AccueilArticlesTémoignage : les convoyeurs et préparateurs de Nelson s’adaptent à la voiture électrique

Témoignage : les convoyeurs et préparateurs de Nelson s’adaptent à la voiture électrique

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Nelson à gauche et Steven à droite encadrent une assistance de direction et une convoyeuse
Nelson à gauche et Steven à droite encadrent une assistance de direction et une convoyeuse

Depuis une quinzaine d’années, les équipes de Nelson proposent dans le secteur de Nantes (44) des services aux professionnels de l’automobile. Ainsi, la préparation de voitures neuves et d’occasion avant exposition dans les concessions ou livraison aux clients. Et aussi l’acheminement sur des distances plus ou moins longues de véhicules, par exemple lors du renouvellement des flottes d’entreprises. Pour les collaborateurs des deux sociétés Nelson-Préparation et NCS, le développement de l’électrique est palpable. Au point de devoir s’équiper en conséquence et participer à la formation des clients finaux. Pour nous en parler, Steven, l’homme aux trois Smart ForTwo électriques.

À l’origine de ce témoignage

Lorsque nous avons donné la parole à Steven en octobre 2025 concernant sa passion pour les Smart ForTwo électriques, il nous avait annoncé être responsable d’une équipe de convoyage pour la société NCS (Nelson Convoyage Services) installée dans les environs de Nantes. Au total, huit personnes s’activent ainsi à conduire à destination des véhicules plutôt que de les faire acheminer par camion.

Cette révélation avait donné lieu à une petite discussion hors sujet sur le métier de convoyeur et son évolution consécutive au développement de l’électromobilité. Nous avions alors ressenti la possibilité d’un article à part entière. Sollicité, Nelson, fondateur de NCS et de Nelson-Préparation, a rapidement accepté cette idée, confiant à Steven le soin de nous présenter les activités des deux entreprises.

Véhicules en attente chez NCS NCS
Véhicules en attente chez NCS NCS

Ce nouveau témoignage nous fait entrer dans un univers peu médiatisé. Inutile par exemple de rechercher sur le Net le site de NCS. S’il existe bien, il se réduit à une page permettant aux professionnels de l’automobile de réserver des missions de convoyage. L’entité Nelson-Préparation est même invisible. Partons à la découverte de ces services qui se complètent, et se renouvellent avec l’électrique.

Des VE encore peu courants il y a 7-8 ans

Peut-être que nos lecteurs ont déjà eu l’occasion de constater cette fine couche de paraffine recouvrant des véhicules neufs lors de leur acheminement par camion et/ou train depuis l’usine jusqu’à la concession. Même sans cette pellicule protectrice, les carrosseries présentent le plus souvent des salissures à faire disparaître avant présentation dans un hall de ventes ou remise aux clients automobilistes. Peut-être pensez-vous que c’est le personnel de la concession qui effectue le travail de préparation.

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Le plus souvent, « c’est externalisé, et ça concerne aussi les voitures d’occasion qui ont eu le temps de se salir en étant exposées à l’extérieur. Ce lavage de la carrosserie, c’est ce que nous faisons pour plusieurs marques comme Citroën, Peugeot, Fiat, Volvo, Ford, BYD, etc. L’opération est en général réalisée directement dans les concessions quand tout le nécessaire est présent sur place. Ainsi chez Citroën Nantes où il y a deux machines à rouleaux. Mais rien chez BYD, alors nous rapatrions les véhicules chez nous pour les préparer ».

Steven se souvient très bien de la place de l’électrique quand il est arrivé il y a 7 ou 8 ans : « L’entreprise effectuait alors à l’occasion la préparation de Citroën C-Zero. J’ai moi-même livré la dernière e-Mehari. À l’époque, les VE restaient encore relativement rares. Les préparateurs n’étaient pas du tout passionnés ni même intéressés par les véhicules électriques ».

Effet leasing social

Aujourd’hui, les équipes voient passer beaucoup d’électriques chez Nelson-Préparation et NCS : « Avec le leasing social, nous avons eu des périodes très chargées en VE. Nous nous sommes occupés par exemple des Citroën ë-C3 et ë-C3 Aircross ainsi que des Peugeot e-208 et e-2008. À notre niveau, nous avons très vite senti que la part des électriques progressait. Elles sont désormais complètement présentes dans le quotidien des 35 préparateurs chez nous. Au point qu’on ne fait presque plus de différence entre, par exemple, une Peugeot 208 électrique et une 208 diesel ».

La préparation, ce n’est pas que le lavage de la carrosserie. Il a aussi fallu intégrer ou tenir compte de nouvelles habitudes : « Pour qu’une voiture électrique fonctionne normalement, il faut ajouter un fusible. La mise à la route doit se faire avec une batterie chargée à au moins 50 %, alors qu’elle est arrivée avec 15 à 20 % d’énergie. En décembre 2025, nous n’avons pas encore de bornes de recharge. Les voitures sont branchées sur les prises disponibles : c’est long et c’est dorénavant trop juste. La situation devrait changer courant janvier 2026 ».

