinardes et ne regarde plus la berline de Palo Alto : elle place davantage la Lucid Air dans le viseur, qui devrait elle aussi arriver en France.

En attendant, l’EQS est seule au monde et devrait rapidement prendre le rôle d’étoile polaire en matière de technologie et de mécanique électrique. Il ne reste plus qu’à connaître le prix de la limousine allemande qui devrait tutoyer des sommets : dans sa version d’entrée de gamme, forcément moins équipée que l’Edition 1 de cette présentation, elle devrait débuter aux alentours des 100 000 €.