Sur l’électrique, Toyota semble avancer en marche forcée. Ici, la version électrique du Toyota C-HR, pour l’heure réservée au seul marché chinois.

Début décembre, Toyota présentait sa plateforme e-TNGA sur laquelle s’appuieraient les modèles de voitures électriques produits par le constructeur nippon dès 2021. Cette ouverture à la mobilité semblait un peu forcée. On comprend mieux pourquoi, avec les toutes récentes déclarations du patron de Toyota. Billet d’humeur !

Le choix des clients

Qui s’occupe chez Toyota de parler officiellement à l’extérieur et sur le plan technologique des futurs modèles électriques ? Koji Toyoshima, autrefois en charge de la Prius, et désormais à la tête du programme ZEV (Zero emission vehicle). Comment a-t-il introduit le programme VE lors de la présentation numérique de la plateforme e-TNGA le 7 décembre dernier ? Il s’agit de « répondre à la demande des clients qui souhaitent d’autres motorisations ».

Toyota ne se lance donc pas dans la voiture électrique de lui-même, mais pour ne pas perdre des clients.

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À la suite de Koji Toyoshima, Andrea Carlucci, à la direction des produits et du marketing pour Toyota Motor Europe, a été encore plus pesant en axant principalement son intervention sur les hybrides, et notamment leur part sur les marchés de l’automobile et la satisfaction des utilisateurs. L’électrique à batterie semblait relégué à la marge dans son discours, derrière les modèles à PAC hydrogène symbolisés par la Mirai dont la nouvelle génération arrive.

Mise en garde en raison du mix énergétique

PDG de Toyota, Akio Toyoda continue à dénigrer très largement la voiture électrique dans des interventions aux allures de bras de fer. Le média allemand Ecomento vient de rapporter une nouvelle fois ce comportement. Il se fait l’écho d’une rumeur selon laquelle une possible interdiction des ventes de voitures thermiques au Japon à partir de 2035 ne prendrait pas en compte les modèles hybrides. Et ce, afin de favoriser le constructeur leader de cette architecture de motorisation.

Le patron de Toyota assure en outre, dans le cas de son pays : « Plus nous construirons de voitures électriques, plus le CO2 sera mauvais ». Il appuie son avertissement sur une production électrique obtenue du charbon et du gaz naturel. Un scénario qui dépasse pour lui largement la cadre des frontières de son pays.

Des propos contredits

Les propos d’Akio Toyoda sont pourtant très largement contredits par ceux qui, comme Marc Muller à travers son film documentaire À Contresens, ont réalisé un véritable travail de fourmi afin de mettre en avant les calculs les plus fiables.

Ces derniers, tout en prenant en compte les émissions de gaz à effet de serre du puits jusqu’à la fin de vie des véhicules et batteries, permettent d’être catégorique : quel que soit le mix énergétique, même avec une part très importante de charbon dans la production d’électricité, la voiture branchée est moins émissive que les modèles thermiques équivalents. Ce serait pourtant l’empreinte carbone de la génération électrique qui ne serait pas prise en compte par les partisans électromobiliens, selon Akio Toyoda.

La patron de Toyota envisage également des coupures de courant en été au Japon avec une multitude de VE en circulation. En se gardant bien sûr de signaler l’apport du V2G (alimentation du réseau aux heures de pointe par les batteries des voitures électriques immobilisées) pour lequel ses concurrents Nissan et Mitsubishi travaillent en enchaînant les développements et succès.

Disparition de millions d’emplois

En condamnant trop vite les motorisations à essence, le secteur automobile serait touché par la disparition de millions d’emplois, avertit le constructeur.

Je retiens ce « trop vite ». Toyota se rendrait-il compte qu’il arrive face à un mur en n’ayant pas suffisamment pris rapidement le virage de la mobilité branchée ?

En retardant le développement d’une gamme électrique à batterie, il arrive dans une impasse avec ses hybrides simples qui bénéficieront cependant encore pendant quelques années du soutien d’un nombre important d’automobilistes. La technologie ne devrait plus suffire très longtemps à satisfaire aux exigences carbone qui se durcissent.

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L’hybride rechargeable, par exemple : Toyota sait faire, et même très bien, mais n’a jamais voulu soutenir le genre par une politique tarifaire efficace.

Quoi qu’il en soit, au sujet de l’emploi, les constructeurs déjà bien engagés dans la mobilité électrique mettent en avant tous les nouveaux postes créés par le développement des véhicules à batterie. C’est sans doute Volkswagen, son principal concurrent à l’échelle mondiale, qui communique le mieux sur le sujet, en particulier sa filiale Porsche. Un débat public sur le sujet entre les 2 adversaires serait des plus intéressants. Chiche !?

Rendre inabordable la voiture individuelle

Akio Toyoda estime que précipiter l’électrique sur les marchés des voitures particulières neuves, c’est rendre ces dernières inaccessibles pour une très large frange des automobilistes.

Toyota ne saurait donc pas proposer un modèle électrique abordable à l’image de la Dacia Spring ? N’est-il pas au fait des aides dispensées par les gouvernements ? Alors qu’il a proposé des projets très convaincants dans le domaine, le constructeur nippon n’a-t-il pas intégré que la mobilité de demain passera par l’autopartage et une multitude de petits engins plus spécifiquement taillés pour la ville ?

Dans un monde où de plus en plus de personnes accèdent à une certaine aisance de vie, soumettant la planète à une exploitation effrénée des ressources, ce dernier argument d’une « voiture individuelle inaccessible aux masses », mis en avant par le patron de Toyota, n’est tout simplement pas soutenable.

Toyota en danger ?

En substance, le discours de Toyota est : « Puisqu’on nous le demande, nous allons produire des voitures électriques à batterie. Mais nous vous suggérons de ne pas les acheter et de plutôt vous tourner vers nos hybrides ».

Forcément, cette manière de procéder rappelle cette déclaration fracassante de Sergio Marchionne, alors président de Fiat Chrysler automobiles, qui appelait en 2013 ou 2014 à ne pas acheter la 500e. Ou encore la position ambiguë de Peugeot sur les modèles branchés.

Toyota se met-il en danger en court-circuitant la voiture électrique à batterie ? Non, même pas ! Car tout en jouant les lanceurs d’alertes, le constructeur nippon s’assure un accès à des volumes conséquents de cellules lithium (ainsi que de piles hydrogène) de dernière génération, développe des compétences et des accords spécifiques, montre son savoir-faire en mobilité douce, et prend sa place parmi les acteurs du recyclage et de l’utilisation en seconde vie des batteries.

Quand Toyota décidera de vraiment vendre de la voiture électrique sans hydrogène, il s’imposera certainement rapidement sur les marchés dédiés qui oublieront vite le discours maison actuel.

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