En lançant l’ID.4, Volkswagen veut entrer dans le bouillonnant segment des SUV électriques, où il fera notamment face au Tesla Model Y. Malgré une différence de gamme, Volkswagen ose la comparaison. Qui s’y frotte s’y pique ?

Dans son plan d’expansion, Tesla a dévoilé le Model Y, la traduction haute sur roues de la Model 3. Volkswagen suit quasiment la même trajectoire de l’autre côté de l’Atlantique : après la berline compacte ID.3, Wolfsburg lance l’ID.4, l’une des premières exécutions SUV sur la plateforme MEB. Si le Tesla Model Y est déjà sur les routes aux États-Unis, il arrivera en Europe à partir de mi-2021, soit sensiblement dans le même temps que le Volkswagen ID.4. Au-delà de cet alignement des planètes, les deux SUV électriques entreront en concurrence de front.



Au premier abord, il s’agit certes d’un énième comparatif opposant la référence Tesla à l’un des modèles du reste de la production automobile. Mais force est de constater que, malgré les discours officiels et ceux d’une poignée d’irréductibles, la firme californienne est toujours le point de référence. Et ce même sur les tables des départements recherche et développement des constructeurs autour du globe. Bien qu’elle affirme le contraire, Volkswagen n’y fait pas exception. Preuve en est avec un document interne dévoilé sur le forum Reddit en amont de la présentation du SUV allemand, qui affiche les axes de comparaisons du Volkswagen ID.4 avec le Tesla Model Y.

Habitabilité : un Model Y plus modulable, mais plus encombrant

Avec une longueur de 4,58 mètres contre 4,75 mètres pour le concurrent californien, le Volkswagen ID.4 affiche près de 17 cm de moins. Un déficit qui se retrouve également à l’empattement, où les 2,77 mètres de l’Allemand tirent plus court de l’ordre de 12 cm. Pourtant, Volkswagen met en avant un espace intérieur plus généreux de 6 cm. C’est assez peu pour revendiquer une victoire et il faudra pouvoir juger sur pièce. Ces premiers croquis permettent toutefois d’appréhender les positions de conduite et sur la banquette arrière, où les passagers de l’ID.4 semblent à peine plus allongés que dans un Model Y.

Le volume de chargement est une donnée particulièrement importante en matière d’habitabilité et à ce jeu, le Tesla Model Y est impitoyable avec la concurrence : à ses 1 925 litres dans le coffre (avec la banquette rabattue en version cinq places), il ajoute aussi un frunk. Le Volkswagen ne se contente que de son coffre pouvant osciller de 543 litres à 1 575 litres avec la deuxième rangée à plat. Cette dernière est en configuration 2/3-1/3 alors que chaque siège peut être indépendamment manipulé dans le Model Y.

Les deux SUV sont livrés en série avec cinq places assises. Si l’ID.4 ne sera jamais disponible en version sept places (il faudra attendre l’ID.6), le Model Y aura de son côté la possibilité de s’équiper de deux sièges supplémentaires en option au prix de 3 200 €. Toutefois, cette dernière rangée sera installée dans le coffre et dos à la route. Ce n’est sans doute pas la configuration la plus pratique, mais elle a l’avantage d’exister pour répondre à quelques rares besoins quotidiens de certains.

Équipement : toutes options de série selon les versions

Sans surprise, le Tesla Model Y jouera la carte habituelle avec un généreux équipement de série. On y retrouvera pêle-mêle les sièges chauffants, le système audio 14 HP, le toit panoramique en verre, quatre ports USB, deux stations d’accueil pour smartphones, les rétroviseurs chauffants ou l’éclairage à LED. La connectivité ne sera pas oubliée avec un an d’abonnement au service Connectivité Premium. Il n’aura donc pour seules options que quelques livrées de carrosserie, le crochet d’attelage et le système de capacité de conduite autonome.

Le Volkswagen ID.4 conserve une approche plus traditionnelle et il faudra grimper en gamme pour bénéficier d’équipements supplémentaires. Dans sa configuration d’entrée de gamme 1st, il ne tient pas la comparaison avec le Model Y. La version 1st Max s’en rapproche un peu plus avec une dotation similaire. Il embarque ici un assistant de conduite semi-autonome (avec Side Assist, Travel Assist, Dynamic Lane Assist et Emergency Assist), mais il se distingue notamment par la présence d’un affichage tête-haute en réalité augmentée particulièrement prometteur et d’un éclairage Matrix LED. Comme le Model Y, le SUV allemand embarque une pompe à chaleur, mais uniquement sur la version haut de gamme.

Batterie et moteur : une consommation similaire de 14,8 kWh/100 km

Le Volkswagen ID.4 n’est disponible pour l’heure qu’avec la seule unité de 77 kWh de capacité utile qui alimente un seul moteur arrière de 204 ch pour 310 Nm de couple. Selon le constructeur, l’ensemble promet une autonomie de 520 km dans cette configuration (500 km et 490 km communiqués sur le site pour les 1st et 1st Max respectivement), soit une consommation moyenne de 14,81 kWh/100 km aux yeux de la norme WLTP.

