Flambée du prix des carburants : le diesel pour les riches, l’électrique pour les autres ?

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Avec la hausse des prix des carburants, rouler en électrique devient particulièrement intéressant pour le portefeuille. Mais en France, les automobilistes qui auraient le plus à gagner ne peuvent pas toujours amorcer ce changement. Faisons le point !

Le diesel, une motorisation pour les riches ? La formule fera sourire (ou pas) ceux qui conservent leur vieille voiture faute de pouvoir la remplacer. Le paradoxe c’est que, pendant longtemps, le gazole a justement été le carburant des automobilistes soucieux de leur budget. Avec la hausse des prix à la pompe, cette logique est bousculée. Alors, pour dépenser moins sur la durée, faut-il commencer par dépenser un peu plus au départ ?

À l’usage, le gazole perd du terrain

Selon les données de Roole Data, le budget énergétique mensuel moyen du diesel est passé de 98 à 119 euros entre janvier et juin 2026. Celui de l’essence a atteint 137 euros, tandis que l’électrique est resté autour de 46 euros. Et quand on regarde le cours du pétrole aujourd’hui (voir graphique ci-dessous), difficile d’imaginer qu’il redescendra un jour aux niveaux que nous connaissions avant la guerre en Iran.

Prenons un exemple concret. Avec un gazole à 2,41 € le litre, moyenne en France au 27 septembre 2026, une voiture qui consomme 6 l/100 km revient à 14,46 € aux 100 km. Une voiture électrique qui consomme 18 kWh (c’est beaucoup) pour cette même distance coûtera 3,60 €, en retenant une recharge à domicile à 0,20 € le kWh (sachant qu’il est aussi possible de le payer beaucoup moins cher en heures creuses).

Sur 15 000 km annuels, la facture atteint ainsi 2 169 € pour le diesel, contre 540 € pour l’électrique : 1 629 € d’écart sur l’énergie. C’est énorme ! Le lieu de recharge est toutefois déterminant. Avec un kWh facturé 0,60 € sur une borne de recharge publique, ce même VE revient à 10,80 € aux 100 km. L’économie face au diesel tombe alors à 549 € par an pour le même kilométrage. C’est moins bien, mais c’est toujours ça de pris.

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Encore faut-il pouvoir s’offrir une électrique

Mais pour un ménage qui possède un diesel déjà payé, la comparaison ne s’arrête pas au carburant. Remplacer sa voiture implique de mobiliser une épargne ou de souscrire un financement. Une mensualité supplémentaire peut dépasser les économies réalisées à la pompe, même lorsque le changement présente un intérêt sur plusieurs années. Il faut également intégrer l’assurance, la décote et l’éventuelle installation d’une borne.

À l’inverse, une grosse réparation imminente sur le véhicule actuel peut rendre son remplacement plus pertinent. Chaque situation mérite donc un calcul complet, plutôt qu’une conclusion tirée du seul prix du plein. Le paradoxe est là : un automobiliste contraint de parcourir de longues distances peut avoir beaucoup à gagner en quittant le diesel, tout en étant incapable de financer ce départ. Alors, est-ce que ça vaut le coup de sauter le pas ?

Un effort à l’achat qui peut finir par payer

Toute personne dans cette situation se poserait cette question : les économies sur la durée permettent-elles de récupérer l’argent dépensé pour passer à l’électrique ? En reprenant notre hypothèse d’un gazole à 2,41 € le litre et d’une recharge à domicile à 0,20 € le kWh, l’écart atteint 10,86 € aux 100 km. Si le VE coûte 5 000 € de plus qu’un modèle diesel comparable, ce surcoût est compensé en un peu plus de trois ans pour 15 000 km/an.

À 25 000 km par an, il faut compter moins de deux ans. À l’inverse, pour quelqu’un qui ne fait que 8 000 km, il faudra compter presque six ans. Ces calculs supposent des prix de l’énergie constants et ne tiennent compte ni du financement, ni des différences d’entretien, d’assurance ou de valeur de revente. L’effort initial peut donc avoir du sens, notamment pour les gros rouleurs et ceux qui comptent conserver leur voiture plusieurs années.

