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En mai 2026, le ministre chargé des Transports de France, Philippe Tabarot, avait annoncé l’arrivée au 1er octobre d’une prime jusqu’à 5 500 euros pour aider les taxis à abandonner le thermique au profit de l’électrique. Avancée d’un mois, la fenêtre a également été allongée. On peut s’étonner de devoir en passer par un tel coup de pouce pour ces professionnels, mais l’aide proposée par le gouvernement devrait avoir un impact bien plus large sur la mobilité des citoyens.
Bien des chauffeurs de taxi n’ont pas attendu 2026 et la prime gouvernementale pour passer à l’électrique. Les lecteurs d’Automobile Propre l’ont d’ailleurs constaté depuis plus de dix ans.
Une rapide recherche, et l’on trouve, parmi d’autres, des témoignages intéressants avec déjà une belle diversité de modèles :
On trouverait autant et peut-être même davantage de témoignages dans le même sens en effectuant une recherche pour les VTC. Mais cette aide gouvernementale ne les concerne pas.
Que retenir de la plupart de ces exemples ? Que ces chauffeurs qui accumulent les kilomètres ont très bien su faire leurs calculs, démontrant que les gains sont potentiellement énormes à passer à l’électrique, portant sur le carburant comme sur l’entretien. Dès lors, on ne comprend pas pourquoi ils ne sont pas plus nombreux en 2026 alors que certains de leurs collègues montrent la voie à suivre depuis plus de cinq et même dix ans.
C’est donc bien que les chauffeurs de taxi et VTC sont un peu comme tous les autres automobilistes :
En France, selon les chiffres communiqués par le gouvernement, il y a environ 60 000 taxis. Lors de l’annonce de la prime, le 21 mai 2026, dans le cadre de la conférence de presse sur l’impact en France de la guerre en Iran, Philippe Tabarot avait chiffré à 4 % la part d’électriques dans les taxis des zones rurales. Les courses y sont certainement souvent plus longues, mais c’est aussi ici que les chauffeurs devraient rencontrer moins de problèmes pour brancher leur véhicule électrique professionnel.
Comment le gouvernement justifie-t-il la mise en place de cette nouvelle prime ? D’abord de façon économique pour les chauffeurs qui, comme les automobilistes, ont pris de plein fouet l’augmentation des prix des carburants à la suite de la guerre en Iran. En passant à l’électrique, ces professionnels pourront « réduire leur facture de carburant et d’entretien ».
Mais trois autres effets bénéfiques sont annoncés dans le communiqué de presse du 12 août 2026 :
Ces trois points étaient déjà visés avec les quotas fixés dans le décret 2021-1600 du 9 décembre 2021. Trouvant son origine dans la loi d’orientation des mobilités (LOM), le texte concerne uniquement les plateformes et centrales de réservation comptant au moins 100 conducteurs. Pour elles, le taux minimum d’incorporation de véhicules à faibles émissions (émettant moins de 50 g/CO2 km) était de 10 % en 2024. Pour 2027 et 2029, le taux sera respectivement relevé à 20 et 35 %.
Si des chauffeurs de taxi qui ne sont pas encore passés à l’électrique nous lisent, qu’ils n’hésitent pas à nous dire quels sont les freins réels qui les retiennent encore. Sans doute le premier est-il, comme pour de nombreux automobilistes, l’impossibilité de recharger chez soi. Ce qui les oblige à passer par des bornes extérieures coûteuses pas toujours très proches et à modifier de façon dissuasive leurs habitudes. Il existe bien sûr des moyens pour payer moins, supposant de prendre des abonnements pour des réseaux qui ne seront pas les plus judicieux ou intéressants partout en France. C’est d’ailleurs peut-être sur ce point précis que le gouvernement aurait pu apporter un allègement de la peine, en offrant un accès à la recharge à un tarif proche des taxis qui sont branchés à l’entreprise ou au domicile des chauffeurs.
