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À Munich, Xpeng n’a pas seulement profité de son événement mondial pour parler automobile. Le groupe chinois a longuement détaillé ses travaux dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, les humanoïdes et même les voitures volantes. Une démonstration de force qui traduit des ambitions qui dépassent largement le marché des véhicules électriques.
Xpeng aurait pu concentrer l’ensemble de sa présentation munichoise sur sa prochaine offensive commerciale en Europe. Le constructeur a pourtant choisi de consacrer une grande partie de la conférence à laquelle nous avons assisté aux technologies développées en parallèle de ses voitures. Robots humanoïdes, aéronefs électriques, puces conçues en interne ou systèmes de contrôle des mouvements : l’objectif était clair, montrer que l’entreprise ne se considère plus comme un simple fabricant automobile.
La marque emploie désormais l’expression « Physical AI », ou intelligence artificielle physique, pour regrouper ses différentes activités. À la différence d’une IA uniquement chargée de produire un texte ou une image, celle-ci doit permettre à une machine d’observer son environnement, de comprendre une situation et d’effectuer une action dans le monde réel. Dans la vision de Xpeng, les automobiles, les robots et les appareils volants ont finalement beaucoup de points communs.
Tous ont besoin d’énergie, de capteurs, d’une importante puissance de calcul, de moteurs et de logiciels capables de coordonner leurs mouvements. Xpeng entend développer un socle commun, puis adapter ces différentes briques à chaque type de machine.
L’écosystème présenté à Munich repose sur six piliers : l’énergie électrique, la puissance de calcul, le contrôle des mouvements, la sécurité et l’éthique, les grands modèles d’intelligence artificielle et les données. Une voiture doit être capable de reconnaître les autres usagers, d’anticiper leur trajectoire et de réagir à une situation imprévue. Un robot humanoïde doit coordonner ses jambes et ses bras, puis manipuler des objets. Enfin, un aéronef est obligé de détecter les obstacles et préparer son atterrissage.
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Xpeng L03 : notre découverte du SUV électrique qui arrive en France à un prix canonXpeng estime que ces fonctions peuvent reposer sur des modèles d’intelligence artificielle comparables. Une technologie mise au point pour la conduite assistée peut ainsi trouver une application dans la navigation aérienne ou dans les déplacements d’un robot. Cette mutualisation doit permettre de limiter les coûts et de gagner du temps. Mais elle montre surtout que Xpeng veut maîtriser une part croissante de sa technologie, au lieu de dépendre entièrement de fournisseurs pour ses composants stratégiques.
Cette volonté d’intégration est incarnée par Turing, le nom donné à la puce d’IA conçue par Xpeng. Fabriquée selon un procédé de gravure de 7 nm, elle offre une puissance annoncée de 750 TOPS par unité. Le constructeur l’associe à son modèle VLA 2.0, pour « Vision-Language-Action ». Ce système doit recevoir les informations issues des caméras, interpréter une scène et transformer son analyse en action. Dans une voiture, il peut par exemple prévoir les mouvements des autres véhicules ou planifier une trajectoire.
Lors de sa grande conférence, Xpeng a aussi présenté une architecture plus vaste, qui comprend un processeur à 40 cœurs et deux unités de traitement neuronal. Le modèle associé pourrait gérer jusqu’à 30 milliards de paramètres opérationnels. Le groupe cherche surtout à réduire les étapes entre la perception et l’action. Le principe ? Plutôt que de faire fonctionner séparément une multitude de petits logiciels, l’objectif est d’utiliser un système plus global, capable de comprendre une scène dans son ensemble.
Les chiffres avancés sont impressionnants, mais la puissance brute ne suffit pas à mesurer les performances réelles d’une intelligence artificielle. La qualité des données, l’efficacité des modèles et la fiabilité des décisions prises resteront au moins aussi importantes.
