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Les groupes électrogènes sont légion sur les festivals, chantiers et la plupart des évènements en plein air. Coûteux à l’usage, bruyants, polluants et parfois malodorants, ces générateurs diesel ont de nombreux inconvénients. Une des alternatives consiste à utiliser des batteries transportables. Parmi les solutions disponibles, celle de PESS Energy, une entreprise française qui fabrique un imposant système de stockage mobile de 600 kWh à partir de batteries de seconde vie issues de l’industrie automobile.
Malgré la concurrence écrasante de la Chine dans le domaine du stockage d’énergie, quelques rares entreprises françaises parviennent à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de la start-up marseillaise PESS Energy, qui propose une gamme de batteries mobiles destinées à remplacer les groupes électrogènes pour l’évènementiel, l’industrie audiovisuelle et les chantiers. Elle assemble ses produits dans une petite usine située au cœur de la cité phocéenne, de la « Bobine », une petite batterie sur roulettes de 5 kilowattheures (kWh), jusqu’au « Bulk », un conteneur de 10 pieds déployant 600 kWh.
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Recyclage des batteries : notre visite au cœur d’une usine françaiseLe Bulk est un véritable mastodonte du stockage : long de 3 m, large de 2,5 m et haut de 2,6 m, il pèse 7 tonnes. Évidemment, pas de roulettes sur ce modèle : il fait le voyage en camion-grue jusqu’à l’évènement qu’il doit alimenter en électricité : festival, concert, cérémonie ou chantier, entre autres. L’engin dispose d’une puissance de 160 kW en recharge comme en décharge, mono et triphasé, et peut être piloté à distance.
Ses 600 kWh de capacité de stockage utile (sur 656 kWh nominaux) fournissent, par exemple, 24 h d’autonomie complète à une puissance de 25 kW et environ 4 h à puissance maximale. PESS Energy l’a récemment déployé sur le Street Food Festival de Marseille, où il aurait permis d’éviter l’utilisation de 600 litres de gazole en se substituant aux groupes électrogènes, selon la start-up.
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Fiche technique du PESS Energy Bulk 160 kW | |
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Puissance nominale continue |
160 kW |
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Capacité |
656 kWh (600 kWh utilisables) |
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Entrées |
P17 – 32 A (22 kW) P17 – 63 A (43 kW) P17 – 125 A (86 kW) Powerlock 600 A (160 kW) |
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Sorties et protections |
Powerlock 600 A (160 kW) (diff 0-5 A – disjoncteur 250 A) P17 125 A tri (diff 0-5 A – disjoncteur 125 A) Connexion pour piquet de terre |
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Temps de recharge (en triphasé) |
32 A (22 kW) = 30 h 63 A (43 kW) = 15 h 125 A (86 kW) = 7,5 h Powerlock 600 A (160 kW) = 4 h |
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Durée de vie batterie |
2000 cycles (de 8 à 10 ans) |
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Dimensions |
Conteneur 10’ (3 x 2,50 x 2,60 m) |
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Poids |
< 7 tonnes |
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Système de refroidissement et de chauffage |
Climatisation réversible 2 x 3000 W |
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Protection |
Résistant à la pluie et à la poussière |
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Bruit |
< 20 dB |
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Certification CE |
Directive BT (2014/35/UE) et CEM (2014/30/UE) Certification batteries de seconde vie (2023/1542/UE) |
Trois soirs de suite, le Bulk a alimenté la moitié des 42 food trucks, qui étaient « trop éloignés du point de distribution », explique Rémi Pillot, le fondateur de PESS Energy. L’unique coffret forain de 30 kW mis à disposition par la ville n’était pas assez puissant pour satisfaire l’appétit énergétique de ces camions, équipés de grosses friteuses. La méga batterie a donc tenu le rôle de tampon. « On a rechargé à 30 kW sur le coffret 24h/24, et de 17 h à minuit, pendant le festival, on a délivré beaucoup plus pour ne pas surcharger le réseau. On n’a pas eu à se soucier du niveau de charge de la batterie », détaille l’ingénieur.
Outre le « peak shading », la batterie aurait assuré l’alimentation des food trucks en toute autonomie lors de coupures du réseau. « Ils ont fait sauter les plombs à trois reprises, mais ceux qu’on alimentait n’ont rien vu car nous avons un mode onduleur UPS, tout continuait à être alimenté malgré la chute du réseau », assure Rémi Pillot.


Au terme du festival, 1200 kWh d’électricité ont été consommés, représentant une économie de 1400 € de carburant et 1600 kg de CO₂, d’après le dirigeant. Sur les 160 kW de puissance maximale du Bulk, seuls 80 kW en pic ont été mobilisés, pour une puissance moyenne de 60 kW. C’est nettement plus que la capacité du coffret de distribution forain, qui n’aurait pas pu alimenter seul un festival avec autant de consommateurs.
Pour l’organisateur qui a loué le Bulk, l’opération paraît intéressante malgré un tarif quasiment identique à une solution avec des groupes électrogènes. « À chaque devis, PESS étudie et se positionne de façon à coûter, dans le pire des cas, autant que des groupes électrogènes », promet Rémi Pillot, qui refuse de communiquer un montant. Pas d’économie systématique sur le plan financier, donc, mais un gain en confort pour les usagers de l’évènement. « Pour un festival de nourriture, ne pas avoir d’odeurs c’est important ».
Le Street Food Festival de Marseille est le troisième évènement sur lequel le Bulk a été positionné jusqu’ici. L’engin a alimenté un autre festival du même genre à Aix-en-Provence ainsi qu’une cérémonie ministérielle « en pleine forêt », dans un lieu totalement dépourvu de connexion au réseau électrique.
