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Pour gâcher le plaisir de rouler silencieusement en ville, il y avait déjà l’AVAS (Acoustic Vehicle Alert System), ce son flottant servant à signaler qu’une voiture électrique arrive. Voilà maintenant que des constructeurs se mettent à proposer des systèmes imitant le bruit et le comportement de la mécanique des voitures thermiques. Avec cela, il s’agirait d’aller chercher les pétromobilistes réfractaires à l’électrique évoquant un manque de plaisir au volant avec ces véhicules. Bonne ou mauvaise idée ?
Composés par Jean-Michel Jarre pour Renault, Hans Zimmer chez BMW, des designers internes ou d’illustres inconnus, les bruitages d’alerte pour les piétons sont devenus obligatoires à partir du 1ᵉʳ juillet 2019 pour les nouveaux modèles de voitures électriques. Là, il s’agit d’une question de sécurité. On ne va donc pas rouvrir le débat sur l’utilité ou non de ces dispositifs, des témoignages dans tous les sens feraient qu’on en arriverait à la situation actuelle : la nécessité d’avoir des textes donnant un cadre avec des obligations et des limites. On a par exemple la chance d’avoir échappé à un bruiteur permanent dont le niveau sonore se serait adapté à la vitesse. De façon règlementaire, le son s’efface vers 20 km/h. Aux États-Unis, où une obligation similaire existe aussi, l’Avas doit être perceptible jusqu’à 32 km/h.
On peut tout de même s’étonner de ne pas en trouver jusque sur les trottinettes électriques qui potentiellement peuvent représenter un danger quand elles sont mal utilisées. Le législateur a sans doute voulu épargner les piétons et riverains d’une cacophonie si tous les véhicules électriques à deux, trois, quatre roues et plus étaient émetteurs de sons quelques fois très différents.
On peut le comprendre tout en se demandant comment ce sera quand dans nos rues il n’y aura plus que des VE. Est-ce que ce sera supportable ou non ? Qu’est-ce que ça donnerait avec des sons imitant plus ou moins bien les pétromobiles à l’intérieur comme à l’extérieur, avec des dispositifs de série ou ajoutés par les fans de néo-tuning ? Pour éviter les nuisances inutiles, on pourrait espérer un refus d’homologation pour les systèmes émettant en dehors de l’habitacle, ou au moins une interdiction de les utiliser autrement que dans un cadre privé. Mais qui pour sanctionner les débordements ? Déjà l’usage du klaxon est réglementé, les usages intempestifs étant interdits. Et pourtant une grande partie des automobilistes s’en servent souvent frénétiquement pour tout et rien.
En dehors de l’AVAS obligatoire, imaginer des systèmes reproduisant le comportement de la mécanique des pétromobiles relève des astuces pour donner envie à davantage d’automobilistes de passer à l’électrique. La palette est large, puisqu’elle comprend par exemple le style néo-rétro, la création de communautés d’utilisateurs autour d’une marque et parfois même d’un modèle, l’utilisation de l’image d’événements (Tournoi de Roland-Garros pour la Renault 4 E-Tech ou Rip Curl GromSearch des surfeurs pour la Citroën Ami), ou de personnages connus (Jean Reno pour Jaecoo, Pierre Niney pour Alpine)…
Derrière chacune de ses actions, les constructeurs ciblent une frange plus ou moins large d’automobilistes. Reproduire un son de moteur sportif et le passage des vitesses veut aller chercher les accros au vroum vroum. Lancée en 2023, la Hyundai Ioniq 5 N illustre parfaitement cette piste. Il y a d’abord ce son envoyé par les dix haut-parleurs du système « N Active Sound+ » simulant déjà un ralenti confirmé par un faux compte-tours au tableau de bord. Ce n’est pas tout, puisque les palettes au volant peuvent servir à simuler le passage des vitesses d’une boîte qui n’existe pas. Le comportement du véhicule se cale aussi sur le rapport choisi, pouvant simuler un sous-régime en perdant de la pêche. Appuyez sur l’accélérateur trop lourdement, et vous serez sanctionné à la fin par un faux rupteur. Il ne manquerait plus que l’odeur des gaz d’échappement !
Cet ensemble très abouti a laissé sur place toutes les précédentes tentatives de sonorisation des autres constructeurs qui n’étaient auparavant pas allés aussi loin, inventant même des ambiances fantaisistes très éloignées de la sonorité d’un bloc thermique. Au mieux, on pouvait trouver une évocation très électronique de ce dernier mais vite entêtante. Porsche vient d’embrayer sur le Taycan avec son système « E-Shift » permettant aussi de simuler les changements de rapport avec des à-coups perceptibles par les occupants. En situation délicate, le constructeur allemand espère ainsi séduire sa clientèle historique. Pour lui, la bonne perception de ce dispositif est bien plus importante que pour la marque coréenne. C’est d’abord une question d’avenir que de parvenir à faire se confronter les deux mondes des électromobiles et des pétromobiles. Cette tendance qui devrait être adoptée par d’autres constructeurs fait se poser deux grandes questions.
La première question concerne la perception de la mécanique par les conducteurs de sportives thermiques ciblés par les dispositifs « sons et vibrations ». Ce fonctionnement virtuel peut-il longtemps trouver de l’intérêt aux yeux de ces automobilistes très particuliers ? Ce qui fait le plaisir de conduire pour eux, n’est-ce pas de faire corps avec la mécanique ? C’est-à-dire de ressentir le moteur même dans ce qu’il a d’imperceptible. Petits défauts d’allumage, de carburation et autres réactions font vibrer ceux qui savent être connectés à tout cela. Pour eux, la mécanique, c’est vivant.