L’IA doit également agir directement sur le comportement physique des machines. Xpeng présente le contrôle des mouvements comme le point central de son écosystème, celui qui détermine avec quelle précision et quelle fluidité une voiture, un robot ou un aéronef va se déplacer. Dans l’automobile, le groupe affirme avoir obtenu plusieurs améliorations grâce à ses logiciels : une hausse de 20 % de l’adhérence maximale en virage, une réduction de 20 % du sous-virage, une vitesse d’évitement d’obstacles successifs supérieure de 5 % et une distance de freinage à 100 km/h diminuée de 3 %.
Attention, ces résultats sont des chiffres communiqués par Xpeng, sans protocole d’essai détaillé. Mais ils illustrent néanmoins l’influence croissante du logiciel sur des fonctions autrefois essentiellement mécaniques. La répartition du couple, les freins et les différents actionneurs peuvent désormais être coordonnés en temps réel. Les mêmes principes servent à stabiliser un aéronef ou à maintenir un robot debout lorsqu’il marche sur une surface irrégulière. Cette évolution ouvre aussi de nouvelles questions. À mesure que les mouvements dépendent du logiciel, la cybersécurité et la fiabilité des mises à jour deviennent aussi importantes que la solidité des composants mécaniques.
L’intelligence artificielle occupe une place de choix dans la communication de Xpeng, mais elle ne peut rien faire sans une source d’énergie suffisamment performante.
Le groupe poursuit donc ses investissements dans les batteries, les moteurs et l’électronique de puissance. Du côté des batteries, l’objectif est de stocker toujours plus d’énergie dans un volume et un poids réduits. La marque précise qu’elle travaille sur des packs compatibles avec des taux de charge compris entre 3C et 5C. Ces technologies doivent permettre d’augmenter fortement la puissance de recharge, et donc de limiter la durée d’immobilisation des différentes machines.
Les groupes motopropulseurs électriques afficheraient pour leur part un rendement supérieur à 93 %. Autrement dit, plus de 93 % de l’énergie électrique reçue par le système serait effectivement transformée en énergie mécanique.
On apprend à Munich que la robotique bénéficie elle aussi de ces recherches. Xpeng annonce une densité de couple supérieure à 400 Nm par litre pour certaines articulations. L’enjeu est de concevoir des moteurs suffisamment compacts pour être intégrés dans les bras ou les jambes d’un humanoïde, sans sacrifier leur puissance.
Le robot IRON est probablement l’exemple le plus visible de la diversification du groupe. À Munich, Xpeng l’a présenté comme l’une des principales applications de son intelligence artificielle physique, aux côtés de l’automobile et de la mobilité aérienne. L’objectif est de reproduire des mouvements proches de ceux d’un humain. Cela impose de travailler sur l’équilibre, la coordination des membres, la précision des mains et la répartition de la puissance dans chaque articulation.
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La présence du robot dans la feuille de route de Xpeng n’est donc pas qu’un exercice de communication. Le groupe cherche à démontrer que son savoir-faire en moteurs électriques et en IA peut déboucher sur une nouvelle activité industrielle.

La partie la plus spectaculaire de la présentation concerne les travaux menés dans le domaine des véhicules volants. Le projet le plus avancé est le Land Aircraft Carrier, développé par la filiale spécialisée du groupe. Malgré son surnom de voiture volante, il ne s’agit pas d’un véhicule routier capable de déployer ses ailes. Le dispositif associe un grand véhicule terrestre à six roues et un petit aéronef électrique transporté à l’arrière.
Xpeng estime que cette configuration répond aux quatre principales difficultés rencontrées par les aéronefs individuels : leur stockage, leur transport, leur recharge et leur complexité d’utilisation. Le module volant peut être rangé directement dans le véhicule. Une fois arrivé dans une zone adaptée, le conducteur peut le détacher grâce à un mécanisme automatique. Selon les éléments présentés à Munich, le passage entre les configurations routière et aérienne prendrait environ cinq minutes.
Le véhicule terrestre sert également de station de recharge mobile. Grâce à sa chaîne de traction hybride, il pourrait fournir assez d’énergie pour recharger l’aéronef à plusieurs reprises, Xpeng évoquant jusqu’à six vols.