Le Tesla Model Y s’équipe de son côté d’une batterie de 75 kWh comme sur la Model 3. Les valeurs de puissance disponibles ne sont toujours pas communiquées par Palo Alto, mais le SUV annonce une autonomie WLTP estimée de 505 km en version Grande Autonomie et de 480 km en version Performance. Ce qui le situe juste au-dessus de l’ID.4 avec une consommation moyenne de 14,85 kWh/100 km (Grande Autonomie) ou de 15,63 kWh/100 km (Performance). Toutefois, le Model Y compose avec deux moteurs et un niveau de puissance bien plus important que sur le SUV allemand.

Les masses sont timidement communiquées par les constructeurs et il faut aller piocher dans la fiche technique de l’ID.4 ou dans le manuel d’utilisateur américain du Model Y. À ce chapitre, le Volkswagen avoue 2 124 kg à vide quand le Model Y se targue de 2 030 kg.



Performance : l’ID.4 met la pédale douce, mais peut remorquer jusqu’à 1 900 kg

Le Model Y prend le large sur l’ID.4 avec ses deux moteurs. Dans sa configuration de base, il annonce un 0-100 km/h en 5,1 secondes pour une vitesse de pointe de 217 km/h, contre 8,5 secondes et 160 km/h pour le dernier né de Wolfsburg. Un chapitre où Volkswagen n’hésite pas à préciser qu’il ne s’agit pas d’une « donnée pertinente pour le marché de masse ».

Il faudra sans doute attendre d’autres versions du Volkswagen ID.4. Car si la marque allemande n’a pas encore présenté l’intégralité de la gamme, le SUV électrique ne différera pas du Skoda Enyaq iV : comme ce dernier, l’ID.4 pourra embarquer deux moteurs électriques (et donc quatre roues motrices) pour une puissance totale de 265 ch ou même 306 ch (0-100 km/h de 6,9 s et 6,2 s respectivement sur l’Enyaq).

Mais ces deux SUV ne se résument pas qu’à leur petit jeu devant le chronomètre ou à escalader les trottoirs. Tous deux sont en effet capables de tracter des remorques. Dans sa configuration actuelle, l’ID.4 peut remorquer jusqu’à 1 200 kg (dans une limite de pente de 12 %) alors que le Model Y revendique une valeur maximale de 1 600 kg (les deux valeurs sont indiquées pour une remorque freinée). Il faudra attendre la déclinaison à transmission intégrale de l’ID.4 pour viser les 1 900 kg promis par le constructeur. Dans tous les cas, les attelages ne sont pas fournis d’office : l’option est affichée au prix de 1 050 € sur le Model Y alors qu’il faudra piocher dans le catalogue d’accessoires de l’ID.4 (prix non communiqué).

Recharge : match nul en AC, les Superchargers imbattables en DC

Le Volkswagen ID.4 n’innove pas au rayon recharge par rapport à l’ID.3. Comme la compacte, il s’équipe d’un chargeur embarqué AC de 11 kW et d’un système Combo CCS de 125 kW pour la partie recharge rapide. En faisant partie du consortium de constructeurs autour du réseau Ionity, Volkswagen permet à l’ID.4 de bénéficier de tarifs préférentiels avec un minimum de 0,30 € l’unité facturée.

Le Model Y fait jeu égal en courant AC avec un chargeur de 11 kW. Il prend le large en matière de recharge rapide en profitant d’une part du solide réseau de Supercharger qui fait la fierté de la marque, et peut d’autre part s’alimenter sur les bornes V3 avec une puissance maximale de 250 kW. Soit le double de l’ID.4, puisque le Model Y sera capable de gagner 320 km d’autonomie en 15 minutes, quand il faudra compter près de 30 minutes pour l’Allemand.

Prix : l’ID.4 frappe aux portes du premium

Comme tous les constructeurs, Volkswagen n’a eu d’autres choix que d’étudier très profondément le Tesla Model Y pour façonner les différents aspects de l’ID.4. Toutefois, le récent SUV n’inquiète pas l’offre de Tesla, notamment avec sa déclinaison à deux roues motrices moins puissante. Avec des prestations un cran en dessous du Model Y, qui appartient au segment premium, le Volkswagen ID.4 a donc tout naturellement l’avantage du prix avec un ticket d’entrée fixé à 47 950 € en version 1st. L’étau se resserre toutefois avec la déclinaison 1st Max qui fait un bond à 58 950 € et se rapproche ainsi des 63 000 € réclamés par le Tesla Model Y Grande Autonomie.

Pour le moment, le Tesla Model Y l’emporte face au Volkswagen ID.4, dont il faudra attendre sans nul doute les déclinaisons à quatre roues motrices pour tenir la comparaison avec le Californien. Mais les prix pourraient alors rapidement grimper en flèche dans le catalogue Volkswagen et venir chatouiller de trop près le Model Y, aux caractéristiques et performances qui pourraient encore évoluer à l’approche de son arrivée sur le marché. Toutefois, le papier ne suffira pas dans le monde réel et le SUV californien devra, par exemple, se montrer à la hauteur en matière de qualité de fabrication et de finition, un terrain généralement bien maîtrisé par Volkswagen.