Voiture électrique branchée

Championne d’Europe du train électrique, La France peine à reproduire cette belle performance dans le domaine du véhicule électrique. La hausse des ventes de VE l’an dernier masque en réalité un environnement de moins en moins favorable à la révolution électrique. Explications.

I. La fiscalité : un levier d’action majeur pour changer d’époque

Au lendemain d’une débâcle électorale marquée par un taux d’abstention record, on a beaucoup entendu, à juste titre, que si changement il devait y avoir, c’est d’abord et surtout par le bas qu’il aurait désormais lieu étant donné l’incapacité des décideurs au pouvoir à concilier les impératifs du très court terme avec les enjeux, non moins importants, du long terme. Le véhicule électrique n’échappe pas à ce constat. En refusant viscéralement d’augmenter la fiscalité sur le carburant préféré des français, l’Etat est en train de priver la France d’un domaine d’excellence pourtant promis à un bel avenir : le véhicule électrique.

Certains diront que la France compte pourtant parmi les pays les plus généreux en matière d’aide à l’achat de VE. C’est vrai. Le hic, c’est qu’elle compte aussi parmi les pays les plus archaïques en matière de fiscalité écologique et ce malgré les multiples avertissements adressés par l’union européenne depuis des années, notamment eu égard à la fiscalité en vigueur sur le gazole.

II. Merci Renault !

Grâce à l’offre de location de batterie et à un très généreux bonus gouvernemental en faveur des VE, la Renault ZOE a une caractéristique très intéressante comparativement à ses concurrentes : bonus déduit, elle s’affiche sensiblement au même prix qu’une Clio IV, son homologue à pétrole (= une voiture de 4 mètres de long, 4 portes, 5 places classée dans la catégorie des citadines polyvalentes).

De fait, la ZOE constitue une base de calcul très intéressante pour les consommateurs souhaitant effectuer des comparaisons en terme de coût à l’usage. Des comparatifs beaucoup plus difficiles à faire avec les autres véhicules électriques disponibles à ce jour sur le marché étant donné leur spécificité et/ou leur prix comparativement aux versions à pétrole.

Pour en revenir à ZOE, en prenant comme référence l’offre de location de batterie à 79€ TTC/mois, la plus diffusée à ce jour, que constate t-on lorsque l’on fait un comparatif rapide avec une clio IV essence ou diesel sur une base d’environ 1000 km/mois ?

(Prix en € TTC)ZOEClio IV 0.9 TCe 90Clio 1.5 dCi 90
Part fixe (loc batt.)79 €
Part variable* (énergie)Electricité : 13c€ TTC/kWhSP95-E10 : 1,50€/L

Gazole : 1,30€/L

20 €85 €60 €
TOTAL99 €85 €60 €

* tarifs au 01.04.2014

A la lecture de ce tableau, certains feront immédiatement remarquer que les coûts annexes (entretien, carte grise, réparation…) n’apparaissent nulle part ce qui fausse complètement le comparatif. C’est tout à fait exact. Mais ce tableau reflète pourtant la réalité perçue par un très grand nombre d’automobilistes lorsqu’il s’agit d’évaluer le coût d’usage approximatif d’un véhicule.

En limitant volontairement le raisonnement au coût en carburant donc, que constate-t-on immédiatement ?

ZOE se positionne comme l’alternative la plus chère tout en restant relativement proche du coût d’usage d’une Clio essence. En incluant le petit entretien (vidange, courroie, filtres…) l’écart se resserre encore au profit de la ZOE bien qu’elle offre un agrément de conduite très supérieur. D’un strict point de vue financier, la ZOE se positionne donc comme une alternative tout à fait crédible face à la version essence.

Là où ça devient nettement plus compliqué en revanche, c’est face à la version diesel. Même dans le cas d’un usage non professionnel, une Clio dCi cumule deux avantages : un rendement moteur supérieur à celui de la version à essence, couplé à un carburant 30 % moins taxé à contenu énergétique identique. Soit au final, un coût kilométrique en carburant 30 % inférieur à la version essence. Une inégalité de traitement qui fait hurler les bons énergéticiens depuis de nombreuses années et face à laquelle, les gouvernements successifs ont toujours brillé par leur immobilisme et leur refus à agir. Une situation qui a toutes les chances de perdurer quelques années encore si l’on en croit la position de la « nouvelle » ministre de l’écologie et de l’énergie sur le sujet. Un comble étant donné le montant des aides publiques injectées à la faveur du véhicule électrique par la ministre en question du temps où elle était présidente de la région Poitou-charente…

Autre avantage majeur de la version diesel : sa très grande disponibilité sur le marché de l’occasion. Ce succès de la Clio IV, notamment en version 1.5 dCi, montre bien que ce type de voiture répond bien aux attentes d’une majorité d’automobilistes. Pourtant, pour rouler en milieu urbain à 90 km/h maximum sur des distances dépassant rarement 60 kilomètres au quotidien, ZOE se positionne comme une alternative beaucoup plus pertinente au plan énergétique et environnemental.

III. Quelles perspectives à court terme ?

Vous l’aurez compris, une fois n’est pas coutume, la conclusion de ce billet est la suivante : tant que le gazole continuera de bénéficier de niches fiscales comme c’est encore le cas à ce jour, le véhicule électrique est condamné à faire de la figuration sur le marché français.

C’est d’autant plus regrettable que la France fait indiscutablement partie de ces pays où le véhicule électrique constitue une alternative très pertinente par rapport à l’auto à pétrole pour de multiples raisons. Espérons que notre nouvelle ministre finisse à son tour par s’en rendre compte avant d’en tirer très vite les conclusions qui s’imposent…