Témoignage : Avec son utilitaire électrique, Rémi pratique la vanlife à l’année près de son lieu de travail

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En recharge sous la neige avec chauffage
En recharge sous la neige avec chauffage

Aux États-Unis, dormir dans un van à proximité de son lieu de travail existe depuis des dizaines d’années. C’est moins courant en France, qui plus est avec un fourgon électrique. Technicien en développement de logiciels dans le Maine-et-Loire, Rémi nous explique les raisons de ses choix.

Travailler et voyager

Il existe plusieurs manières d’articuler vanlife et vie professionnelle. À la suite du télétravail imposé sur fond de crise Covid, un plus grand nombre de collaborateurs plus ou moins indépendants sont devenus temporairement ou perpétuellement des globetrotters, logeant à l’hôtel, en camping ou chez l’habitant. Quelques-uns sont allés plus loin en adoptant la vanlife.

On retrouve d’ailleurs sur le Net un certain nombre d’entre eux qui n’hésitent pas à donner des conseils et même à fournir du matériel à ceux qui souhaiteraient adopter ce mode de vie. C’est par exemple le cas des Canadiens de Roadloft qui citent, parmi les emplois qu’il est ainsi possible d’exercer : la rédaction de blogs, l’assistance virtuelle, les cours en ligne, le marketing avec présence sur les réseaux sociaux, les services à la clientèle à distance, la vente en ligne, etc.

Avec son site LeVanMigrateur, la Française Luce explique concrètement comment ça peut être compliqué de travailler en freelance tout en pratiquant la vanlife. Riche de ses rencontres réelles et virtuelles avec d’autres vanlifeurs, elle cite quelques moyens supplémentaires de gagner sa vie où le van devient un atout. Ainsi, sur les spots choisis pour s’arrêter, il peut se faire boutique (vêtements, accessoires de décoration, etc.), salon de tatouage ou de massage, food truck, cabinet de bioénergie, etc.

ToitsAlternatifs ajoute pas mal de pistes à ces deux listes, et évoque aussi les emplois saisonniers (vendanges, cueillettes, restauration, jobs en camping, etc.). La vanlife à la découverte du monde, ça peut aussi être en autocar électrique, comme nous l’avait présenté Jean-Philippe de la famille Guillemonde.

Prise de conscience

Aujourd’hui, le cas de Rémi est très différent. Il est beaucoup moins nomade pour l’instant : « Je viens de Normandie. Il y a trois ans environ, j’ai trouvé un travail dans les environs de Cholet. L’expérience de la colocation ne m’a pas plu, et j’avais aussi envie de pouvoir me déplacer un peu le week-end, par exemple aller sur la côte Atlantique ou en Auvergne. Je me déplace tranquillement, me posant dès que la fatigue arrive. Je suis ainsi déjà allé à Limoges, Bordeaux, Tours, Angers, Nantes, en Creuse, rechargeant à chaque arrêt ».

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Aux États-Unis, vivre à l’année dans un van à proximité de son lieu de travail à temps plein n’est pas toujours un choix de vie, pouvant cacher une certaine misère. Quant à ces fourgons en lisière de nos bois et forêts… De quoi véhiculer parfois une image négative et louche : « Je me sens bien dans mon choix. Au début, j’ai eu droit à des blagues pas sympas et même graveleuses. Mais, ensuite, c’est la curiosité technique qui l’a emportée. Mes collègues sont venus voir comment je suis installé dans mon fourgon ».

Avant de rouler en électrique, notre lecteur avait une Clio diesel : « Mon Fiat e-Scudo est à la fois mon premier van aménagé et mon premier véhicule électrique. À la suite d’une prise de conscience en écoutant Jean-Marc Jancovici, j’ai cherché pendant environ trois ans le véhicule électrique qui me conviendrait. Il devait être pour moi un choix économique et pratique, en limitant les émissions de CO2 et la pollution. J’ai regardé chez Maxus les eDeliver et chez Volkswagen le T5. J’attendais aussi que Renault sorte quelque chose au bon format dans la famille E-Tech ».

