Zeplug et ChargeGuru disparaissent : voici Tohmo, leur nouvelle marque pour la recharge électrique

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Trois ans après leur rapprochement, Zeplug et ChargeGuru passent à la vitesse supérieure. Les deux spécialistes de la recharge disparaissent derrière une marque unique : Tohmo. Derrière ce changement de nom se cache surtout une ambition européenne, avec la copropriété et les flottes comme principaux moteurs de croissance. Et l’entreprise commence déjà à regarder plus loin, notamment vers le V2G et le stockage d’énergie. Nous avons échangé avec Nicolas Banchet, co-fondateur de ChargeGuru, sur la stratégie de cette nouvelle entité, mais aussi sur un marché de la recharge privée qui change rapidement.

Cela faisait déjà quelques années que Zeplug et ChargeGuru vivaient sous le même toit. Il leur manquait juste le même nom sur la boîte aux lettres. Après leur fusion en 2023, les deux entreprises décident finalement de s’unir sous une seule et unique bannière : Tohmo, une marque destinée à être utilisée dans les six pays où le groupe est présent.

Le changement peut sembler essentiellement marketing. Il intervient pourtant à un moment intéressant pour le secteur. Les ventes de voitures électriques repartent fortement en Europe et, mécaniquement, la question de la recharge à domicile ou au travail prend de plus en plus d’importance. Nicolas Banchet a pris le temps de répondre à nos questions.

Pourquoi avoir attendu trois ans ?

Quand on lui demande pourquoi ce nouveau nom n’arrive que maintenant, le co-fondateur de ChargeGuru nous explique avoir volontairement avancé « par étapes ».

Avant de s’attaquer au nom, il fallait commencer par « réunir les offres, les outils informatiques puis les équipes ». Celles-ci fonctionnent d’ailleurs comme une seule organisation depuis plusieurs mois. La situation était surtout particulière en France. À l’étranger, ChargeGuru constituait déjà la marque commune. Dans l’Hexagone, en revanche, Zeplug et ChargeGuru continuaient de cohabiter, parfois face aux mêmes clients. Pas vraiment idéal pour expliquer qui fait quoi, ni pour répartir les investissements marketing. La naissance de Tohmo doit simplifier tout cela.

Mais alors, ça va changer quoi ce rebranding ? Pour les clients déjà équipés, pas de révolution annoncée : « les offres ne changent pas », précise Nicolas Banchet. En revanche, de nouveaux outils de gestion de la recharge, de la borne et des données de consommation doivent arriver en parallèle.

La copropriété devient un marché stratégique

Le groupe revendique environ 100 000 points de charge installés à date avec : 40 % de l’activité qui concerne les copropriétés, 40 % pour les entreprises et 20 % pour les maisons individuelles. Mais c’est surtout la copropriété qui concentre l’attention de notre interlocuteur. Le marché français commence réellement à prendre de l’ampleur.

Au deuxième trimestre 2026, 18 289 immeubles disposaient déjà d’une infrastructure collective de recharge, soit 45 % de plus qu’un an auparavant. Plus de 43 600 immeubles avaient par ailleurs déjà validé le principe d’un déploiement (+17 % par rapport à l’an passé). Et évidemment, il reste énormément de place sur le marché.

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Installer une borne lorsqu’on dispose de son propre garage est relativement simple. Dans un immeuble collectif, l’équation est autrement plus compliquée : assemblée générale, dimensionnement électrique, financement de l’infrastructure, syndic, raccordement et gestion des futurs utilisateurs. C’est précisément sur cette complexité que des acteurs spécialisés comme Tohmo ont bâti leur modèle.

Objectif : passer de 30 000 à 100 000 copropriétés

Avec Tohmo, les ambitions changent d’échelle. L’entreprise affirme être aujourd’hui présente auprès de 30 000 copropriétés. Elle vise le cap des 100 000 à l’horizon 2030 et 10 millions de places de parking raccordées en Europe. Pour y parvenir, la firme française ne prévoit pas de grande campagne d’acquisition, elle mise principalement sur une croissance organique. La France restera le principal moteur de la croissance, mais le reste du continent européen est évidemment scruté de près.

L’Allemagne fait notamment figure de terrain favorable. Le gouvernement allemand a lancé au printemps 2026 une enveloppe de 500 millions d’euros pour développer la recharge dans les immeubles collectifs. Le programme peut financer le précâblage, la connexion au réseau et les bornes, avec des aides qui peuvent atteindre 2 000 euros par emplacement dans certains cas. L’Italie pousse également dans cette direction. Le pays finance 80 % du coût d’achat et d’installation d’une infrastructure domestique, dans la limite de 1 500 euros pour un particulier et de 8 000 euros pour une copropriété.

