Ces fake news sur la climatisation que l’on adore propager en France

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Des groupes extérieurs de climatisation à Marseille / Photomontage AP.

La France est traditionnellement anti-clim’. Faute, notamment, à un manque de connaissances sur la technologie qui se cache derrière cet appareil. Pourtant, les climatiseurs ne sont pas le fléau environnemental que l’on prétend. Ils peuvent même s’avérer vertueux pour le réseau électrique comme l’environnement dans certaines situations, en plus du confort thermique vital offert lors de fortes chaleurs. On détricote, sans parti pris, quatre des idées reçues les plus répandues.

« Les climatiseurs sont un facteur aggravant du dérèglement climatique », lançait il y a quelques années Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée, au micro de France Inter. Dans un épisode de « Vrai ou faux » diffusé par France Info, un journaliste évoquait des climatiseurs qui « émettent du CO2 sous forme de fuite pendant l’utilisation ». Voici deux des innombrables bourdes et saillies concernant la climatisation, qui sont d’ailleurs prononcées, la plupart du temps, depuis des locaux copieusement climatisés, sans quoi personne ne s’y rendrait en été comme en hiver.

Car le vrai nom de la climatisation, qu’elle soit réversible ou non, est « pompe à chaleur ». C’est une machine très présente dans notre quotidien, et elle n’est pas seulement utilisée pour refroidir. Déclinée en d’innombrables appareils et intégrée un peu partout, on la retrouve dans nos réfrigérateurs, congélateurs, sèche-linges, voitures, en plus des systèmes de chauffage et climatisation domestiques comme professionnels.

Comme son nom l’indique, une pompe à chaleur « pompe » les calories d’un milieu pour les transférer à un autre, grâce aux lois fondamentales de la thermodynamique. C’est ainsi, que l’on ait besoin de refroidir ou de chauffer un local. En hiver, une pompe à chaleur puise les calories de l’air extérieur pour les transférer à l’intérieur. En été, c’est l’inverse : la chaleur de la pièce à refroidir est transférée à l’extérieur.

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1 – « La climatisation est une catastrophe pour le climat »

Le fonctionnement d’un climatiseur, comme toute pompe à chaleur, repose sur la circulation d’un fluide caloporteur, dit « frigorigène », en circuit fermé. Il s’agit d’un produit qui est successivement comprimé et détendu, le faisant passer de l’état gazeux à l’état liquide et ainsi de suite, sans jamais quitter la machine.

Ce fluide a un impact sur le réchauffement climatique uniquement s’il est libéré dans l’atmosphère, lors de fuites accidentelles. Une pompe à chaleur installée correctement n’émet aucun fluide, qu’elle soit en marche ou à l’arrêt. Heureusement d’ailleurs, car si la fuite n’est pas rapidement contenue, l’appareil ne peut plus fonctionner. Lors de son démantèlement, les professionnels ont également l’obligation de récupérer le fluide au préalable.

Un groupe de climatiseur envahi par la végétation à Calvi / Image : AP.

Un impact très variable selon le fluide frigorigène utilisé

Il existe plusieurs centaines de fluides frigorigènes différents, ayant tous un potentiel de réchauffement global (PRG) très variable. Mais seule une petite poignée est aujourd’hui utilisée. Dans les climatiseurs actuels, c’est le R32 (du difluorométhane) et le R290 (du propane) qui sont employés. Jusqu’à récemment, c’est le R410A qui dominait, un gaz dont le PRG s’élève à 2100. Cela signifie qu’un kilo de R410A rejeté à l’air libre réchauffe autant la planète que 2100 kg de dioxyde de carbone (CO₂). Bientôt interdit dans la plupart des installations, ce fluide est déjà remplacé par le R32, dont le PRG est nettement plus faible (650), et le R290, qui descend à seulement 3,3.

Il faut également savoir que la quantité de fluide frigorigène contenue dans un climatiseur est plutôt limitée : de quelques centaines de grammes à quelques kilogrammes pour les plus gros. La perte complète d’étanchéité du circuit d’un climatiseur de 3,5 kW tournant au R32 émettrait ainsi l’équivalent de 500 kg de CO₂, soit autant que 3000 km parcourus dans une berline essence ou d’un aller-retour Paris – Palma en avion. On a vu pire.

L’importance de manipuler un climatiseur dans les règles de l’art

Toutefois, selon une étude de l’ADEME, l’ensemble des systèmes de climatisation résidentiels et tertiaires de France auraient rejeté accidentellement 1918 tonnes de fluides en 2020. Cela correspond à près de 3,5 millions de tonnes d’équivalent CO₂. Un montant très important, puisqu’il correspond à environ deux ans et demi d’émissions de la centrale à gaz de Landivisiau en Bretagne.

Mais l’étude peut être relativisée car il s’agit d’une estimation. Il est impossible de quantifier précisément l’ensemble des fuites, ces dernières n’étant évidemment pas déclarées à un quelconque organisme. Par ailleurs, le rapport entre le volume de fluides rejeté selon l’ADEME et leur équivalent CO₂ indique un PRG moyen de 1824. Or, comme nous l’évoquions plus haut, les climatiseurs actuels utilisent des gaz dont le PRG est nettement inférieur. Il s’agit donc probablement de fuites survenant sur des appareils anciens, mal entretenus et/ou démontés sans respect des consignes. On remarquera au passage l’inefficacité de la réglementation obligeant l’installation d’un climatiseur par un professionnel qualifié, censée éviter ces fuites.

