Tracteurs, moissonneuses… l’électrique commence aussi à gagner nos champs

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Le tracteur électrique français de Seederal
Le tracteur électrique français de Seederal

On parle de plus en plus de camions et autobus électriques, mais bien trop rarement de la conversion des tracteurs et autres machines agricoles. Et pourtant la fée Électricité passe aussi par les champs et les serres, timidement, oui, mais avec tout de même une progression certaine en 2026. Je vous ai trouvé quelques exemples intéressants, voire étonnants, construits parfois en Europe, et même en France.

Fermer le robinet au gazole non routier

Au fil du temps, l’image du paysan qui « entretient le pays » a disparu devant des exploitants qui sont devenus avant tout des chefs d’entreprises. Remembrements, rendements, quotas, PAC (pompe à chaleur, pile à combustible, politique agricole commune), machinisme, diversification… : plein de mots qui, en les alignant, expliquent que, pour perdurer, les agriculteurs et éleveurs sont poussés dans une véritable fuite en avant qui a réduit la proximité à la terre et à l’animal. Il faut toujours aller plus vite et produire davantage pour tenir. Les outils ont depuis longtemps cédé la place à des machines agricoles qui peuvent être carrément monstrueuses aujourd’hui. Pour beaucoup d’exploitants, l’amour de la terre n’existe plus depuis longtemps, alors pourquoi se soucier de l’énergie et autres fluides qui gouttent sur le sol dans les champs et sous les serres ? Sont-ils pires que certains produits pulvérisés sur les fruits et légumes ?

Il reste pourtant des hommes et des femmes qui sont prêts à pratiquer autrement. La majorité se classe dans deux catégories principales et parfois même dans les deux en même temps. La première accueille ceux qui cherchent à diversifier leurs sources de revenus. Une voie toute tracée est celle de la production d’énergie. C’est par exemple du gaz grâce à la méthanisation des déchets agricoles complétés avec d’autres sources (industrie agroalimentaire, restauration, boues des stations d’épuration…), avec parfois de la cogénération pour fournir de la chaleur ou de l’électricité. Cette électricité peut aussi être produite par des centrales solaires installées sur des surfaces perdues ou au contraire sur des parcelles toujours exploitées. Dans ce deuxième cas, on parle d’agrivoltaïsme, avec pour bénéfice de fournir une protection (soleil, froid, grêle) pour les cultures et le bétail.

L’autre catégorie principale réunit tous ces maraîchers en bio ou en naturel qui recherchent avant tout à produire des légumes et fruits sains tout en favorisant souvent la vente de proximité sur place, sur les marchés, et dans les commerces locaux. Pour ces deux catégories, employer une énergie plus propre que le GNR (gazole non routier) est dans l’air ou déjà d’actualité.

Retards à l’allumage sur le gaz de méthanisation

De façon naturelle, le machinisme agricole gagnerait donc à fonctionner avec les énergies produites sur place. Malgré tout le poids de GRDF et de NaTran (anciennement GRTgaz), les tracteurs fonctionnant au gaz de méthanisation n’explosent pas en diversité de modèles ni en nombre dans les champs européens et français. Ici, le constructeur qui a bien voulu s’y mettre, c’est New Holland avec ses T6 et T7 Methane Power. En France, le CRMT basé dans la région lyonnaise est prêt à rétrofiter au GNV d’anciens tracteurs diesels. Nous n’en sommes encore qu’à des balbutiements qui s’éternisent, et seulement sur de relativement gros modèles. On est donc très loin de voir cette énergie alimenter des petits modèles très spécialisés comme ceux utilisés dans les vergers, les vignes, sous les serres et pour le maraîchage dans de petites structures.

Première moiss’batt « Think in France »

Encore tout timide, le machinisme agricole électrique est pourtant déjà un peu mieux placé. Et surtout ses possibilités d’exploitation sont beaucoup plus larges, débutant déjà avec les débrouilleuses et tronçonneuses, pour aller à l’autre bout du champ jusqu’à des tracteurs relativement gros et même une première moissonneuse-batteuse que cherche à développer l’entreprise iséroise Terafield créée il y a 2 ans.

Pour l’instant, le concept n’existe que sur le site Internet dédié, avec des caractéristiques très intéressantes. Avec une motorisation de 250 kW (340 ch), la batterie serait dimensionnée pour une récolte sur 30 hectares par charge. Cette moiss’batt serait dotée de la recharge bidirectionnelle jusqu’à une puissance de 1 MW en entrée (standard MCS) permettant au besoin de devenir une centrale d’énergie. Imaginons par exemple une coupure d’électricité suite à un orage : cette machine pourrait certainement alimenter en énergie les systèmes de la salle de traite. Elle serait même compatible V2G, et dotée de capacités de conduite autonome.

En mettant en avant l’indépendance énergétique et la souveraineté alimentaire de notre pays, Terafield avance une possible baisse du TCO de 16 % à 5 ans. Pas de démonstrateur à ce jour : la route s’annonce donc encore assez longue avant de voir dans les champs des moissonneuses-batteuses Terafield. L’absence de communication régulière laisse même planer un doute sur l’activité de l’entreprise. Nous aimerions toutefois beaucoup qu’elle puisse aller jusqu’à la commercialisation avec des groupements agricoles prêts à la soutenir et à investir.