Aussi bien imités soient-ils, ces sons électroniques et ces comportements du véhicule sont de l’ordre des jeux vidéo, des tamagotchis et des poupées avec lesquelles quelques adorateurs s’estiment être en couple. Ce n’est que du virtuel. Quelqu’un qui vit vraiment la mécanique devrait trouver au mieux marrant un moment les artifices de Hyundai, Porsche et les autres. Mais pas dans la durée. Il manquera toujours un cocktail de plein de choses : les fréquences des sons de la mécanique ; un fonctionnement différent selon l’altitude, la température du moteur, la qualité du carburant utilisé, la durée d’immobilisation depuis la dernière sortie… Dans l’attachement à la mécanique, il y a une certaine dose d’imprévus, de potentiels dysfonctionnements plus ou moins légers, la vision d’éléments en mouvement et en interaction, et bien d’autres choses encore.
Peut-on vraiment être un amoureux de la mécanique et pleinement se satisfaire d’éléments créés par des designers ou des musiciens ? Personnellement, je pense que non. J’ai été curieux de découvrir ces systèmes virtuels, j’ai imaginé tout le travail qu’il a fallu accomplir pour en arriver là, j’ai supposé que ceux qui ont bossé sur ces projets l’ont fait avec passion, mais le bruit synthétique a fini par m’agacer à la longue.
À l’inverse, restant en quelque sorte dans leur monde, ceux qui arrivent à l’automobile après s’être exercés avec des jeux vidéo ne devraient pas vraiment ressentir de décalage. C’est peut-être la bonne cible pour ces systèmes que l’on ne trouve toutefois pour l’instant que sur des voitures électriques chères à l’achat.
À la réflexion, il y aurait tout de même un intérêt à subir cette ambiance pour la conduite : ceux qui n’utilisent pas le régulateur ou le limiteur de vitesse pourraient juger au niveau sonore la vitesse à laquelle avance le véhicule.
L’autre question est contextuelle. Alors que l’année 2026 enchaîne les épisodes de canicules, on a tendance à vouloir profiter de la baisse de la température la nuit pour ouvrir en grand les fenêtres chez soi. Lorsqu’on habite en ville, c’est un peu la loterie : le moindre véhicule à deux ou quatre roues peut vous réveiller, avec potentiellement en prime une odeur et des polluants qui, eux, ne sont pas factices du tout.
Aller vers de plus en plus d’électriques va permettre de diminuer ces mauvaises expériences. Une perspective que gâcherait la multiplication des VE diffusant sur leur passage un bruit de moteur thermique. Même s’il peut être coupé, il y aura toujours les habituels sans-gênes qui ne s’en préoccuperont pas, et même qui pourraient apprécier de goûter dans le calme de la nuit le bruit que leur voiture fait sur son passage.
Ce serait tellement mieux si les avertissements de plus en plus sévères que nous envoie la planète étaient l’occasion de recréer du civisme et de la courtoisie. Par exemple en revoyant ses habitudes de déplacements quand c’est possible et en choisissant de manière définitive l’électrique.
Alors, oui, si ces systèmes de simulation de la mécanique peuvent décider des pétromobilistes à passer plus tôt à la voiture électrique, ce sera déjà toujours ça de gagné. Peu importe finalement que ces dispositifs servent souvent ou pas. Les véritables amateurs de mécanique étant par nature difficiles à convertir à la VE, avoir parmi eux des ambassadeurs de l’électromobilité ne pourra être que très positif, car ils seront des repères pour leurs pairs. Quand une mécanique se met en route, la transmission du mouvement est essentielle pour aller plus vite et plus loin, même en matière d’écologie, d’environnement et de climat.
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Ça ressemble beaucoup au skeuomorphisme qui avait ravagé l'ergonomie de certains OS Apple : il fallait à l'époque que les plus de 50-60 ans se sentent à l'aise avec les ordinateurs et les téléphones mobile qu'ils ne pouvaient désormais plus éviter : agenda avec à l'écran la vraie forme d'un agenda physique, et autres horreurs d'ergonomie.
Heureusement Apple s'est vite rendu compte qu'elle se fourvoyait et que les gens qui n'avaient jamais touché à un ordinateur pouvait rapidement se familiariser avec une interface qui ne reproduisait pas les défauts ou limites du monde physique.
Là on a des personnes, qui représentent une infime minorité à n'en pas douter, qui veulent flinguer les avantages des voitures électriques (c'est amusant de voir que certains s'offusquent que les voitures électriques sont bien plus puissantes que les thermiques). Tout ça ressemble beaucoup à la niche des fanas de Harley Davidson : oui les japonaises les ont enterrés pour les performances, la fiabilité, le confort, mais la Harley fait beaucoup plus de bruit.
Donc là on part dans le grand guignol: la boîte de vitesse et ses à-coups, le bruit (mais pourquoi diable faut-il que le bruit porte à l'extérieur du véhicule ? C'est le même genre de plaisir que de regarder un film d'action avec son au maximum sans écouteurs dans le TGV ?), l'odeur ?
Regardez les chaînes douyin des influenceurs : la troisième plainte des chinois après la saleté et l'insécurité de Paris, c'est le bruit ignoble des scooters (chose dont la Chine s'est débarrassée depuis 20 ans).
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Et une odeur de gaz d'échappement dans l'habitacle ?
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