La fenêtre pour bénéficier de la prime pour les taxis (personnes physiques et personnes morales) est de quatre mois à compter du 1er septembre 2026. C’est davantage que les trois mois avec un démarrage au 1er octobre annoncés en mai dernier. Par rapport à la prime CEE des automobilistes, le prix maximal d’éligibilité a été relevé à 65 000 euros, le véhicule ne devant pas peser à vide plus de 2 400 kg. A condition de choisir un modèle électrique « assemblé au sein de l’espace économique européen », le montant minimal de l’aide tournerait autour de 3 500 euros, et grimperait dans les 5 500 euros si en plus la batterie est « fabriquée dans l’un de ses pays ». Ces chiffres sont susceptibles de bouger à la hausse ou à la baisse en fonction des cours des certificats d’économie d’énergie (CEE) ainsi que des accords passés entre les énergéticiens « obligés » et les constructeurs automobiles.
Comme avant le lancement du premier leasing social, on ne sait pas si une enveloppe maximale a été prévue. Les chauffeurs de taxi ont-ils réellement quatre mois pour passer leur commande d’achat ou de location d’une voiture électrique, pouvant donc s’y prendre au dernier moment, ou doivent-ils se presser pour être sûrs d’être servis ? Peut-être le saura-t-on début septembre avec l’ouverture du guichet, à moins que le gouvernement se réserve le droit de fixer une barrière seulement en cas de trop nombreuses demandes.
Le gouvernement table-t-il sur un niveau bas ou élevé de dossiers ? Le système qui n’offre qu’un temps réduit de quatre mois pour décider les taxis télescope une réalité de terrain : le temps d’amortissement comptable des véhicules actuellement exploités, potentiellement bloquant. S’ajoute à cela la durée de la location pour ceux qui n’ont pas choisi une pleine acquisition. En écartant en plus les chauffeurs qui ne se sentent pas encore prêts à passer à l’électrique, et ceux qui tiennent à un modèle de VE non éligible, le nombre de demandes naturelles devrait se situer dans une tranche de 1 500 à moins de 5 000, on pourrait même oser moins de 3 500, pour 60 000 taxis en France. Mais il suffirait qu’une grosse compagnie décide de faire table rase des contraintes pour que les chiffres s’envolent plus haut. Pour l’instant, il n’a pas été communiqué de nombre maximal d’aide pour une même entreprise. C’est un autre point de nature à influer sur les chiffres. Par prudence, je ne mettrai pas ma tête sur le billot pour un volume, mais je vais attendre avec impatience la clôture de l’opération en fin d’année.
Très tôt, les chauffeurs de taxi et de VTC ont été de bons ambassadeurs de la voiture électrique. Le temps d’une course, les clients pouvaient profiter des différents avantages que sont au moins le silence à bord et une accélération sans à-coups. Si la discussion s’engageait sur le sujet, ils pouvaient aussi être rassurés sur l’autonomie et les possibilités de recharge. Avec la prime à l’achat dédiée, on peut espérer une accélération de l’électrification des taxis. Tous n’en profiteront pas, notamment ceux souhaitant des voitures électriques fabriquées ailleurs qu’en Europe, mais la mesure devrait avoir un effet global qui dépasse son cadre. Dans ces conditions, davantage de clients seront mis en contact avec de vraies VE, et pas seulement avec des hybrides et hybrides rechargeables non rechargées.
Mieux même, si cette opération tourne au succès, ce sont les voitures électriques assemblées en Europe qui vont davantage profiter d’une mise en avant. Le public touché dépassera d’ailleurs le cadre des personnes transportées : si de plus en plus de piétons et autres usagers de la route croisent en nombre des taxis électriques construits en France et en Allemagne, les plus représentés devraient en retirer une, au moins apparente, bonne réputation.
Il faut juste espérer que les chauffeurs jouent bien le jeu, et ne s’abandonnent pas à des avis négatifs du style : « J’ai pris cette voiture électrique parce que je n’avais pas vraiment le choix » ; « C’est pas simple de faire de longues distances avec ce VE », etc. Finissons malgré tout sur notre habituelle note positive en misant sur la prise de conscience des professionnels de la route qui sont aussi pour beaucoup des parents responsables.
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