Les tracteurs électriques des grandes marques

Ca bouge bien davantage du côté des tracteurs pour lesquels de grandes marques comme New Holland, Fendt et John Deere ont déjà présenté des modèles qu’on ne trouve cependant pas encore (beaucoup) dans les champs. En novembre 2023, au salon Agrotechnica de Hanovre (Allemagne), New Holland a reçu une médaille d’argent pour son tracteur T4 Electric Power dont le moteur est capable de développer une puissance maximale en pic de 88 kW et 55 kW en continu (120/75 ch) et un couple de 440 Nm pour des activités peu exigeantes en puissance, dont le maraîchage, les travaux dans les vergers, les opérations de manutention… et aussi l’entretien des espaces verts pour les collectivités. Presque trois ans après, ce modèle ne figure hélas pas au catalogue du constructeur.

En concurrent direct, le e100 Vario de chez Fendt semble plus accessible avec déjà une brochure qui le présente longuement. Permettant une utilisation d’environ 5 heures par charge, sa batterie de 100 kWh alimente un moteur capable de fournir un couple de 347 Nm pour une puissance continue variable selon le mode choisi (50, 55 ou 66 kW / 68, 75 ou 90 ch). Pour la recharge, c’est, au choix, jusqu’à 22 kW sur des bornes AC ou 80 kW sur des chargeurs DC. On parlait déjà de lui sur Automobile Propre en 2017.

En 2025, c’est John Derre qui a dévoilé au salon Agrotechnica son prototype E-Power conçu pour les mêmes travaux que les deux précédents. Il s’en distingue par la possibilité de choisir entre 3 et 5 batteries (capacité énergétique non précisée), selon les besoins et le budget. Cette modularité offerte par le châssis développé spécifiquement pour l’électrique permet d’envisager une autonomie jusqu’à 10 heures sur une charge, en fonction de l’activité. En 30 à 45 minutes, il serait possible de retrouver 80 % d’énergie. C’est beaucoup mieux que le Sesam de 2016. Selon les propos recueillis par le média PowerBoost qui s’adresse aux agriculteurs, plusieurs exemplaires auraient été testés aux États-Unis avant d’arriver en Europe, où une préproduction avait alors été envisagée pour 2027. Travailler avec ces tracteurs peut également avoir un impact très positif pour le bétail à proximité.

Quelques grosses et petites machines françaises

S’il y a bien une entreprise française qui ne craint pas New Holland, Fendt et John Deere sur le terrain des tracteurs agricoles électriques, c’est la bretonne Seederal qui est partie d’une feuille blanche pour son modèle plus imposant, déjà à l’état d’un démonstrateur proche de la version commercialisable. Rechargeable en deux heures, la batterie permettrait d’assurer le travail sur une journée de 8 à 12 heures. Cette machine pourrait ainsi tracter une tonne à lisier sur 300 km. La batterie alimente un moteur développant une puissance de 118 kW (160 ch) pour travailler le sol plus en profondeur. Comme la moissonneuse-batteuse de Terafield, ce tracteur serait doté de la recharge bidirectionnelle fournissant aux exploitants agricoles les fonctionnalités V2L et V2G.

Toujours en Bretagne, Romanesco (c’est chou !) commercialise déjà deux machines électriques « pour une agriculture durable et intelligente ». La première est un enjambeur à trois roues motrices dont le toit est couvert de panneaux solaires. Une fois sur place, les travaux de désherbage, binage, sarclage, plantage, repiquage ou récolte s’effectuent en position assise (sièges à ras du sol) ou en étant allongé sur le ventre. Selon l’activité, jusqu’à six personnes peuvent prendre place sur cet engin. Forme et hauteur ont été étudiées pour travailler sous les serres et passer au plus près des arceaux. Grâce à un boîtier, la vitesse d’évolution peut se régler en temps réel. L’architecture permet de tourner sur place. Pour faciliter l’usage, tous les accessoires se montent et se démontent sans outil. L’engin est même doté d’un treuil capable de soulever une charge de 250 kg. Plus étonnant encore, cette machine a déjà fait son petit sous la forme d’une moto électrique à plateforme en side-car baptisée Broco’lit (c’est encore plus chou !). Également commercialisé, ce format permet de diviser le prix d’achat par 2 ou 3.

Du très électrique en agriculture

Si l’on ajoute à tout cela le projet de l’ancien dirigeant de Volkswagen, Herbert Diess, de livrer dès l’année prochaine ses propres tracteurs électriques produits à travers sa société Diess E-Agrartechnik, ainsi que les machines Zilus, Alpo et Volcam de Sabi-Agri (Saint-Beauzire, 63), et tous les autres acteurs dont nous n’avons pas parlé, on peut dire qu’il se passe déjà quelque chose de très électrique dans les champs et sous les serres.

Chaque nouveau projet, chaque nouveau démonstrateur, chaque nouvelle machine qui passe au stade de la commercialisation va rendre toujours plus crédible l’électrique dans le monde agricole. En association avec de la production solaire sur place, les gains à tous les niveaux sont évidents !

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GreenDriveil y a une heure

Excellent idée de se pencher sur ce sujet.
Les agriculteurs sont aussi très touchés par le dérèglement climatique. Il est donc temps qu’ils participent à la réduction des émissions de CO2.
Qui plus est, généralement ils disposent de belles superficie de toiture, donc photovoltaïque + machines électriques sont compatibles et bénéfiques tant pour le TCO que pour l’environnement et le changement climatique.
Il ne serait pas cohérent que des victimes autant exposés au climat n’aient pas de conscience environnementale, leur revenus sont tires de la terre….😉

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