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Après avoir révélé ses consommations, l’Alpine A390 GT avoue ses performances en matière de recharge et de voyage.
Porte-étendard du groupe Renault en matière de technologies électriques, l’Alpine A390 GT est une véritable vitrine technologique. S’il repose sur une plateforme de Renault Scenic E-Tech dont il ne cache pas les origines à l’intérieur, le SUV sportif arrive avec un châssis époustouflant et un tandem de machines arrière, un choix technique de pointe que font aussi des pépites comme la Lucid Air Sapphire ou la Maserati Granturismo Folgore. Revers de la médaille, la consommation est élevée dans des conditions réelles d’utilisation. Un appétit que la batterie de 89 kWh compense pour donner une autonomie respectable. Reste à savoir comment se comporte le SUV sur les bornes de recharge rapide.
Nous avons publié la semaine dernière la première partie de ce Supertest. Voici un très bref rappel des chiffres :
Comme le Renault Scenic E-Tech, l’Alpine A390 GT récupère une batterie LG, portée ici à 89 kWh de capacité utile (contre 87 kWh pour le Scenic) et avec un pic de puissance de recharge en courant continu inchangé de 150 kW. Non seulement le système respecte la promesse, mais la courbe présente un long plateau à la puissance maximale, ou presque, jusqu’à 50 % de charge. À 80 % de charge, la puissance résiduelle est de 78 kW.
Branché à 10 % avec une température optimale gérée par le système de préconditionnement manuel ou automatique avec la navigation Google, le SUV peut réaliser le 10-80 % en 31 minutes. La valeur nette est dans la moyenne, mais cela se traduit par une puissance moyenne à la borne de 128 kW. L’Alpine A390 GT figure tout simplement parmi les meilleurs véhicules à tension 400 V sur les bornes en courant continu. Pour rappel, un Renault Scenic E-Tech avoue une moyenne de 101 kW et le Nissan Ariya émarge à 106 kW.
| 10 à 80 % | 80 à 100 % | 10 à 100 % | |
| Temps de recharge (en min) | 31 | 38 | 68 |
| Autonomie gagnée (en km) | 232 | 66 | 299 |
La fin de la recharge est dans la moyenne, sans plus. Il faut compter 10 minutes de plus pour atteindre les 90 % et encore 28 minutes pour faire le plein à fond. En matière de puissance moyenne sur une recharge complète, l’Alpine A390 GT figure là encore parmi les meilleures voitures électriques dites 400 V.
Si les conditions nous le permettent, nous ajoutons désormais une recharge rapide à froid dans notre liste d’investigations en Supertest. Le but ? Découvrir comment se comporte une batterie froide et chiffrer le temps de recharge si l’utilisateur n’active pas le préconditionnement. Dans le cas présent, c’est la douche… froide : avec une batterie à 12 °C, nous avons chronométré le 10-80 % en 46 minutes à une puissance moyenne de 77 kW ! Avec l’accumulateur à 14 °C au départ, nous avons noté un exercice en 40 minutes à 92 kW de moyenne. L’écart par rapport à une recharge avec une condition thermique optimale est très important ! À contrario, recharger le SUV avec une batterie à 35 °C se traduit par un 10-80 % en 33 minutes, pour 122 kW de moyenne. En atteignant plus rapidement le seuil de 52 °C, le BMS bride la puissance de recharge prématurément. Rien d’anormal, ni d’insurmontable.
Nous n’avons pas réussi à chiffrer la consommation et les performances du système de préconditionnement, les conditions et la durée de notre essai ne nous permettant pas de mettre en place notre protocole de mesure en phase de roulage. On remarque toutefois une puissance instantanée de près de 5 kW dès son activation, ce qui est dans la moyenne. Pour rappel, nos mesures sur d’autres modèles font état d’un gain moyen de 1,6 kWh/10 °C et de 25 min/10 °C. Le dispositif de l’Alpine A390 GT doit se situer dans ces eaux-là : le système conseille d’activer le préconditionnement 30 minutes avant la recharge rapide si la température extérieure est inférieure à 5 °C. Notons qu’il aurait été plus pertinent d’évoquer la température de la batterie, d’autant que celle-ci a le mérite d’être affichée en toute transparence.
