Parmi les projets de conversion de voitures en électrique, Ian Motion se détache non seulement en utilisant une Austin Mini, mais en réfléchissant aussi à toute la conception et l’entretien du véhicule. 

On vous en parlait dès le début de l’année 2017, Ian Motion est un projet de conversion électrique, aussi appelé retrofit. Roland Schaumann y a pensé très tôt, à sa première visite à la casse pour sa 205, où il découvrit toutes ces carrosseries encore utiles mais aux moteurs à jeter. Il a même vu chez MAN que l’on pouvait réutiliser des bateaux entiers ou leurs pièces pour une seconde vie, « alors pourquoi pas en automobile ? » s’est-il alors interrogé. C’est suite à la rencontre de Laurent Blond chez Renault Sport F1, qui bidouillait aussi une Mini, que l’idée s’est concrétisée.

Depuis 2015, les deux cofondateurs ont travaillé et testé leur première Austin Mini. C’est la prototype bleu clair que vous pouvez voir sur certains clichés. Ensuite, une deuxième est née, la pré-série à la peinture typée camouflage, clin d’œil aux protos d’essais de constructeurs. C’est elle dont nous avons pu prendre le volant.

Au volant

Pour cette Austin Mini, l’homologation fait que l’on doit respecter la puissance d’origine. Ainsi, le moteur synchrone développe 47 chevaux, mais le couple est libre. D’environ 80 Nm à l’origine, il passe ici à 140 Nm, et cela se sent. Bien entendu, la pédale d’accélération est dure comme tout ancienne, mais une fois au plancher, la Mini est transformée. Les 50 km/h sont atteints en une poignée de secondes et le comportement de kart est magnifié.

Il faut également se refaire à la direction non-assistée, à une suspension sautillante, et à l’absence d’insonorisation, sans les odeurs d’échappement et d’huile. Par ailleurs, si les électriques sont dites silencieuses, cette Mini de Ian Motion s’entend parfaitement en accélération.

Pas de possibilité de tester la vitesse maximale de 120 km/h, ni l’autonomie de 150 km clamée via le pack de 18 kWh (et une conso de 110 Wh/km). Laurent, qui a testé la Mini dans plusieurs conditions, confirme une autonomie réelle très proche. Même en conditions hivernales, il assure environ 110 à 120 km. La recharge est limitée à 3 kW (prise Type 2), soit 7 heures environ pour un plein.

Dans l’habitacle, on se surprend toujours à mettre notre gabarit de 1,90 m dans une puce de 3,50 mètres. Enfin, seule modification moderne à bord, les trois compteurs numériques, inscrits dans la planche en bois massif, viennent montrer la vitesse, la charge de la batterie, l’indicateur de boîte ou encore les différents alertes communiquées par l’ordinateur de bord.

Conception écolo

Au-delà du respect de la voiture d’origine et de la transformation électrique, nos deux acolytes pensent l’écosystème. D’abord, c’est le choix de la batterie LiFePO4 qui a primé sur la batterie classique lithium-ion classique « NMC » (Nickel Manganèse Cobalt). Moins dense énergétiquement, elle permet d’utiliser le moins de terres rares, mais aussi de cobalt, justifient nos interlocuteurs.

Le système de traction, bâti spécifiquement pour cette Austin Mini, est modulaire, toujours dans l’esprit de non-gâchis. L’idée des fondateurs est de pouvoir changer une pièce – même la moindre cellule défaillante sur la batterie – et non le bloc tout entier. Ainsi, pas de pièces fonctionnelles à la poubelle, et une réparation simplifiée, aussi moins coûteuse.

Un tarif encore élevé

Il faut bien parler argent à un moment donné, surtout si l’on est un client intéressé par une telle conversion. Dans les premières heures de Ian Motion, le tarif était fixé à 40.000 €. Il a aujourd’hui été rabaissé à 29.950 €. Loin donc de la Mini de Swindon, vendue 90.000 € avec GPS, clim et moteur de 80 kW.

Ce prix comprend les pièces, le montage et la garantie de 2 ans et la modification de tableau de bord (avec panneau en bois). A terme, en augmentant la production et en réduisant les coût, l’objectif est d’environ 15.000 € 20.000 €. Soit autant que leurs homologues de Phoenix Mobility.

Après le combat de l’homologation facilitée pour ce genre de véhicule, Ian Motion se bat aussi pour une autre cause. Acheter une voiture électrique neuve s’accompagne de 6.000 € d’aides, et pourquoi pas pour cette Mini électrique ?

« Nous voulons prouver que notre solution est encore plus vertueuse que d’aller vers le neuf » confie Roland Schaumann, « l’étape suivante est donc de prouver par une étude l’avantage environnemental de notre démarche ». Avec ceci, le cofondateur espère défendre l’aide à la conversion auprès de nos dirigeants. Un combat mené avec l’AIRe, l’Association des Industriels du Retrofit électrique, qui compte parmi ses membres Carwatt, Retrofuture EV et Brouzils Auto.

De futurs projets ?

À la suite de ces deux Mini, Ian Motion se concentre sur les clients désirant convertir leur propre voiture. Les livraisons sont prévues à partir de mi-octobre pour les premiers ayant frappé à leur porte. Pour développer et accélérer les conversions, ils recherchent des garages et installateurs partenaires, ainsi que des investisseurs. À bon entendeur.

Des clients ont montré leur intérêt avec d’autres véhicules, à l’instar des Jeep Grand Cherokee, Range Rover ou Land Rover Defender. Il n’est ainsi pas impossible de voir un ancien gros 4×4 converti à l’électrique dans un avenir proche.

Autre axe de développement, encore à l’étude, l’hydrogène. Toujours dans un souci de contenir la production de grosses batteries, un prolongateur d’autonomie à hydrogène viendrait supporter la batterie pour les gros trajets. Affaire(s) à suivre…