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2 – « La climatisation va rendre nos villes invivables »

Outre leur impact climatique, les climatiseurs sont accusés d’augmenter la température des villes. Car, on l’a vu, une pompe à chaleur rejette à l’extérieur la chaleur puisée dans le local à refroidir. L’unité extérieure d’un climatiseur souffle donc de l’air chaud en été, et c’est bien inconfortable lorsqu’on passe devant.

Dans les faits, un climatiseur ne produit pas de chaleur à proprement parler, à l’exception des quelques pertes négligeables au fonctionnement. Il ne fait que transférer de la chaleur. Il n’a donc pas d’action sur la quantité de chaleur émise dans une ville, à l’inverse des moteurs thermiques présents dans les véhicules par exemple. Pour rappel, un moteur essence ou diesel rejette plus de 70 % de l’énergie qu’il consomme sous forme de chaleur inutile.

Des groupes extérieurs de climatiseurs dans une cour à Ajaccio / Image : AP.

Un effet très variable et local sur la chaleur urbaine

Il est vrai, cependant, que le transfert de chaleur de l’intérieur vers l’extérieur peut contribuer à rendre certains espaces publics encore plus inconfortables en période de canicule. En présence de nombreuses unités extérieures donnant sur la voirie, par exemple, celle-ci peut se réchauffer davantage et aggraver localement l’effet d’îlot de chaleur urbain.

Une simulation de Météo France et du CNRS suggère une augmentation de la température en milieu urbain variant localement de +0,25 à +2 °C dans le cas d’une canicule comme celle de 2003. En déambulant sur le trottoir, on passerait ainsi d’un air entre 38,2 et 40 °C dans la pire des situations au lieu de 38 °C. Pas sûr que la différence soit sensible dans un tel contexte de très fortes chaleurs.

De bonnes pratiques, comme la limitation de la température de consigne du climatiseur à 26 °C et le placement des unités extérieures en toiture plutôt qu’en façade, permettraient par ailleurs de réduire cet effet.

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3 – « La climatisation va déstabiliser le réseau électrique »

En 2020, les climatiseurs résidentiels et tertiaires ont consommé 15,5 térawattheures (TWh) d’électricité en France, selon l’ADEME. C’est 3,4 % de la consommation totale d’électricité cette année-là. Jamais le gestionnaire du réseau électrique n’a relevé de difficulté particulière pour fournir l’électricité nécessaire aux climatiseurs.

Car les pompes à chaleur consomment nettement moins d’électricité en mode « climatisation » qu’en mode « chauffage ». Or, notre pays repose déjà sur l’électricité pour chauffer plus d’un tiers de ses bâtiments. Le réseau électrique est donc dimensionné pour fournir du courant même lors de vagues de froid intense, ce qui lui permet de facto d’assurer la même mission lors de canicules.

Deux groupes de pompes à chaleur destinés à un bâtiment public / Image : AP.

Débrider l’énergie solaire grâce aux climatiseurs ?

Avec un avantage considérable en été : notre production solaire surabondante. Du début du printemps jusqu’à l’automne, la production photovoltaïque est systématiquement écrêtée faute de débouchés. La consommation nationale est traditionnellement faible à la belle saison et les panneaux solaires ne peuvent pas écouler toute leur production, générant des épisodes de prix négatifs. La climatisation a donc toute sa place pour l’absorber.

L’essor des pompes à chaleur peut même avoir un effet vertueux sur le réseau électrique en hiver lorsqu’elles sont utilisées en remplacement de radiateurs électriques. En mode « chauffage », ces appareils consomment 2 à 4 fois moins d’électricité qu’un convecteur, réduisant ainsi la demande.

4 – « Il vaut mieux isoler qu’installer un climatiseur »

Ce n’est pas nécessairement une fausse information, mais c’est une affirmation à nuancer. Il est vrai qu’un logement bien isolé offre généralement un confort thermique supérieur et consomme moins d’énergie. Dans le neuf, une isolation efficace été comme hiver devrait systématiquement être employée, avant même de songer au mode de climatisation et de chauffage.

Cependant, en rénovation, les travaux d’isolation demandent un investissement conséquent et beaucoup de patience. Inenvisageable lorsqu’on est locataire, en HLM, souvent complexe en copropriété et financièrement difficile à assumer pour de nombreux petits propriétaires.

Quid des passoires thermiques ?

Installer un climatiseur réversible est bien moins coûteux que de refaire l’isolation et permet de réduire immédiatement la consommation d’énergie tout en gagnant en confort thermique. Quitte à perdre de l’énergie dans un logement mal isolé, autant que celle-ci soit issue d’une pompe à chaleur dont le fonctionnement est plus économique.

Il n’est donc pas juste de restreindre l’installation de climatiseurs aux logements bien isolés. Avec la multiplication des épisodes de chaleur intense et canicules, la climatisation devient aussi importante que le chauffage. C’est une question de santé publique et un enjeu vital pour les personnes fragiles.

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Electroluctionil y a 3 minutes

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