Enfin, remarquons ici une importante inertie thermique de la batterie. Débranchée à 47 °C, la batterie continuait d’afficher une température de 30 °C trois heures après la recharge, et ce avec une température moyenne extérieure de 5 °C et une utilisation parfaitement normale de la voiture. Le lendemain, soit 24 heures après cette recharge, la batterie gravitait à 14 °C. Lors d’une nuit avec des températures négatives (-2 °C au moment du départ), la batterie affichait 7 °C. Dans des conditions climatiques et d’usage identiques, nous remarquons généralement un accumulateur plus proche de la température ambiante.
Sur notre parcours type exclusivement autoroutier, nous avons mesuré une consommation de 26,8 kWh/100 km, soit 330 km d’autonomie totale théorique. Sur cette base, et en prenant en compte la courbe de recharge, cela se traduit par un gain de 150 km d’autonomie autoroutière en 15 minutes. C’est autant qu’un Skoda Elroq 85 alors qu’un Tesla Model Y LR AWD affiche 160 km selon la même base de calcul. En une demi-heure, le gain passe à 230 km.
À noter que la marque promet de récupérer « deux heures d’autoroute en 23 minutes ». Outre le fait que cela ne veut absolument rien dire, aucune précision n’est apportée concernant la vitesse moyenne sur la dite autoroute, et le taux de charge au départ de la recharge. Toutefois, si l’on se réfère aux habitudes de la marque (qui communique dès 15 %) et d’après nos calculs, ces 23 minutes correspondraient à un 15-70 %, soit 55 % de charge. Si le constructeur prend une base très théorique de deux heures de parcours à une vitesse rigoureusement fixe de 130 km/h, cela équivaut à une irréaliste consommation de 18,8 kWh/100 km, à moins de rouler à une vitesse rigoureusement fixe de 90 km/h comme l’ont révélé nos mesures. D’après nos relevés, ces 55 % correspondent plutôt à 180 km d’autonomie autoroutière. Or, deux heures d’autoroute à une vitesse moyenne, soyons sympas, de 115 km/h, équivaut à 230 km. Pour les récupérer, il faut pousser la recharge jusqu’à 85 %, soit un 15-85 % en 33 minutes. Prudence sur les promesses trop soumises aux variables.
En moyenne, les bornes de recharge rapide ont délivré près de 66,2 kWh sur le 10-80 %, ce qui représente un écart de près de 7 % par rapport à la capacité nette sur cette tranche, ce qui est dans la moyenne de nos observations. Avec un prix public plein tarif de 0,59 €/kWh sur les bornes de recharge rapide, le coût est de 11,6 €/100 km sur parcours mixte et de 16,8 €/100 km sur autoroute. Sans surprise, le coût est élevé en raison de la consommation importante ! Avec un abonnement permettant d’abaisser le prix de l’énergie à 0,39 €/kWh par exemple, on compte 7,7 et 11,1 €/100 km. C’est mieux. Enfin, en prenant en compte les pertes à la recharge en recharge lente, il faut tabler sur près de 4,0 €/100 km sur parcours mixte avec
| Prix du plein (10 à 80 %) | Coût trajet mixte | Coût sur autoroute | |
| AC à domicile (0,195 €/kWh) | 13,6 € | 4,0 €/100 km | 5,9 €/100 km |
| DC sur bornes publiques (0,39 €/kWh) | 25,8 € | 7,7 €/100 km | 11,1 €/100 km |
| DC sur bornes publiques (0,59 €/kWh) | 39,1 € | 11,6 €/100 km | 16,8 €/100 km |
Sur notre ligne de départ, le planificateur d’itinéraire Google nous promet un seul arrêt recharge, avec une arrivée devant la borne avec 21 % de charge restante. Audacieux, puisque le système se baserait alors sur une consommation autoroutière de « seulement » 23,5 kWh/100 km. Dans la réalité, nous avons effectivement pu atteindre cette station de recharge après une première étape de 300 km, mais avec 11 % de charge restante.