Cette course à l’Europe ne dépendra donc pas uniquement de la qualité des offres. Les réglementations nationales, les aides et la capacité à naviguer dans des systèmes immobiliers très différents joueront un rôle majeur.

Les flottes commencent aussi à peser lourd

L’autre segment qui accélère selon Nicolas Banchet, c’est celui des entreprises. Et plus spécifiquement celui de la recharge au domicile des salariés qui disposent d’un véhicule professionnel. Un marché assez logique. Une entreprise qui électrifie sa flotte ne doit plus simplement acheter des voitures. Elle doit aussi réfléchir à l’endroit où elles seront chargées, au remboursement de l’électricité consommée chez les salariés, à la supervision et parfois à la recharge sur site. Bref, il y a du potentiel !

Cette évolution pourrait devenir un moteur important pour l’ensemble des spécialistes de la recharge privée, pas seulement pour Tohmo.

Tohmo veut profiter du boom des ventes sur l’électrique

Il faut dire que la tendance est favorable. En août 2026, les VE ont représenté 38,8 % des immatriculations de voitures particulières en France, un record selon l’Avere-France. Sur les huit premiers mois de l’année, les ventes de voitures électriques ont progressé de 74,2 % en France selon l’ACEA. À l’échelle de l’Union européenne, elles représentent désormais 21,7 % du marché depuis janvier, contre 15,8 % un an auparavant.

Interrogé sur la possibilité de voir l’électrique atteindre rapidement 50 % du marché français, notre interlocuteur se montre très optimiste. Il estime que le choix du VE est de plus en plus « économique », avant d’être idéologique, notamment grâce à la baisse des prix à l’achat et au coût d’utilisation. Comme si « un point de non-retour avait été atteint », nous dit le fondateur de ChargeGuru. Mais il faut rester prudent avec ce scénario. Un mois record ne dessine pas à lui seul une tendance durable et les immatriculations sont sensibles aux aides publiques. Mais on sent bien que ça pousse dans le bon sens.

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Et après, le V2G ?

Tohmo ne veut visiblement pas se limiter à installer des bornes. Nicolas Banchet nous a confirmé que son entreprise travaillait sur le V2G (ou Vehicle-to-Grid), cette technologie qui permet à un véhicule électrique de restituer au réseau public une partie de l’électricité stockée dans sa batterie. Des annonces sont prévues dans un second temps. Sur le principe, la techno est séduisante, mais le patron de Tohmo reconnaît que le marché est encore embryonnaire. C’est tout un écosystème qui doit se transformer.

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En effet, il faut réunir un véhicule compatible, une borne bidirectionnelle, un système logiciel adapté et une offre d’électricité qui permet la réinjection. Les problèmes d’inter-opérabilité restent également nombreux, même si la généralisation de standards comme l’ISO 15118 doit progressivement faciliter les choses. L’intérêt économique pour un particulier demeure aussi à démontrer à grande échelle. Les gains actuels peuvent se limiter à quelques euros ou dizaines d’euros par mois selon les usages. Le vrai potentiel pourrait apparaître lorsque plusieurs millions de voitures pourront être pilotées simultanément comme autant de petites batteries raccordées au réseau.

Des batteries directement à côté des bornes ?

Autre piste explorée : le stockage stationnaire. Tohmo participe déjà à quelques projets pilotes qui associent des batteries à des stations de recharge rapide. L’entreprise ne fournit pas elle-même les accumulateurs mais intervient sur l’intégration de l’infrastructure.

Le concept peut être particulièrement intéressant dans les endroits où le réseau électrique est limité. Plutôt que de dimensionner une connexion gigantesque utilisée à pleine puissance seulement quelques jours par an, une batterie peut accumuler de l’énergie en période creuse puis la restituer lors d’un gros pic de fréquentation. De là à imaginer des batteries à côté de chaque station, il y a encore un pas. Tohmo ne prétend d’ailleurs pas que cette solution se généralisera, mais ça vaut le coup de creuser.

Un nouveau souffle pour le marché de la recharge

C’est finalement ce qui rend la naissance de la nouvelle marque intéressante. On sent bien que le marché de la recharge entre dans une deuxième phase. Il ne s’agit plus seulement de savoir poser le plus de bornes possible, mais de savoir les financer, les piloter, les connecter aux bâtiments et demain, peut-être, au réseau électrique.

Avec Tohmo, Zeplug et ChargeGuru veulent prendre une nouvelle dimension. Il faut maintenant transformer les ambitions annoncées en installations bien réelles. Et, sur un marché en plein boom, la concurrence ne devrait pas leur faciliter la tâche.

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