Le chassé-croisé en voiture électrique : la tension est-elle vraiment montée aux bornes de recharge sur l'A7 ?

La suite de votre contenu après cette annonce

Cette année encore, nous avons décidé de passer une journée sur l’aire de Montélimar pour prendre la tension aux bornes de recharge.

Tous les ans, le scénario se répète. La crainte d’une attente interminable aux bornes de recharge sur les aires de repos surchargées refait surface. Cela anime les débats sur les réseaux sociaux d’un côté, avec la traditionnelle prise de bec : les pro-électriques (puisqu’ils se font appeler ainsi) se font un malin plaisir de partager des images de stations de recharge vides et de stations-services pleines à craquer, alors que les plus réfractaires, les anti-électriques (puisqu’ils se font appeler ainsi) partagent des images contraires, oubliant qu’ils sont eux aussi coincés entre deux camping-cars sur une aire.

À lire aussi
Recharge sur autoroute : les abonnements sont-ils intéressants juste pour partir en vacances ?

D’un autre côté, la presse non spécialisée, notamment la télévision, décide de se pencher sur le sujet en planifiant des reportages à bord d’une voiture électrique. Des sujets régulièrement mal préparés et si généralistes que les conclusions sur les voyages en voiture électrique sont tirées d’un trajet en Citroën ë-C3. Soit un véhicule qui ne correspond pas vraiment à LA voiture électrique type du marché. Bref, pour remettre l’église au milieu du village, nous avons décidé de nous rendre une fois encore sur l’axe autoroutier le plus fréquenté de France, le pire jour de l’année lors du chassé-croisé. Et pour corser le tout, nous avons passé notre journée sur l’aire de Montélimar, le mastodonte européen de l’aire de repos.

Des places convoitées lors du chassé-croisé

Dès notre arrivée sur l’aire de Montélimar, un premier constat s’impose : il y a un peu plus de monde aux bornes de recharge que les années précédentes. Ce qui semble logique au regard des ventes grandissantes de voitures électriques en Europe, alors que le nombre de bornes installées par Ionity est parfaitement identique, avec un total de 24 points de recharge de part et d’autre de l’autoroute A7. Malgré tout, la rotation semble toujours fluide, et ce même durant le pic de fréquentation au petit matin, où les voyageurs de nuit en profitent pour faire une pause réparatrice.

Cependant, si la fluidité est au rendez-vous, c’est un peu moins le cas au moment d’effectuer des recharges. En cause, de nouveaux utilisateurs de voitures électriques qui faisaient ce jour-là leur premier trajet sans émission. Mais entre les problèmes de paiement, la méconnaissance de la technologie électrique et de l’écosystème, et les comportements inadaptés, ces nouveaux utilisateurs ont donné du fil à retordre à Jean-Marc, le Gilet Bleu diligenté par Vinci Autoroutes. Et ses premiers mots permettent de rapidement prendre la mesure de la tension sur cette station de recharge qu’il connaît sur le bout des doigts. Comme il l’a constaté, les conducteurs sont assez mal renseignés sur les spécificités des voitures électriques.

En revanche, ils savent pertinemment que la recharge leur permet de trouver une place sans effort sur l’aire de repos, étonnamment moins occupée que les années précédentes. Dès lors, de nombreux utilisateurs branchent leur voiture à deux pas des commodités pour une recharge en temps masqué. Preuve en est avec les taux de charge de départ particulièrement élevés, pour des recharges d’appoint qui ne sont pas forcément nécessaires sur la route des vacances où les bouchons font passer au second plan la crainte de la panne sèche.

À lire aussi
Les vacances d’été, le moment parfait pour montrer que les voitures électriques, ça marche !

Tout le monde fait toujours n’importe quoi !

Mais pour s’assurer de cet état d’esprit généralisé, il suffit d’observer les recharges du côté des bornes tristandards, que quelques conducteurs n’hésitent pas à monopoliser malgré des bornes de plus forte puissance disponibles. Une délicate attention de leur part au demeurant, mais le bilan est identique : les recharges sont parfaitement inutiles. C’est le cas notamment de cette BMW i4, qui a monopolisé la prise Type 2 pendant une trentaine de minutes pour ne récupérer que 5 kWh. Bien sûr, tous ne poussent pas aussi loin la pratique, et la plupart préfèrent encore la prise CCS de 50 kW (qui n’a jamais délivré plus de 45 kW). Autrement dit, si une voiture dotée d’une prise CHAdeMO se pointe à la station, celle-ci devra inutilement attendre son tour !

