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En renchérissant le coût de notre dépendance au pétrole, la guerre menée contre l’Iran donne un argument supplémentaire à la voiture électrique. Des intentions d’achat aux usines, les effets se font sentir, même si Donald Trump n’est évidemment pas à l’origine de toute la dynamique.
Contre toute attente, le Président Trump est devenu malgré lui le meilleur ambassadeur de la voiture électrique. Les bienfaits de ses actions en ce sens n’ont pas tardé à se voir, malgré sa fâcherie passagère avec Elon Musk, qui est au final l’un des grands bénéficiaires de sa guerre avec l’Iran.
Qui l’eut cru ? Alors que le président américain n’est pas vraiment connu pour ses penchants en faveur de l’écologie, et encore moins de la voiture électrique (à part une courte parenthèse un peu surréaliste), c’est sous son règne que ce marché est en train de connaître sa plus forte croissance. En tout cas en Europe, et donc en Chine. Mais même aussi sur son propre territoire. En fait, un peu partout dans le monde, puisque ledit monde est encore dépendant du pétrole, et cherche par tous les moyens à échapper à la flambée des prix généralisée depuis que Donald Trump a décidé de s’en prendre au régime iranien, avec les conséquences que l’on sait sur le prix du brut.
Si une guerre est toujours le fruit d’un échec autant qu’un désastre humanitaire, et qu’il serait assez malvenu de s’en réjouir, force est de reconnaître que du point de vue purement économique – et, dans une certaine mesure, écologique – le secteur de la voiture électrique a bénéficié à plein du blocage du Détroit d’Ormuz et de ses conséquences sur la circulation des pétroliers, et donc sur le prix de l’essence. Alors que ce dernier était déjà en forte croissance depuis plusieurs mois d’affilée, le coup de boost constaté depuis avril 2026 est aussi inédit que massif.
Il faut dire que la panique engendrée par un prix du litre de gazole dépassant parfois les 2,50 euros et annoncé bientôt à 3 euros, en tout cas en France, aura créé une sorte de choc psychologique à même de remettre en question les convictions et croyances les plus solidement ancrées, y compris chez ceux qui n’envisageaient pas de passer à l’électrique avant d’y être contraints, soit pas avant 2035 dans le meilleur des cas.
Et c’est là que le président américain rend, à son corps défendant, quelques services à une technologie qu’il combat par ailleurs.
Cela étant, il faut toutefois préciser que la situation ne se résume plus au blocage du détroit d’Ormuz, car les exportations de brut de la région se sont largement redressées, grâce notamment aux routes alternatives.
On a beau expliquer et démontrer que l’électrique coûte moins cher à l’usage, multiplier les comparatifs et raconter son expérience, tant que le budget carburant reste supportable, beaucoup d’automobilistes n’ont aucune raison pressante de changer leurs habitudes. Quand il se prend une grosse douille, c’est une autre histoire.
Le baromètre Alphabet France réalisé par l’Ifop donne une mesure de ce mouvement. Interrogés du 22 au 26 juin 2026, 1 002 actifs français ont répondu sur leurs déplacements et leurs intentions. Parmi eux, 24 % envisageraient une voiture entièrement électrique pour leur prochain véhicule, contre 17 % un an auparavant. Surtout, 73 % déclarent que la volatilité des prix des carburants les pousse à envisager cette motorisation.
Alors d’accord, ce sont avant tout des intentions, et tout ce petit monde ne signera pas un bon de commande demain matin, mais cela montre que le discours évolue, y compris chez des personnes qui n’évoquent pas particulièrement des motivations écologiques.
Rien de tel qu’une bonne guerre ? Donald Trump aura en tout cas contribué à rendre audible un argument que les campagnes de communication peinent parfois à faire passer, même si l’addition s’avère plutôt douloureuse : à 2,50 euros le litre, une voiture diesel consommant 6 litres aux 100 kilomètres coûtera 15 euros de carburant pour 100 kilomètres parcourus. Une électrique dont la consommation moyenne est de 15 kWh aux 100 kilomètres, facturés 0,16 euro le kWh (à domicile en heures creuses), revient à 2,40 euros pour la même distance.
Sur 15 000 kilomètres annuels, l’écart atteint 1 890 euros, uniquement sur l’énergie. Bien sûr, même si certains feignaient d’ignorer cette réalité, ces économies existaient avant la guerre de Trump. Dans son témoignage sur ses trois petites électriques, un de nos lecteurs rapporte environ 2 700 euros économisés sur l’énergie en 2024 et 2 400 euros en 2025, à l’échelle de son foyer. Sa comparaison reposait sur une voiture essence consommant 6 litres aux 100 kilomètres et un carburant à 1,70 euro le litre.
