Tesla a récemment fait les gros titres aux États-Unis après le décès de deux personnes à bord d’une Model S. L’accident a eu lieu alors que personne ne se trouvait au volant, comme l’a confirmé l’enquête. Pour les dirigeants de Waymo, un des leaders de la voiture autonome, c’est un pas en arrière que Tesla fait faire à cette technologie.

Depuis plusieurs années, Tesla s’est lancé dans la course à la voiture autonome, d’abord avec l’Autopilot. Celui-ci a été développé et une version plus autonome a vu le jour sous le nom de Full Self Driving. Il s’agit d’un système entièrement revu avec l’objectif pour Elon Musk de s’en servir dans les futurs Robotaxis de sa marque.



Tesla commercialise aujourd’hui l’Autopilot dans deux versions différentes. Le Full Self Driving est encore en développement, mais déjà disponible sur les modèles du constructeur. La volonté de Musk est de déployer ces systèmes aussi vite que possible à l’avenir.

Une politique qui, selon les deux PDG de Waymo, une division de Google dédiée à la voiture autonome, pourrait faire du mal à l’industrie de la voiture autonome. Tekedra Mawakana et Dmitri Dolgov ont pris la tête de Waymo à deux début avril, après la démission de l’ancien PDG John Krafcik. Ce dernier avait déjà critiqué Tesla en début d’année, attaquant le système de l’entreprise de Palo Alto.

Le public doit être en confiance avec la conduite autonome

Selon eux, l’accident survenu au Texas pourrait engendrer une méfiance vis-à-vis de la voiture autonome. La cacophonie entre Elon Musk et les forces de l’ordre au sujet de la présence d’un conducteur n’aide en rien. Ils jugent aussi contre-productif de commercialiser des systèmes autonomes qui pourraient avoir des failles, notamment au niveau de la sécurité.

« Il n’y aura pas d’autre chance de construire, développer, déployer et lancer cette technologie » avertit Mawakana. Elle craint que les gens perdent rapidement confiance si les accidents se multiplient. « Vous devez réussir dès la première fois », insiste-t-elle.

« Il faut gagner la confiance publique, être acceptés, il faut s’assurer que le cadre réglementaire est adapté et qu’il est le bon pour vous. Ensuite seulement, vous lancez ce que nous pensons être un service qui aura du succès, et on peut ensuite le lancer à grande échelle. »

La raison pour laquelle Tesla a un mauvais impact

Pour Forbes, la dirigeante explique comment l’accident de la Tesla a directement impacté Waymo et son image. Pour elle, la différence entre systèmes autonomes et semi-autonomes n’est pas toujours bien expliquée au grand public.

« Les décès au Texas sont mauvais pour nous. C’est ce que nous voulons justement éviter ici. Ce que nous voyons actuellement, c’est qu’il y a beaucoup de confusion parmi les clients qui prennent un système pour un autre. Cela pose un risque pour cette catégorie de produits, et ça nous inquiète. »

Waymo travaille sur le développement de systèmes de conduite autonome depuis 2009 sur des systèmes autonomes de niveau 4. C’est le premier sur l’échelle des niveaux de conduite autonome pour lequel il n’y a pas besoin de présence humaine. Pour cette filiale d’Alphabet, il est essentiel de miser sur la sécurité. L’objectif est même de réduire les chiffres de la mortalité aux États-Unis, qui enregistrent 40 000 décès annuels. Les PDG de la firme le répètent, il est hors de question de lancer des systèmes sans les éprouver avec rigueur. Et Waymo prévoit d’ailleurs un lancement progressif pour jouer la prudence.



Waymo déploie ses véhicules autonomes prudemment

L’entreprise veut perfectionner au mieux son service Waymo One Ride, ses robotaxis en service dans la banlieue de Phoenix. L’Arizona autorise en effet les courses sans chauffeur payées, contrairement à la Californie.

Mais Waymo lancera tout de même ses véhicules autour de la Baie de San Francisco l’année prochaine. Ils serviront à Waymo Via, le service logistique du géant de la conduite autonome. Celui-ci inclut des fourgons, ainsi que 26 poids lourds autonomes, en lesquels Waymo voit le futur du transport.

L’objectif de la firme et de ses dirigeants est de proposer tous types de services autonomes, et non de se focaliser sur un seul. C’est ce que font par exemple Cruise ou Zoox, respectivement soutenus par General Motors et Amazon, avec les taxis autonomes.

Mais Dolgov confirme que le projet est colossal : « Quand nous avons débuté en 2009, la promesse à long terme et la transformation à venir étaient claires », explique-t-il. Comme Tekedra Mawakana, il rappelle l’importance de ne pas aller trop vite pour ne pas « griller » la technologie.