Une recharge de 30 minutes jusqu’à 80 % a été nécessaire pour nous permettre de rejoindre la ligne d’arrivée à Paris avec près de 20 %. En prenant en compte le temps de roulage de 4 h 20 habituel et un forfait de quatre minutes par arrêt, cela porte le temps de trajet à 4 h 54. C’est à peine mieux que le Renault Scenic E-Tech (4 h 58), impacté par une recharge rapide moins efficace. Un Audi Q6 e-tron quattro, plus « sobre » et bien plus rapide pour faire son plein (195 kW de moyenne), réclame 4 h 39. L’écart de 15 minutes permet de démontrer les bénéfices de certains choix techniques (400 V vs 800 V), mais il est à relativiser dans le monde réel : un quart d’heure ne change la vie de personne au bout d’un trajet de 500 km.
Nous avons pris en considération de nombreux commentaires nous demandant de faire évoluer le protocole, en modifiant le taux de charge à l’arrivée, ou en définissant une autonomie mixte minimale à l’arrivée, ou en augmentant la distance de trajet. De nombreux paramètres nous empêchent de les mettre en place. D’une part, rares sont les utilisateurs à raisonner en kilomètres d’autonomie restante. D’autre part, augmenter la distance augmente mathématiquement les variables (trafic, conditions, …), ne permettant plus une comparaison fiable de nos mesures. Or, c’est là la raison d’être des Supertest. Nous avons essayé, mais les résultats n’ont pas été satisfaisants. Enfin, la modification du protocole ne permettrait plus les comparaisons avec la multitude de voitures déjà essayées et encore proposées sur le marché.
Néanmoins, afin de faire face à l’arrivée de voitures avec des autonomies de plus en plus généreuses, nous calculerons un temps de voyage pour 500 km pour une arrivée avec la batterie dans le rouge, à 10 % de charge restante, et nous simulerons un voyage sur 1 000 km en nous basant sur nos relevés. Dans ces cas, notons que l’Alpine A390 GT affiche un temps total de 4 h 48 pour passer la ligne d’arrivée avec 10 % de charge restante (24 minutes de recharge). Dans le cas d’un voyage de 1 000 km (Paris-Lyon A/R), le SUV a besoin de trois ravitaillements pour un temps total de 10 h 16. L’écart avec l’Audi Q6 e-tron quattro passe alors à près de 30 minutes, pour le même nombre de ravitaillements. Voilà qui soulève, une fois de plus, la brûlante question sur l’intérêt, pour le conducteur, d’une architecture 800 V.
L’Alpine A390 GT va encore plus loin qu’un simple Scenic R.S. avec son bagage électromécanique. L’apport de deux machines électriques arrière et d’un châssis bien réglé lui permettent d’offrir une efficacité assez impressionnante pour un SUV de plus de deux tonnes. À bord, si la filiation avec le paisible SUV familial électrique est évidente, il fait des efforts de présentation avec des inserts et selleries spécifiques. Bref, la copie a de quoi séduire.
Côté chiffres, le bilan est plus contrasté. Dans l’absolu, on pourrait s’attendre à mieux d’un véhicule aux ambitions premium et sportives affiché à plus de 67 000 €. Certains SUV concurrents malmènent beaucoup plus les bornes avec leur architecture 800 V et plient davantage le bitume à l’accélération, sans toutefois égaler l’Alpine en comportement dynamique. Mais si la puissance de recharge maximale et les performances pures apparaissent modestes pour le segment, les indicateurs relatifs sont satisfaisants. Les accélérations et reprises se montrent en adéquation avec celles d’un véhicule électrique bénéficiant d’un rapport poids/puissance plus favorable, tandis que la recharge rapide figure parmi les plus efficaces pour une chaîne de traction sous tension 400 V… si la batterie a été portée à sa température optimale. L’analyse technique, aussi au cœur des Supertests, s’avère ainsi globalement favorable.
Reste un seul grief, et non des moindres : en raison de ses choix techniques pour servir l’efficacité, et quelle efficacité (!), l’Alpine A390 GT affiche des consommations particulièrement importantes. Heureusement, si l’on peut présenter les choses ainsi, la batterie de 89 kWh permet de compenser son appétit et de lui offrir des autonomies dignes de ce nom. C’est finalement ce que retiendront les conducteurs intéressés par le SUV, malgré des coûts d’utilisation particulièrement élevés.
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