C’est sur ce type de borne aussi que l’on croise de nombreuses voitures hybrides rechargeables, dotées d’un système de recharge rapide. Voilà qui démontre une véritable méconnaissance de la mobilité électrique. Car dans le cas d’une recharge sur ce type d’installation, le coût d’utilisation pourrait être plus élevé que celui d’un fonctionnement en mode hybride batterie vide comme l’ont démontré nos mesures. Peut-être que l’affichage du prix de la recharge permettrait de faire prendre conscience aux utilisateurs ? Difficile d’y répondre. Enfin, si elles sont plus rares qu’auparavant, on remarque toujours des voitures thermiques garées sur les places dédiées à la recharge.

Des conducteurs mal informés

En tout cas, cette information permettrait d’améliorer l’expérience utilisateur des débutants, majoritairement surpris de ne pas voir s’afficher la note finale ou de disposer d’une trace comptable, même en utilisant la carte bancaire. Car pour rappel, pour disposer d’une facture sur les bornes de recharge, il est nécessaire de passer par l’application, de scanner le QR Code ou d’utiliser un badge d’interopérabilité. Voilà qui peut causer des migraines à ceux qui se retrouvent du jour au lendemain dans une voiture électrique sans explication préalable.

À lire aussi
Voitures électriques : non, la climatisation et les bouchons ne nuisent pas à l’autonomie !

Et c’est ce qui manque cruellement à l’heure actuelle aux conducteurs de voitures électriques selon Jean-Marc, qui constate une méconnaissance généralisée de la technologie et de son écosystème. Voilà qui explique principalement pourquoi les conducteurs se raccordent aux bornes avec des taux de charge beaucoup trop élevés, ou qui pestent contre le manque de fiabilité supposé de la technologie en ne voyant pas s’afficher la puissance maximale promise par la borne ou par la fiche technique de la voiture électrique. De quoi faire de nombreux déçus.

De plus, nombreux sont ceux qui n’adoptent pas les bons gestes pour leur première recharge. Et c’est le cas de ce conducteur de Peugeot e-3008, gestionnaire de flotte d’un grand groupe français, qui a perdu énormément de temps. La cause : une recharge qui a planté dès les premières secondes du processus, avec une voiture restée branchée inutilement pendant plus de 20 minutes. Pourtant, lorsque nous lui avons porté assistance pour relancer la recharge sur une autre borne, pour 20 minutes supplémentaires, nous nous sommes aperçus qu’il disposait bien de l’application constructeur lui permettant de suivre à distance la recharge.

La fiabilité des bornes à surveiller

Voilà qui nous sert donc de transition au fil rouge de cette journée sur l’aire de Montélimar : la fiabilité des bornes. D’une part, nous avons remarqué que certains terminaux de paiement sur les bornes pouvaient poser problème. De plus, pour des raisons encore inconnues, quelques prises étaient incompatibles avec certains types de véhicules. Et c’est notamment le cas d’une prise de borne Alpitronic qui posait systématiquement problème avec les voitures du groupe Stellantis et du groupe Volkswagen. Alors que les premières voyaient leur recharge s’interrompre dès les premières secondes, les autres ne pouvaient tout simplement pas lancer le ravitaillement.

Enfin, nous avons aussi remarqué que les courbes de recharge, affichées en toute transparence sur les bornes Alpitronic, ont été particulièrement disparates. Problème technique en provenance des bornes ou des voitures ? Difficile à déterminer. En tout état de cause, cela confirme nos récentes expériences en Supertest, où nous avons été surpris de voir des courbes folles sur les bornes Alpitronic avec plusieurs voitures différentes. Mais là encore, difficile de pointer du doigt uniquement ces bornes, puisque ce sont les seules à présenter la courbe de recharge en temps réel et avec autant de précision.

Il n’en demeure pas moins que ces différentes baisses de puissance allongent mécaniquement les temps de ravitaillement. Sans doute pas de plusieurs minutes. Mais au bout d’une journée complète, la différence pourrait être importante. Qu’on se rassure aussi, puisque cela n’a pas causé de longue file d’attente devant les bornes. D’ailleurs, les places tampons prévues à cet effet ont surtout bénéficié à des véhicules de secours ou de livraison.

À ce titre, notons que nous n’avons jamais compté de file d’attente déraisonnable. On ne dit pas qu’il n’y a pas eu d’attente, mais simplement que nous n’avons pas remarqué plus de deux voitures en train de patienter simultanément. Deux voitures seulement, ce qui correspond très exactement aux deux bornes Ionity HS toute la journée sur l’aire de Montélimar Ouest…

Sensibiliser les conducteurs aux bonnes pratiques est une chose. Mais que le matériel puisse suivre la cadence avant de penser à appliquer des pénalités (certes ce n’est pas le cas de Ionity) en est une autre !

Cet article vous a plu ? Lancez la discussion

Accéder au forum

Nos guides