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Pour gagner de l’autonomie, il a ajouté un générateur thermique à sa Tesla Model YAu-delà de sa fiche technique plutôt impressionnante, le Bulk se distingue par l’utilisation exclusive de batteries de voitures électriques de seconde vie collectées en Europe. Dans le conteneur, les batteries sont intégrées telles quelles, sans modification. Huit packs « rangés les uns au-dessus des autres, comme des tranches de fromage », image Rémi Pillot.
« C’est du réemploi, à part reprogrammer le BMS (battery management system, ndlr), on ne fait rien d’autre », explique l’ingénieur, qui ne souhaite pas communiquer le modèle de voiture dont sont extraites les batteries. D’après nos estimations, il pourrait toutefois s’agir de véhicules du groupe Volkswagen, de nombreux modèles comme l’ID4, l’ID5, l’Audi Q4, la Cupra Tavascan et la Skoda Enyaq étant équipés de batteries de 82 kWh bruts (82 x 8 = 656 kWh).
Les packs utilisés doivent présenter une certaine homogénéité. Niveau d’usure, tensions, chimie : tout ne peut pas être mélangé, car « c’est la plus mauvaise cellule qui détermine la capacité pack ». L’enjeu est donc de trouver des lots adaptés à la fabrication du Bulk, ce qui n’est pas toujours facile d’après le dirigeant. Il travaille d’ailleurs à la création d’un « hub » pour valoriser les batteries de seconde vie. « On a besoin de plusieurs acteurs qui chacun auront une mission : démontage, test, certification, et un agrégateur qui va faire du stock ».
Actuellement, s’approvisionner en batteries de seconde vie relève parfois du parcours du combattant, les sources étant très variées.


« Il y a trois types de gisements de batteries d’occasion », nous explique Rémi Pillot, le fondateur de PESS Energy. D’abord, les batteries neuves déclassées par les constructeurs automobiles avant même d’avoir été installées sur un véhicule. Il peut s’agir d’un simple défaut esthétique, mais les motifs sont parfois surprenants. « On a eu le cas d’un constructeur qui a fait fabriquer 100 packs, mais a changé le design du châssis entretemps », détaille l’ingénieur. Les batteries ne pouvant plus être logées dans les voitures, elles ont été évincées. « Mais ces modèles sont assez chers, ils ne se vendent pas au prix de la seconde vie ».
Ensuite, il y a les batteries issues de véhicules accidentés. La start-up a notamment récupéré un pack quasiment neuf extrait d’une voiture ayant seulement 34 km au compteur, mise à la casse après un choc contre un arbre. « Il y a quelques années, les casses auto ne savaient pas quoi faire des packs. Maintenant, certaines en proposent directement à la vente ».
Enfin, le dernier gisement est celui de la batterie réellement usagée, après avoir passé toute sa vie à propulser un véhicule. « C’est la vraie seconde vie », explique Rémi Pillot. Sur ce genre de pack, « on ne connaît pas la qualité, si l’automobiliste conduisait comme un fou, s’il a fait beaucoup de recharges rapides, si la voiture vient d’un pays froid, quel genre de chocs elle a pris. C’est un peu le poker ».
Globalement, l’état de santé (SOH) des batteries utilisées dans le Bulk serait très bon : « entre 100 % et 92 % de SOH pour la plus basse ». C’est assez exceptionnel pour des packs de seconde vie, certains véhicules électriques d’occasion tout à fait fonctionnels étant vendus avec des SOH bien inférieurs.
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Recyclage ou seconde vie : quelle est la meilleure option pour les vieilles batteries électriques ?L’utilisation de batteries de seconde vie réduit légèrement le coût d’approvisionnement, de l’ordre de 25 %, mais ne permet pas de casser littéralement le prix du Bulk. « Quand j’achète un pack batterie d’occasion, il est beaucoup moins cher que le neuf, mais il n’est pas certain qu’il soit bon, je vais peut-être en jeter un sur quatre », précise-t-il. Par ailleurs, le tarif des systèmes de stockage par batteries chinois est si bas qu’il est de plus en plus difficile à concurrencer. « Je ne suis pas encore certain que le produit fini neuf avec batterie de seconde vie soit si peu moins cher qu’un équivalent neuf », admet Rémi Pillot.
« Nous, Européens, on est dépassés de base parce qu’on fabrique chez nous », affirme-t-il, en vantant les avantages du made in Europe : « côté fabrication, on garantit un certain niveau de qualité, de suivi, de mise en œuvre et un SAV que certains Asiatiques ne proposent pas ». L’autre argument, et pas des moindres, est l’aspect environnemental. « Côté impact carbone, on économise 75 à 80 % de CO₂ par rapport à une batterie neuve, c’est important pour des clients qui vont être sensibles aux réglementations, aux subventions de l’Ademe et aux impératifs écologiques ».
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Voitures électriques d’occasion : arrêtez de vous inquiéter pour l’état de leur batterieOutre la location, le Bulk est aussi proposé à la vente, à un tarif non dévoilé. « C’est du sur mesure. On fait le cahier des charges avec le client, c’est très spécifique », détaille Rémi Pillot. PESS Energy travaille également à une seconde version bien plus puissante du Bulk, puisque la batterie pourra délivrer 400 kW.
De quoi satisfaire davantage de clients potentiels et mieux se positionner, notamment face à une concurrence toute autre que les batteries chinoises : le réseau public. Enedis multiplie en effet les points de connexion au réseau, notamment en milieu urbain, afin d’alimenter directement les évènements et d’éviter l’utilisation de groupes électrogènes. Soit la même mission que s’est donnée PESS Energy.
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