Où dormir ?

Naviguant sur Internet, Rémi a fini par trouver au bon prix le fourgon électrique qui lui convenait : « Quand je l’ai acheté 28 000 euros en 2023, ce e-Scudo de 2022 à batterie 75 kWh n’avait que 400 km au compteur, servant de modèle d’expo à la concession Fiat de Rouen. Il a maintenant plus de 55 000 km. Vivant à l’année dedans, j’ai déjà passé deux hivers, me chauffant avec un ‘Webasto chinois’ au niveau sonore raisonnable que j’ai installé dans un coffre d’attelage ».

Au camping dans la Loire
Dans les Pyrénées
En Espagne
En Espagne
Chauffage au gazole installé dans une remorque d'attelage

Notre lecteur change régulièrement de site pour dormir : « Comme mon van fait moins de deux mètres de haut, il y a pas mal d’endroits où je peux me poser le long de la Loire. J’évite la ville et les nuisances, par exemple les sites de rodéos nocturnes. Une seule fois quelqu’un a essayé d’ouvrir mon fourgon de nuit, à Toulouse : je pense que c’était un livreur qui s’était trompé. Je sais bien que des utilitaires sont aussi vidés de nuit, mais avec mon petit panneau solaire sur le toit, on voit que le mien ne transporte pas de marchandises ».

D’autres possibilités de se poser pour la nuit sont possibles : « Il m’arrive de brancher mon fourgon équipé d’un chargeur 11 kW sur une borne AC. Je dors là pendant que la batterie se régénère sur plusieurs heures. Il y a aussi la solution des aires de Camping-car Park : avec un code ou une carte, on peut ouvrir la barrière et s’installer. Beaucoup de communes ont délégué à ce réseau leurs sites pour les camping-cars. Sur place on a de l’eau, de l’électricité, et de quoi se débarrasser des déchets ».

Améliorations en vue

Concernant la production solaire, Rémi veut aller bien plus loin : « Aujourd’hui, j’ai juste un panneau de 300 W qui recharge une batterie EcoFlow pour l’alimentation de mon frigo. J’imagine, sur une structure rétractable, douze panneaux de 220 W qui seraient exposés sur le toit et un côté. Ça a déjà été fait par la Famille Guillemonde et par l’équipe de Soleva pour recharger les batteries ». En Suisse, la bande de Soleva a rétrofité un ancien utilitaire (Peugeot J9), tout comme Marc Muller qui leur apporte son soutien l’avait fait avec un ancien Combi Volkswagen.

Avant de s’attaquer à cette station solaire, notre lecteur a prévu des améliorations un peu plus urgentes : « J’aimerais déjà rendre l’aménagement plus modulable avec un lit pliable, le mobilier étant réalisé avec des matériaux plus légers que le bois, peut-être du carbone. J’ai une capacité d’emport de l’ordre d’une tonne, mais plus c’est léger, mieux c’est ! Aujourd’hui, mon van n’est pas isolé thermiquement, il faut donc que je m’occupe de ça avant le prochain hiver, et que j’intègre un meilleur Webasto ».

Fréquenter des événements dédiés permet de croiser des personnes qui ont des projets similaires ou proches : « Je suis déjà allé au salon du véhicule d’aventure où j’ai déjà rencontré quelqu’un qui pratique la vanlife avec un Ford E-Transit et un autre qui a installé un lit dans sa voiture électrique. Programmé dans plusieurs villes de France chaque année, cet événement est très intéressant quand on a un projet comme les nôtres ».

Grosses consommations

Le Fiat e-Scudo n’apparaît pas comme l’utilitaire le mieux placé pour voyager loin. Déjà en raison de sa consommation : « Sans vent et avec une bonne température, j’ai une consommation de 19 kWh/100 km sur le trajet de 60 km entre Angers et Cholet, en roulant à 90 km/h. L’hiver ça grimpe vite à 22. Si je suis à 110 km/h GPS sur cette route à quatre voies, je vois la conso monter autour des 28 kWh/100 km l’été, et dépasser les 30 en hiver ».

