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C’est lors d’un webinaire organisé par l’IRU que les résultats de sa dernière étude sur le coût total de détention (TCO) des poids lourds ont été présentés. Centrée sur la France, l’étude compare le diesel à six alternatives sur deux véhicules de référence : un ensemble articulé (tracteur + semi-remorque) en usage autoroutier, et un porteur deux essieux en usage régional.
Premier résultat, et le plus marquant : sur l’ensemble articulé, parcourant 120 000 km la première année sur une durée de détention de sept ans, le véhicule électrique à batterie affiche un TCO inférieur de 13 % à celui du diesel classique. Sur le porteur régional, qui roule moins (environ 85 000 km par an sur six ans), l’avantage se resserre nettement, à moins de 7 %.
L’explication tient à la structure même des coûts. Le camion électrique représente l’investissement initial (CAPEX) le plus élevé de toutes les motorisations étudiées, lié au prix de la batterie. A l’inverse, leur coût d’exploitation (OPEX) est le plus bas, grâce à une électricité compétitive et une maintenance réduite. Sur un usage à fort kilométrage, c’est cet OPEX qui finit par l’emporter. Mécaniquement, plus le véhicule roule, plus l’avantage économique de l’électrique se confirme. Un levier qui implique, pour les transporteurs, une analyse fine de leurs flux logistiques avant tout choix de motorisation.
A noter : Les résultats de l’étude sont basés sur l’AFEM (Alternative Fuels and Efficiency Model), un modèle de simulation développé en interne par les équipes de l’IRU. Sa précision est comparée à celle de VECTO, l’outil réglementaire européen qui permet de mesurer les émissions des poids lourds.

Sur le plan environnemental, l’écart en faveur du camion électrique est net. En tenant compte d’un mix-électrique français particulièrement décarboné, le camion électrique permet une réduction de 95 % de l’intensité carbone par rapport au diesel de référence. Dans le trio de tête, on retrouve également le bioGNC et le HVO, à -90 %.
L’IRU apporte toutefois une nuance importante : ce chiffre dépend directement du mix électrique national et n’est pas transposable à l’échelle européenne. Avec l’électricité polonaise, par exemple, la réduction tomberait à seulement 16 %.

Charger plus pour émettre moins
C’est un point de rappel important : la motorisation n’est pas le seul levier de décarbonation. Selon les simulations de l’IRU, faire passer la charge utile d’un ensemble articulé de 12 à 15 tonnes réduit les émissions par tonne-kilomètre de 15 %. Côté coûts, l’effet est encore plus spectaculaire. « Passer de 12 à 15 tonnes divise le coût à la tonne-kilomètre par presque sept », chiffre Romain Mouton.
C’est le point de vigilance central de l’étude. L’avantage TCO du véhicule électrique repose aujourd’hui sur le maintien des dispositifs de soutien : certificats d’économies d’énergie, sur-amortissement et aide à l’achat.
« Sans aide, le véhicule à batterie perd tout son avantage par rapport au diesel classique. C’est le point de vigilance majeur de l’étude. La compétitivité de l’électrique est aujourd’hui conditionnée au maintien des dispositifs de soutien » prévient Romain Mouton qui a travaillé sur le rapport à l’IRU.
A préciser que la mise en place en 2028 du nouveau système de quota carbone (ETS2), qui imposera de nouvelles taxes aux carburants fossiles, renforcera encore l’intérêt de l’électrique par rapport au diesel.
Ne pas confondre TCO et faisabilité
Précision méthodologique importante : l’analyse part de l’hypothèse que le réseau de recharge est pleinement disponible. Le TCO répond à la question économique ; la faisabilité opérationnelle, elle, reste une question distincte. « Le gros point bloquant pour l’électrique, c’est la faiblesse du réseau de recharge publique, avec seulement 60 stations dédiées aux poids lourds disponibles en France », pointe Romain Mouton.
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