Peugeot e-408 en cours de rechrage et de nettoyage chez Nelson-Préparation
Peugeot e-408 en cours de rechrage et de nettoyage chez Nelson-Préparation

Plusieurs devis ont été réalisés, un électricien est passé cette semaine : « Deux bornes AC 11 kW devraient prochainement être installées. Sur place, nous avons un grand bâtiment avec des bureaux en plus de l’unité de préparation avec des nettoyeurs à haute pression et la récupération d’eau. Nous sommes à côté d’une agence Spoticar où des travaux ont aussi été réalisés récemment. Nous en avons profité pour remplacer par des Led l’éclairage avec des néons grâce à la prime CEE ».

Prise en main possible

Le site comprend aussi un parking d’une capacité de 250 véhicules. Il n’était pas rempli lors du recueil du témoignage, vendredi 12 décembre 2025 en fin d’après-midi : « Sur les 180 voitures neuves que nous avons sur le parc aujourd’hui, 50 sont des électriques. Elles peuvent parfois rester plusieurs semaines ou mois chez nous, parfois même plus d’un an. La Citroën ë-C3 est sortie il y a environ 18 mois. II nous en reste encore de ce moment-là sur le parking. Elles ne sont pas shuntées, le fusible n’a pas été mis ».

Il y a une véritable imbrication entre Nelson-Préparation et NCS : « Il n’y a pas de préparation sans convoyage et pas de convoyage sans préparation. Nous proposons aussi nos services pour d’autres sociétés, pas seulement pour les concessionnaires et garages. Par exemple, quand un commercial qui a une voiture à sa disposition quitte ses fonctions à Angers, une entreprise peut vouloir la réattribuer à un autre collaborateur à Toulouse. Dans ce cas, nous allons d’abord rapatrier le véhicule chez nous près de Nantes pour le reconditionner. Nous allons lui donner un coup de propre avant de le convoyer à la nouvelle agence d’affectation ».

La livraison peut également comprendre « la prise en main du véhicule. Nous le faisons par exemple pour Spie, en particulier pour des utilitaires comme le Citroën ë-Jumpy ou le Volkswagen ID. Buzz. Un truc tout bête pour ce dernier : retrouver le câble de recharge. Il est logé dans une trappe à droite, au niveau du seuil de la porte latérale coulissante. Sur les véhicules électriques, la roue de secours est remplacée par un kit anti-crevaison. Où est-il ? Il y a plein de petites choses comme ça à montrer ».

Pour les particuliers aussi

Certains modèles sont plus fréquemment pris en charge chez NCS : « Pour Idex et Spie, c’est la Peugeot e-208 que nous convoyons le plus. On a aussi eu à livrer une vague de 70-80 Volkswagen ID.3 et vu passer pas mal de Skoda Enyaq, MG4, Citroën ë-Berlingo et ë-Jumpy. Pour les commerciaux et responsables d’agence, ce sont plutôt des Kia EV6 ainsi que des Hyundai Ioniq 5 et Ioniq 6. En électriques, nous faisons nos plus gros volumes avec les marques Peugeot, Citroën, BYD et Fiat ».

Des particuliers peuvent aussi profiter des services des deux entreprises de Nelson : « C’est le cas quand un automobiliste recherche un modèle précis avec des options et/ou des équipements peu courants. Par exemple une Peugeot e-308 verte avec un toit ouvrant et un chargeur 11 kW AC, vue sur le site Internet LeBonCoin et disponible dans une concession à Nantes. C’est une pratique qui s’est développée avec la Covid ».

Citroën ë-C4 et Hyundai Kona hybride convoyées par NCS
Citroën ë-C4 et Hyundai Kona hybride convoyées par NCS

Même si les volumes ne sont pas très élevés, ce n’est plus exceptionnel : « Nous en avons de plus en plus. Au 12 décembre 2025, nous en avons déjà pris en charge une dizaine pour le mois. Dans ce cas, lors de la livraison à l’automobiliste, nous assurons la prise en main et la signature des papiers. En revanche, cette partie administrative, nous ne nous en occupons pas quand il s’agit d’un véhicule attribué avec le leasing social. C’est trop compliqué et risqué, même déjà pour les concessionnaires qui connaissent des rejets au niveau de l’organisme dédié ».

Pas toujours simple de revenir

Ce n’est pas sans raison que les clients de NCS préfèrent le convoyage à la livraison par camion : « Ce n’est pas forcément au niveau du prix que nous sommes les mieux placés en raison du coût du péage et de la recharge, mais aussi des frais éventuels de nuitée et de retour par covoiturage BlaBlaCar, en train, voire même en avion. Là où nous sommes souvent meilleurs, c’est sur la réactivité, mais aussi sur la possibilité de livrer dans les zones urbaines où les camions ne peuvent pas facilement circuler ou s’arrêter ».

