La suite de votre contenu après cette annonce

Un récent rapport montre à quel point Tesla met ses salariés sous pression dans le cadre du « Projet Rodeo », une équipe formée pour repousser les limites du logiciel Full Self-Driving (FSD). De manière anonyme, ils ont récemment décrit leur quotidien. Il semble que plus la situation est effrayante, mieux c’est.
Depuis quelques mois, Tesla a décidé de mettre le paquet sur les technologies de conduite autonome. Il y a deux projets distincts : le développement de nouveaux concepts sans volant ni pédales et la mise au point d’un logiciel capable de piloter de manière totalement autonome les véhicules existants de la marque. Pour repousser les limites du FSD, la marque américaine a lancé le « Projet Rodeo ».
Une équipe dont le rôle est de tester les logiciels de l’entreprise. Mais ce n’est pas sans risque. De récents témoignages obtenus par nos confrères de Business Insider montrent à quel point le quotidien de ces pilotes d’essai est stressant. En tout, 9 conducteurs et 3 ingénieurs ont été interrogés. « Vous êtes sous l’emprise de l’adrénaline pendant toute la durée de votre service de 8 heures », raconte un testeur.
À lire aussi
Tesla teste secrètement un service de taxis autonomes depuis plusieurs moisLe « Projet Rodeo » est un groupe composé de plusieurs équipes. Il y a par exemple celle baptisée « manuel d’or », dont le rôle est de conduire selon les règles de l’art et de suivre le code de la route. À l’opposé, on a l’équipe « intervention critique ». Les testeurs sont chargés de laisser le logiciel gérer tous les aspects de la conduite. Ils ne s’impliquent que pour éviter une collision.
Si Tesla leur impose ce stress, c’est parce que cela donne au logiciel le temps de réagir et de prendre la bonne ou la mauvaise décision. Plus les données collectées sont nombreuses, en particulier dans des scénarios réels, plus il est facile pour les ingénieurs d’ajuster et de mettre à jour le logiciel. Mais le résultat est effrayant. Cela signifie que les voitures sont autorisées à faire des erreurs en mode autonome.
Des testeurs racontent avoir vécu des situations fâcheuses comme des feux rouges grillés, des lignes blanches franchies, des limites de vitesse dépassées, des arrêts non respectés aux panneaux « stop »… Tout cela sur les routes publiques. « Nous avons besoin d’un maximum de données pour savoir ce qui a conduit la voiture à prendre telle ou telle décision », précise un ancien ingénieur de l’Autopilot.
Pour diverses raisons, notamment pour conserver leur emploi, les conducteurs du Projet Rodeo se sont donc sentis obligés de maintenir des situations de conduite à risque, voire des les créer pour repousser les limites du logiciel. Un ancien conducteur d’essai a déclaré que si on ne lui avait jamais demandé d’enfreindre délibérément la loi pour collecter des données, on lui avait fortement sous-entendu.
« Je me souviens très bien de ce type qui a sauté de son vélo. Il était terrifié. La voiture s’est jetée sur lui et tout ce que j’ai pu faire, c’est freiner », a-t-il déclaré. Il se souvient que son superviseur l’avait félicité pour cette situation, lui disant que cela correspond exactement à ce qu’il faut faire. « J’ai eu l’impression que l’objectif était presque de simuler un accident de type et de l’éviter à la dernière seconde ».
De quoi rendre le quotidien des testeurs vraiment stressant. La plupart des personnes qui témoignent ont d’ailleurs décidé de quitter l’entreprise. Mais Tesla est-il le seul à mener ce genre de tests grandeur nature ? De son côté, Waymo assure mener des tests rigoureux « dans des environnements contrôlés » et estiment que son système autonome est « fondamentalement différent » de celui de Tesla.
Pour faire simple, Waymo et les autres misent sur des capteurs LiDAR. Tesla fait de la résistance et préfère équiper ses modèles de nombreuses caméras pour leur « donner la vue ». Pour justifier les tests sur les routes publiques, un ancien ingénieur précise que « si le papa tient le vélo tout le temps, l’enfant n’apprend jamais. C’est la même chose pour les voitures autonomes ».
Cela donne une petite idée de la philosophie en interne. Et ce n’est franchement pas rassurant. Mieux vaut ne jamais croiser les équipes du Projet Rodeo. En fin de compte, on comprend que les données sont reines. Sous la pression d’Elon Musk et des actionnaires, Tesla cherche à aller vite et à rattraper son retard sur le sujet de la conduite autonome. Mais à quel prix ?
Le meilleur d'Automobile Propre, dans votre boite mail !
Découvrez nos thématiques voiture électrique, voiture hybride, équipements & services et bien d’autres
S'inscrire gratuitement
Et tous les gens qui se trouvaient autour des voitures, ils ont eu des formations ? Ah non, suis-je bête, Tesla n'a même pas voulu demander l'autorisation à la NHTSA...
3
J'aimerai avoir le fin mot de l'histoire. On a là les son de cloche d'employés Tesla, visiblement pas contents.
Mais il paraît étrange qu'un entreprise demande à ses testeurs de mettre en danger des "civils". Déjà par respect pour la vie des autres, mais - en étant sauvagement prosaïque - parce que le moindre accident coûterait très cher en image de marque (imaginez les gros titres "un piéton mort, renversé par une Tesla folle"!).
Les pilotes d'essais (du moins ceux que je connais en France) font leurs tests sur circuits ou espaces aménagés quand ce sont des tests aux limites (adhérence, freinage, suspension). Les tests sur route ouverte sont plus là pour des endurances, des mesures de consommation etc. Je vois mal un essayeur tester le freinage d'urgence sur le périph, au risque d'avoir la photo du modèle accidenté dans tous les journaux TV, avec la marque en gros plan- ! Et je pense que c'est pareil pour toutes les marques, Tesla compris.
après, il y a l'aspect tests FSD, qui suppose des situations difficilement reproduisibles sur circuit (croisements, nombre de voitures, immeubles), mais ce n'est pas dans ses situations qu'on est censé se mettre en danger. Pour les cas "tordus" (un piéton qui surgit brusquement, une voiture qui pile devant etc) il y a des moyens de test: par exemple à l'UTAC ils ont des piétons et des autos gonflables, avec la même signature optique et radar que des vrais, et ça permet de faire des tests en toute sécurité. Et en plus d'assurer une bonne reproductibilité des essais (mêmes conditions), ce qui est important pour faire des évolutions logicielles.
Le coup du "mon chef est content que j'ai foncé sur un cycliste" me paraît douteux: et d'une ça risque de finir en vidéo sur les réseaux (bonjour la pub!) et en plus, quel intérêt ? Vous ne pourrez pas reproduire la même situation (vitesse, taille du cycliste, conditions lumineuses etc) pour vérifier que votre algo s'est amélioré.
Ne serait-ce que pour une histoire de reproductibilité du test, je crois assez peu à cette histoire, ça sent plus la vengeance d'un employé. Mais c'est à vérifier, car si non ça serait effectivement inadmissible.