À 90 km/h, notre lecteur compte sur une autonomie « de l’ordre de 200-210 km. Curieusement, quand j’ai monté quatre pneus neufs quatre saisons Michelin Crossclimate, j’ai vu la consommation s’améliorer un peu par rapport aux anciens Agilis pour l’été ».

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L’autonomie relativement faible s’explique aussi par l’état de santé de la batterie qui n’est plus à 100 % : « Quand j’ai acheté le e-Scudo en 2023, le SoH était à 93 % et je pouvais avoir dans la batterie un maximum de 62-63 kWh. Maintenant c’est pas plus de 59 kWh. Pourtant le SoH que je relève via le calculateur OBD est toujours à 93 %. Sachant que le chargeur embarqué 11 kW AC mal refroidi est un des points faibles de ce modèle de première génération, j’évite le soleil en plaçant le véhicule de dos, quand c’est possible ».

Projet de roadtrip

Rémi a toutefois déjà pensé à un road trip avec son Fiat e-Scudo : « J’essaierais bien une boucle en slow travel jusqu’en Turquie en passant par l’Espagne, le Portugal, l’Italie et les Balkans. J’aime voyager lentement, et ça peut se faire sur un été. Parmi mes projets, j’ai aussi l’intention de mettre en open source les schémas électriques de mes prochaines installations, afin que d’autres personnes puissent les exploiter pour leurs propres expériences. Ça se fait d’ailleurs déjà beaucoup. On trouve par exemple pas mal de documents sur le forum américain Open Inverter ».

Pour son quotidien, notre lecteur s’est déjà équipé pour la recharge : « Quand je me déplace relativement loin, je me branche souvent sur des bornes rapides. Engie, Freshmile, etc. : j’ai toujours avec moi cinq badges. Il faut choisir les réseaux. Par exemple, avant, Powerdot était parmi les plus chers, mais depuis que l’accès peut se faire avec l’abonnement Atlante, on est à peu près aux mêmes tarifs qu’Izivia, 0,32 euro du kilowattheure contre 0,55 auparavant. Vivement que tous ces réseaux fusionnent et se restructurent pour afficher des prix plus homogènes ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Rémi pour sa grande réactivité, son excellent accueil, et son témoignage qu’il nous a proposé après notre appel dédié aux utilitaires électriques.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Décrocher un emploi loin de chez soi implique de trouver une solution pour sa vie personnelle quotidienne. La colocation en est effectivement une, pas toujours très satisfaisante. Ca reste une loterie et l'équilibre dépend essentiellement des personnes qui vivent ensemble. La vanlife, ce n'est pas forcément très simple non plus tous les jours, mais elle convient en particulier à ceux qui ont une envie d'indépendance et de pouvoir bouger facilement. La plupart des sites consacrés à cette façon de vivre indiquent que c'est aussi souvent un choix économiquement intéressant. Voyager relativement loin avec un utilitaire électrique dont l'autonomie est encore bien limitée demande un certain esprit d'aventure pour bien le vivre. Avec les modèles un peu plus efficient et mieux dotés qui commencent à arriver, ça devrait devenir un peu plus confortable à l'avenir. Avec son Fiat e-Scudo, Rémi parvient déjà à se faire de belles boucles le week-end. Pour ceux qui sont tentés par ce mode de vie, notre lecteur ouvre avec son témoignage quelques pistes et perspectives qu'il sera assez facile de compléter avec des recherches sur Internet.

Philippe SCHWOERER

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Bofil y a une heure

Dormir l'hiver dans un véhicule, sans isolation ( quelle que soit l'énergie de propulsion) me semble un peu curieux, et j'imagine la condensation, pour avoir utilisé pendant de nombreuses années des camping car l'hier, y compris au ski ...

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