Souvent, le convoyeur de l’entreprise ligérienne revient avec un autre véhicule : « Dernièrement nous avons livré une Citroën ë-C3 et sommes revenus avec une Volkswagen Coccinelle de 2012. Dans le cadre du verdissement des flottes dans les entreprises, il est devenu courant d’acheminer un véhicule électrique et de rentrer avec le modèle thermique qu’il remplace. Ce sont aussi parfois d’anciens utilitaires électriques pas simples à rapatrier ».

Ainsi avec deux Citroën Berlingo encore équipés d’une prise CHAdeMO : « Ça a été une véritable catastrophe pour revenir avec eux depuis le centre de la France par l’autoroute avec une galerie sur le toit et leur batterie de vingt et quelques kilowattheures. Sur le parcours, une des bornes visées était en panne. L’un des deux convoyeurs a pu parvenir à la suivante et revenir à l’entreprise vers 18h00 ». L’autre n’est rentré que sept heures plus tard, le lendemain à 01h00 : « Il a dû faire appel à l’assistance une première fois. Le camion l’a bien déposé à une borne, mais en courant alternatif. Comme c’était vraiment trop long, j’ai décidé de recourir une seconde fois à l’assistance pour cette fois-ci rejoindre une borne CHAdeMO. Le collègue est revenu assez vexé de cette aventure ».

Pas loin de 1 000 euros de recharge en itinérance

Convoyer des véhicules électriques impose de souvent recharger en cours de route et/ou à l’arrivée : « Au début, on se contentait de flasher le QR Code sur la borne, mais nous avons rencontré des problèmes. C’est pour cela que nous avons pris l’offre Chargemap Pro. Maintenant, chacun des 10 convoyeurs a sa propre carte. Avec de plus de plus de trajets en VE, nous en sommes rendus à 5 pages pour la facture mensuelle qui approche les 1 000 euros. Le badge facilite vraiment la vie des convoyeurs ».

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Ils avaient déjà une carte TotalEnergies pour le carburant : « Ils devaient donc faire le plein de gazole ou d’essence dans ce réseau. Avec la carte Chargemap, ils peuvent aller où ils veulent, et en général ce n’est pas chez TotalEnergies. Les convoyeurs préfèrent Ionity, et surtout Fastned car les bornes sont abritées. Nous bénéficions parfois de réductions en allant chez les partenaires de Chargemap. En partant de NCS, la batterie est pleine. Au bout des longues distances, nous devons remettre les VE avec un minimum de 30 % d’énergie dans la batterie ».

Heureusement que la recharge en France a atteint un bon niveau de fiabilité : « Les convoyeurs nous font peu de retours de pannes sur les bornes. Comme nous ne travaillons pas le week-end, nous ne connaissons pas non plus les stations saturées. La Skoda Enyaq à petite batterie n’est pas trop aimée chez nous car elle oblige à recharger souvent. A l’inverse, le Volkswagen ID. Buzz à grosse batterie est apprécié, en particulier pour son confort. Pas de Tesla : les entreprises privilégient les marques européennes pour des raisons fiscales et ne veulent pas associer leur image à Elon Musk ».

Diversification

Les sociétés de Nelson cherchent à se diversifier : « Nous sommes déjà centre de livraison pour la Citroën Ami. Actuellement des discussions sont en cours pour stocker et faire centre d’essai pour les Microlino. Nous aimerions bien aussi proposer ces deux modèles à la location. Ils dégagent quelque chose de sympa qui peut intéresser pour des shootings photos ou le tournage de pubs ».

NCS aimerait d’ailleurs aller plus avant dans la voie de la location : « Nous pensons à un véhicule à 9 places pour aller à la montagne par exemple. Là, en revanche, nous ne sommes pas prêts à passer à l’électrique. C’est trop tôt. Nous pensons plutôt à un Citroën SpaceTourer diesel ».

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Nelson et Steven pour ce témoignage que nous avons sollicité.

Pour rappel, toute contribution désobligeante à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimée. Merci de votre compréhension.

Avis de l'auteur

Avec ce nouveau témoignage, on comprend mieux que Steven n'hésite pas à se lancer sur l'autoroute avec ses Smart ForTwo. Quand on a déjà l'habitude de rouler en électrique sur les voies rapides en ramenant parfois des modèles de VE affichant de relativement faibles autonomies, on sait ce qu'il faut faire pour éviter que ça tourne au cauchemar. Il y a dix ans, convoyer des voitures électriques par l'autoroute sur de longues distances auraient été plus sportifs. A moins de le faire avec des Tesla Model S. C'est le développement des bornes de recharge rapide et leur fiabilisation qui permet de le faire quasiment aussi facilement qu'avec des modèles thermiques. Il faut juste éviter les versions de VE privées de connecteur CCS. Ce témoignage s'ajoute à tous ceux qui démontrent que rouler en électrique aujourd'hui est devenu vraiment facile... sur les longues distances. Là où ça coince encore pour par mal de Français, c'est quand il n'est pas possible d'avoir un moyen personnel de recharge personnel et que le secteur est mal pourvu en bornes à un tarif acceptable. Selon la sensibilité de chacun, certaines difficultés peuvent être dépassées... ou pas.

Philippe SCHWOERER

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