Dans ce cas, payer davantage à l’achat peut permettre de réduire durablement le budget automobile. Mais encore faut-il pouvoir supporter la dépense initiale sans déséquilibrer les finances du ménage. Et évidemment, ce n’est pas si simple…

Et les VE d’occasion alors ?

C’est ici que le marché de l’occasion peut tout changer dans le calcul. Pour l’acheteur, la décote présente un avantage concret : elle permet d’accéder à une électrique dont le premier propriétaire a déjà absorbé une partie de la perte de valeur. En passant par de la seconde main, l’idée n’est donc plus forcément de rentabiliser une voiture neuve plus chère, mais de trouver une électrique au prix d’une occasion thermique qui répondrait aux mêmes besoins. Si les deux coûtent autant à l’achat, les économies de recharge commencent dès les premiers kilomètres, sans surcoût à compenser.

Prenons un exemple pour illustrer cela : une voiture électrique d’occasion à 15 000 € face à un diesel à 12 000 €. Avec les hypothèses précédentes, les 3 000 € supplémentaires seraient récupérés en un peu moins de deux ans pour un conducteur qui fait aux alentours des 15 000 km par an et qui se branche à domicile. Si cet automobiliste conserve sa voiture cinq ans, l’écart de dépenses énergétiques atteindrait 8 145 euros, soit 5 145 euros de plus que le supplément payé à l’achat. Pour que ce raisonnement fonctionne, il faut évidemment comparer des véhicules adaptés au même usage.

Les détails à vérifier

Un détail qui a son importance : le prix affiché et le kilométrage ne suffisent pas quand on achète une voiture électrique d’occasion. Un bilan de santé de la batterie (SoH, pour State of Health) permet d’évaluer sa capacité restante. Il faut également vérifier la garantie encore applicable et ses conditions, l’historique d’entretien, ainsi que les puissances de recharge acceptées. Sur certaines anciennes voitures électriques, comme la Renault Zoé par exemple, la batterie peut encore faire l’objet d’un contrat de location. Cette mensualité doit alors être intégrée au budget, sous peine de surestimer les économies.

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Acheter d’occasion ne supprime pas non plus la difficulté de financer le changement. Pour un ménage qui revend son diesel 5 000 € et achète une auto électrique 15 000 €, il reste bien 10 000 € à trouver. Mais si le remplacement devient nécessaire, la bonne comparaison porte sur le coût des différentes voitures susceptibles de prendre la relève. C’est à ce moment-là qu’un véhicule électrique d’occasion peut devenir particulièrement intéressant. Il permet de consacrer un budget proche à l’achat, puis de réduire les dépenses au fil des kilomètres, à condition de disposer d’une recharge abordable.

Le leasing social pour franchir le pas

C’est aussi l’objectif du leasing social, reconduit depuis le 16 juillet 2026 : permettre à des ménages modestes de passer à l’électrique sans financer l’achat d’une voiture neuve. Le dispositif propose des locations d’au moins trois ans, avec des loyers plafonnés à 200 € par mois hors options et prestations, et même un grand nombre d’offres sous les 140 €. Mais l’accès à ce dispositif dépend des revenus et de l’utilisation de la voiture.

Avec nos hypothèses, l’intérêt devient très concret. À 15 000 km par an, le diesel engloutit environ 180 € de carburant par mois, contre 45 € d’électricité (charge à domicile). L’économie atteint donc 135 € mensuels. De quoi absorber une grande partie d’un loyer de 140 €. Dans cet exemple, location du véhicule et recharge représenteraient 185 € par mois, soit à peine plus que le seul carburant du diesel…

Le diesel pour les riches, alors ? Non, évidemment. Beaucoup de Français aimeraient aujourd’hui s’en débarrasser. Tout l’enjeu est donc de leur permettre d’en changer.

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