Les intentions commencent aussi à se retrouver dans les immatriculations. Selon le bilan du marché français de septembre, 65 247 voitures électriques ont été immatriculées, soit une progression de 107,5 % sur un an, soit plus du double. Résultat, la part de marché des électriques dans les immatriculations neuves atteint 41,6 %, devant les autres motorisations prises séparément. Le mouvement profite à plusieurs marques. Le Tesla Model Y totalise 8 183 immatriculations sur le mois, devant la Renault 5 et ses 5 224 unités, tandis que la Twingo électrique en compte 4 992.
Il serait néanmoins un peu osé d’attribuer l’ensemble de ces résultats au locataire de la Maison-Blanche. Les nouveaux modèles, les offres commerciales et les aides participent également à cette progression. Le retour du leasing social a notamment contribué à la dynamique observée dès août.
En réalité, la guerre ajoute une urgence économique à une transition qui était déjà engagée, faisant probablement avancer une décision que l’on remettait jusque-là à plus tard.
Mais c’est peut-être sur le marché de l’occasion que le changement est le plus parlant. Un marché que l’on qualifiait d’atone il y a encore peu de temps. Les données rapportées sur le marché de seconde main montrent qu’en août, les transactions d’électriques ont progressé de 32,1 %, alors que l’ensemble de l’occasion reculait de 4,8 %. Selon La Centrale, les stocks ont été divisés par deux en un an et le prix moyen des citadines électriques d’occasion a augmenté de 9 %.
Autre effet induit, les propriétaires qui s’inquiétaient de la valeur de revente de leur voiture peuvent y trouver un motif de satisfaction, car une meilleure tenue des prix peut aussi rassurer ceux qui hésitent à acheter neuf. En revanche, pour un acheteur qui comptait sur une petite électrique à prix serré, c’est forcément une moins bonne nouvelle.
Une autre guerre, celle que se livrent les enseignes de la grande distribution sur le tarif du kWh peut être également vue comme une conséquence de la crise iranienne : Leclerc et Lidl se sont engagés dans une concurrence féroce sur la recharge, le premier ayant abaissé son tarif à 0,17 euro le kWh, après le passage du second à 0,18 euro. Une concurrence qui renforce la perception de l’écart entre les deux motorisations, a fortiori pour ceux qui ne disposent pas de prise à domicile ou sur leur parking résidentiel.
Autre conséquence, chez Stellantis, le regain d’intérêt se heurte déjà aux capacités d’approvisionnement. Les arrêts annoncés à Sochaux et à Rennes en octobre sont liés au manque de certaines batteries destinées aux versions électriques à grande autonomie, très demandées notamment par les professionnels, même si les difficultés de montée en cadence d’ACC existaient toutefois avant cette accélération. Chez Renault, François Provost annonce plus de 10 milliards d’euros d’investissements supplémentaires en France sur cinq ans, sous réserve d’un contexte politique et social favorable. Le groupe entend notamment poursuivre l’électrification et rendre ses voitures plus accessibles, avec l’objectif d’une électrique au prix d’une hybride actuelle en 2030.
Là encore, ces projets sont antérieurs à la crise d’Ormuz, mais une demande plus soutenue peut conforter les investissements, les volumes permettant ensuite de mieux répartir les coûts industriels.
Du côté de Tesla, Elon Musk peut-il remercier son ancien allié ? Pour les ventes françaises de son Model Y, il aurait quelques raisons de le faire. À l’échelle mondiale en revanche, le bilan, même s’il est largement positif, reste inégal. Tesla a livré 486 532 véhicules au troisième trimestre 2026, au-dessus des attentes des analystes, mais encore en recul de 2,1 % sur un an. Les livraisons dépassent la production, ce qui contribue à réduire les stocks. La comparaison avec 2025 est aussi particulière, puisque des acheteurs américains avaient anticipé la disparition de l’aide fédérale.
D’un autre côté, la politique automobile de Donald Trump continue de favoriser le thermique, après la suppression des aides à l’achat et les attaques contre les programmes de recharge. On est là face à un joli paradoxe : des décisions internationales renforcent l’intérêt de réduire la consommation de pétrole, tandis que sa politique intérieure encourage les constructeurs à prolonger leur dépendance à celui-ci.
Alors, merci Président ? Pour la démonstration involontaire des limites de notre dépendance au pétrole, certainement. Pour le gros coup d’accélérateur en faveur de l’électromobilité également.
Pour le reste, c’est vous qui voyez.
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