Pour rendre l’appareil accessible, le groupe a fortement simplifié son pilotage. La cabine abandonne les multiples commandes d’un avion traditionnel au profit d’un seul joystick. Des modes automatiques doivent assister le pilote lors des différentes phases de vol. L’appareil bénéficie notamment d’une navigation à basse altitude, d’une détection des obstacles, d’une perception tridimensionnelle et d’une aide à l’atterrissage.
Xpeng affirme qu’une personne habituée aux jeux vidéo ou à la conduite pourrait rapidement comprendre son fonctionnement. Cela ne signifie évidemment pas que l’appareil pourra voler librement sans formation ni autorisation. Les licences, les zones accessibles, les règles de circulation aérienne et les conditions météorologiques resteront définies par les autorités de chaque pays. En Europe, le cadre réglementaire pourrait retarder considérablement l’arrivée de ce type de produit.
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La propulsion repose sur une électronique de puissance en carbure de silicium sous 800 V. Le système de navigation utiliserait plusieurs calculateurs indépendants et pourrait conserver un vol stable même en cas de défaillances multiples, selon Xpeng. Ces promesses devront être validées par des certifications aéronautiques particulièrement exigeantes. Dans ce domaine, une démonstration convaincante ne suffit pas : chaque scénario de panne doit être étudié et documenté.
Désormais, le Land Aircraft Carrier n’est plus présenté comme un simple prototype. Xpeng a dévoilé les contours d’une usine de 120 000 m² consacrée à la production en série de ses modules volants. Dans le cadre d’une première phase, le groupe vise une cadence pouvant atteindre la fabrication d’un appareil toutes les 60 minutes. Un objectif extrêmement élevé par rapport aux volumes habituels de l’aviation légère.
Plus de 200 « camps de vol » doivent également être créés en Chine. Ces sites serviront à former les utilisateurs, à faire essayer les appareils et à encadrer leur utilisation dans des zones sécurisées. Les premiers usages imaginés concernent surtout le tourisme et les loisirs autour des grandes villes. Xpeng évoque aussi les déplacements, les interventions de secours, la surveillance ou l’accès à des zones isolées.
À l’international, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est semblent être deux marchés prioritaires. Les investissements disponibles et des cadres réglementaires potentiellement plus favorables pourraient y accélérer le déploiement.
Xpeng travaille parallèlement sur un aéronef beaucoup plus ambitieux, doté de rotors basculants et d’une chaîne de traction hybride-électrique. Les objectifs affichés dépassent 500 km d’autonomie et 360 km/h. Les rotors doivent permettre un décollage vertical, puis s’incliner afin de passer à un vol horizontal plus rapide et plus efficient. Ce projet se rapproche davantage d’un avion régional que d’un simple appareil de loisir. Sa conception et son homologation seront donc nettement plus complexes.
Aucun calendrier commercial précis n’a été communiqué. Mais sa présence dans la conférence montre que Xpeng ne considère pas la mobilité aérienne comme une activité marginale destinée uniquement à attirer l’attention.
En présentant simultanément des voitures, des puces, des robots et des aéronefs, Xpeng cherche clairement à changer de statut. La marque ne veut plus seulement être comparée à Tesla, BYD ou Volkswagen sur le marché automobile. Son objectif est de devenir une entreprise technologique capable de maîtriser l’énergie, l’IA et le mouvement de plusieurs catégories de machines. Cette diversification peut créer des synergies importantes.
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Voiture autonome : cette loi qui menace les robotaxis de TeslaElle comporte aussi des risques considérables. Concevoir un robot, une voiture autonome et un aéronef certifié réclame des investissements massifs et des compétences très différentes. Une partie des technologies présentées à Munich reste encore au stade de la promesse. Les chiffres annoncés devront être vérifiés dans des produits industrialisés et confrontés à des essais indépendants. Mais le message envoyé par Xpeng est clair : le groupe ne veut pas se contenter de fabriquer des voitures électriques.
Il veut développer le cerveau, les muscles et l’énergie de machines capables de rouler, de marcher et, un jour peut-être, de voler. Rien que ça ! Et pourquoi pas ?
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