Pour éviter les polémiques autour de ses SUV hybrides rechargeables, Ford a décidé de jouer la transparence : sur le site de la marque, les consommations réelles sont annoncées sans rougir.

Les voitures hybrides rechargeables ont le vent en poupe. Et pour cause : en plus d’être 2 en 1, elles profitent d’avantages fiscaux divers. Soit le meilleur de tous les mondes. En revanche, elles sont régulièrement au cœur des polémiques au cours des dernières semaines, depuis que de nombreuses études ont pointé du doigt leur consommation et leurs rejets polluants dans le monde réel.

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Le spectre du dieselgate plane

C’est la thématique des rapports de l’ONG Transport&Environment ou de l’institut Fraunhofer, dont ce dernier a inspiré TF1 pour la réalisation d’un reportage aux heures de grande antenne. Depuis, la technologie est dans le viseur des détracteurs. Mais aussi les constructeurs, accusés de mensonge sur leurs produits. De quoi remettre au goût du jour le sensationnel dieselgate de Volkswagen.

La voiture hybride rechargeable est mise sur le banc des accusées. Mais ce n’est pas tant la mauvaise utilisation qui en est faite que la méthode de calcul de la norme WLTP discutable : en intégrant l’autonomie électrique dans son calcul, elle fait chuter les relevés de consommation à des niveaux records, impossible à maintenir sur la route.

Des consommations avec la batterie pleine et vide

Ces données sont à l’avantage des constructeurs, qui peuvent mettre en place de solides discours marketing. Mais elles les desservent aussi face à l’incompréhension générale. Dans ce contexte, Ford a récemment décidé de jouer la carte de la transparence avec ses véhicules hybrides rechargeables.

Désormais, les Ford Kuga et Explorer dotés d’une batterie ajoutent à leurs consommations WLTP des valeurs plus réalistes, avec la batterie vide. Le premier SUV, crédité par une consommation moyenne de 1,4 l/100 km pour 32 g/km de CO2, précise que les consommations peuvent grimper à 7,0 l/100 km et 163 g/km s’il n’est pas régulièrement chargé.

Plus imposant, plus lourd et plus puissant avec son V6 3,0 litres biturbo, le Ford Explorer indique une fourchette comprise entre 3,1 et 10,4 l/100 km et entre 71 et 237 g/km de CO2. Le gros SUV américain indique aussi sa consommation électrique selon le protocole WLTP, avec 304,9 Wh/km (30,49 kWh/100 km), qui lui offre une autonomie de 44 km.

Vers une nouvelle pratique des fabricants ?

Si elle n’abandonne pas les valeurs réglementaires, la marque à l’ovale bleu est l’une des rares (sinon la seule) à avoir l’honnêteté d’afficher des valeurs maximales particulièrement représentatives de la réalité : lors de nos essais de ces deux SUV hybrides rechargeables, nous avons relevé des consommations finalement proches, avec 6,5 l/100 km pour le Kuga et 10,1 l/100 km pour l’Explorer.

Ford ouvrirait-il une nouvelle voie dans laquelle d’autres constructeurs pourraient s’engouffrer, et ce afin d’éviter d’être accusé sur la place publique ?

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Avis de l'auteur

Comme je le pense très régulièrement, la norme WLTP devrait très sérieusement évoluer pour se rapprocher de la réalité ou d’un fonctionnement suffisamment proche de la pratique. Et pour être moins idyllique, elle devrait ainsi afficher les mêmes informations que Ford, en distinguant l’autonomie électrique d’une part, les consommations maximales sans l’intervention de la batterie d’autre part. Elle pourrait aussi y ajouter, ce que ne fait pas Ford, une consommation hybride moyenne lorsque la batterie est rechargée régulièrement.

En l’état actuel des choses, la norme WLTP, censée être plus représentative de la réalité que l’ancien protocole NEDC, s’entête à compiler toutes les valeurs pour n’en livrer qu’une seule. Ce qui n’est pas forcément le plus cohérent au regard des différents fonctionnements d’un véhicule hybride rechargeable.

De plus, cette unique donnée est toujours déconnectée de la réalité : car même si le conducteur respecte le mode d’emploi de la technologie, viser une consommation moyenne de 3,1 l/100 km avec un gros bébé de 2,5 tonnes et de 457 ch comme le Ford Explorer est chose impossible. Seule la Hyundai Ioniq a réussi à atteindre cette valeur sur les bancs de l’ADAC.


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