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De la conduite à la recharge, comment l’IA s’invite partout dans la voiture électrique.
Au début, il y avait les assistants vocaux. Ou plutôt ces voix de synthèse qui ânonnaient avec peine une ou deux phrases pour vous dire de boucler votre ceinture de sécurité ou vous prévenir qu’une porte était mal fermée. Et oui, dites-vous que déjà il y a quarante ans, une Safrane bien élevée était déjà capable de vous dire de sa plus belle voix préenregistrée que la portière arrière droite de votre carrosse était mal fermée. Puis sont arrivés les assistants « intelligents » avec lesquels vous pouviez dialoguer, ou plutôt essayer d’amorcer un début de dialogue que vous abandonniez aussi vite quand vous compreniez… qu’ils ne comprenaient rien et répondaient systématiquement à côté.
Quand ils répondaient. Coucou Siri.
Mais ça, c’était avant. Avant l’ère de l’IA, qui s’invite absolument dans tous les recoins de notre vie, et bien sûr dans le secteur qui nous intéresse, l’automobile. Et plus précisément l’automobile électrique. Car, est-il nécessaire de le répéter, les technologies numériques étant consubstantielles à cette dernière, rien ne parait plus facile et naturel que d’ajouter une petite surcouche IA dans ses fonctionnalités. C’est ainsi que ChatGPT se retrouve nativement dans l’environnement de plusieurs modèles actuels, notamment chez Stellantis et Mercedes (pionnier sur le sujet dès 2023, même si les choses ont évolué depuis dans le sens d’une IA propriétaire), ou que Grok embarqué dans certaines versions de Tesla est censé les rendre encore plus intelligentes en permettant de converser en langage naturel pour l’activation et la mémorisation de certaines fonctions. Ou juste pour papoter si jamais vous vous ennuyez à leur volant (mais on sait que personne ne s’ennuie au volant d’une Tesla, n’est-ce pas ?).
Cela étant, même sans être réfractaires à la chose, certains se posent encore la question de la pertinence, voire de l’utilité d’un chatbot au volant, et ce d’autant plus que l’on peut déjà accéder aux mêmes fonctionnalités sur son smartphone connecté à l’audio de la voiture, et que les assistants vocaux sortent progressivement de la préhistoire et s’améliorent avec le temps.
Le sujet est vaste. On sait que l’IA n’est pas seulement présente à bord, et qu’elle intervient bien en amont, y compris dans la conception et l’optimisation des batteries, voire dans la gestion de leur usure. Ou encore dans des BMS (systèmes de gestion de batterie) enrichis d’apprentissage automatique qui surveillent chaque cellule, anticipent la dégradation, préchauffent le pack avant une charge rapide pour gagner quinze minutes d’attente. Tesla le fait depuis des années. BMW et Mercedes affinent leurs planificateurs de trajet sur des millions de sessions pour prédire la consommation à 3 % près entre Paris et Marseille.
Mais il y a une autre utilisation de l’IA dans le monde de la voiture électrique, une utilisation plus pratique et peut-être plus utile pour le conducteur (et ses passagers), c’est celle qui rend la recharge plus facile et moins stressante. Bien sûr, quand on parle recharge, on ne peut s’empêcher d’évoquer l’autonomie qui conditionne les arrêts à la borne, et par association, les planificateurs d’itinéraire, qui ont eux aussi recours à certaines briques d’intelligence artificielle. Mais la recharge, ce n’est pas que de l’anticipation et de la programmation, et cela peut aussi être un arrêt inopiné pour récupérer un peu d’énergie afin de sécuriser la fin d’un trajet.
Et là, c’est sur la borne que tout se joue. Ce qui, en dehors des grands axes, ne constitue pas toujours un moment très serein, il faut bien le dire. La société Monta, une plateforme qui développe des logiciels dédiés à l’optimisation de la recharge, adopte une approche originale avec un nouveau service qui s’appuie sur l’IA comme interface directe avec l’automobiliste au point de charge. Baptisé Monta AI Driver Support, il s’agit d’un assistant vocal IA qui prend en charge l’appel du conducteur dès la première seconde. Connecté en temps réel au système de gestion des bornes (CPMS), l’assistant identifie le problème et agit immédiatement : redémarrage de la borne, déverrouillage du câble, arrêt de session, envoi du reçu par SMS. Grâce à ce dispositif piloté par IA, Monta affirme que le taux d’abandon, qui était auparavant de 27 %, tomberait à zéro. Autrement dit, une IA serait capable de faire, en mieux et plus efficace, le boulot d’une hotline lointaine quand une borne est légèrement récalcitrante.
Il faut dire que Monta possède une quantité de données — nerf de la guerre de l’IA — déjà conséquente depuis sa création en 2020. Entraînée sur plus de 260 000 points de charge connectés, 3 millions de sessions mensuelles et 14 000 demandes de support par mois, cela lui permet d’établir quelques statistiques qui ne sont pas toujours très rassurantes en matière de disponibilité de certaines bornes de recharge. Dans son blog, la plateforme cite l’exemple d’un opérateur partenaire avec un taux de réussite de… 31,2 %. Traduction : deux sessions sur trois échouaient. Les conducteurs branchaient, attendaient, repartaient sans avoir rechargé. L’IA de Monta a identifié le problème, une incompatibilité de firmware, et l’a corrigé. Avec un taux de réussite 25 secondes plus tard de 98,3 %. Ce n’est peut-être pas très agréable à dire, mais combien de temps aurait pris un technicien humain pour diagnostiquer la même chose, sur un chargeur quelque part en Europe, dans les logs OCPP d’un système de gestion fragmenté ?
Les réseaux de recharge publics ont grandi très vite, et les opérations sont encore souvent pilotées à la main, avec des outils épars et une poignée d’experts censés tout coordonner. Un modèle qui est difficilement évolutif, et qui peut craquer sous la charge. Ce à quoi Monta répond en prétendant résoudre le problème, indiquant que 84 % des demandes de support conducteur sont résolues avant même qu’un agent humain soit impliqué.
Bien sûr, cette plateforme n’est certainement pas la seule à utiliser l’IA, et nous avons d’autres exemples, mais ces derniers visent surtout les professionnels et les flottes. Ici on parle du grand public, de vous et moi, et d’une fonctionnalité qui permet de dialoguer naturellement, non plus avec sa voiture ou son téléphone, mais directement avec une borne de recharge afin de démêler plus facilement une embrouille au moment de remettre du jus dans la batterie.
Alors, qu’est-ce que cela dit sur l’intégration progressive de l’IA dans les usages de la voiture électrique ? Que l’intelligence artificielle ne se limite plus au véhicule lui-même, mais s’étend à toute la chaîne de valeur de la recharge, dans une logique de réduction des frictions, avec moins d’attente, moins d’échec à la borne, et davantage de confiance pour les électromobilistes.
Reste à savoir comment, à quelle cadence et chez qui cette technologie sera développée, et si les voyageurs de passage adopteront facilement le réflexe de parler à la borne en cas de problème. En gros il s’agira de ne pas être trop borné.
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