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En 78 ans d’existence, le groupe Volkswagen n’aura sans doute jamais connu pareil séisme. Ebranlé par l’un des plus gros scandales écologiques de l’histoire automobile, le géant allemand vacille face à la pression internationale et médiatique. De la découverte de la supercherie à ses conséquences, Automobile-Propre dresse les grandes lignes de l’affaire…

De quoi Volkswagen est-il coupable ?

D’avoir contourner volontairement les programmes d’homologation pour verdir ses notes et diminuer au maximum les émissions polluantes de certains de ces modèles.



Si on sait que les méthodologies de calculs sont très loin des chiffres réellement constatés et que les constructeurs connaissent les techniques pour tirer les tests à leur avantage (pneus surgonflés etc…), Volkswagen va très loin puisqu’il a manipulé sciemment son système pour frauder les cycles d’homologation et bénéficier de nombreux avantages accordés aux véhicules « verts », comme le bonus écologique en France.

Qui a découvert la supercherie ?

C’est l’International Council for Clean Transportation (ICCT), une ONG spécialisée dans les transports propres qui teste depuis 2013 certaines voitures diesel pour constater leurs émissions réelles.

Faute d’instruments de mesure suffisamment précis, l’association fait appel au centre pour les émissions, les moteurs et les carburants alternatifs de l’université de Virginie-Occidentale et constate des écarts troublants entre données homologation et données réelles sur certains modèles Volkswagen. Consignés dans un rapport publié en mai 2014, les résultats sont plutôt importants. Par exemple, les Nox émis par une Jetta sont 15 à 35 fois supérieures aux normes américaines celles de la Passat 20 fois supérieures.

Alertées par l’association, l’EPA et le CARB, deux agences environnementales américaines, réalisent leur propre enquête et entament une médiation avec le groupe allemand qui aboutit vers le rappel, en décembre 2014, de l’intégralité des modèles diesel du constructeur produit entre 2009 et 2014. Si l’histoire aurait pu s’arrêter ainsi, l’EPA et le CARB décident de réaliser de nouveaux tests en mai 2015 qui confirment à nouveau des écarts importants. Mis sous pression par les autorités américaines, le constructeur reconnait finalement avoir introduit à bord des véhicules un dispositif permettant de contourner les émissions et reçoit officiellement un avis d’infraction de l’EPA le 18 septembre 2015.

Comment Volkswagen a-t-il triché ?

C’est un algorithme qui a permis à Volkswagen de réaliser sa supercherie. Intégré au calculateur, qui analyse en temps réel l’ensemble des paramètres du véhicule, celui-ci s’avère capable de repérer les protocoles de tests pour enclencher une série d’actions destinées à minimiser les émissions au détriment d’autres performances non évaluées.

Selon les professionnels, ces phases de test seraient très facilement détectable grâce à un logiciel. « Lors d’un test, le volant ne tourne pas, le capot est ouvert. On peut tout à fait paramétrer un logiciel qui reconnaît ces phases » indique un équipementier cité par Les Echos.

Une fois le test terminé, le moteur revient à un fonctionnement « normal » avec des degrés de pollution beaucoup plus élevés que ceux constatés. Si Volkswagen a aujourd’hui avoué sa fraude, il n’a en revanche pas donner d’indications quant au fonctionnement précis de son logiciel.

Quels modèles et combien de véhicules sont concernés ?

Alors que l’EPA avançait un chiffre de 482.000 véhicules aux Etats-Unis, le groupe a finalement annoncé par lui-même que 11 millions de véhicules diesel étaient concernés à travers le monde. Tous les véhicules sont équipés de moteur diesel type EA189.

Si on ne connait pas avec précision la répartition par pays, on sait que plusieurs marques du groupe sont concernées : Audi, Volkswagen, Seat, Skoda et Porsche. Aux Etats-Unis, cinq modèles sont incriminés par l’EPA et ont d’ores et déjà été retirés de la vente : Golf, Passat, Beetle, Jetta et Audi A3.



Quelles conséquences pour le constructeur ?

Au-delà d’une forte détérioration de son image sur la scène internationale, les principales conséquences sont financières pour Volkswagen.

S’il a d’ores et déjà perdu un tiers de sa valeur en Bourse, soit environ 27 milliards d’euros, le constructeur risque également de fortes pénalités. Aux Etats-Unis, où 482.000 véhicules sont concernés, la note pourrait s’élever à 18 milliards de dollars, sans compter l’enquête pénale en cours, l’éventuel coût d’un rappel des véhicules et les nombreuses class-action qui sont en train de se mettre en place.

Sur le vieux continent, plusieurs Etats, dont la France et l’Allemagne, ont officialisé la mise en place d’enquêtes à l’encontre du constructeur. Celles-ci pourraient être suivies d’une enquête de la Commission Européenne mais on ne sait que très peu de choses sur les sanctions que pourrait encourir le constructeur.

D’un point de vue structurel, l’affaire aura évidemment des conséquences lourdes sur l’organisation du constructeur avec l’éventuel départ de Martin Winterkorn, actuel PDG du groupe, ce vendredi 25 septembre. Un événement qui pourrait marquer une longue série de départs chez le constructeur allemand qui ne pourra se contenter d’un seul coupable pour se dédouaner.

Mise à jour 23.09.2015 : Martin Winterkorn annonce sa démission (voir sujet)

D’autres constructeurs sont-ils concernés ?

Si aucun autre constructeur n’a encore été épinglé, les suspicions sont lourdes et les gouvernements sont en train de multiplier les contrôles.

En attendant,  les réactions se multiplient parmi les autres constructeurs. « J’ai une vague idée de ce qui se passe et je pense que nous ne sommes pas concernés », a affirmé Dieter Zetsche, le patron de Daimler. Idem chez BMW qui annonce ne pas être concerné. Même stratégie chez les équipementiers partenaires du constructeur allemand, comme Bosch ou Plastic Omnium, qui annonce par voie de presse ne pas être liés à l’affaire.

Côté français, PSA et Renault affirment également être en règle avec les réglementation en vigueur. « Les véhicules Renault ne sont pas équipés de dispositifs de manipulation permettant de contourner la réglementation sur les émissions » a indiqué un porte-parole du constructeur au losange.

A la Bourse, les constructeurs ont tout de même subi les conséquences de la tempête de l’affaire Volkswagen avec une baisse générale de leurs actions et un recul de l’indice automobile de 4 % ce lundi 21 septembre.

Affaire Volkswagen – La chronologie des événements

Ci-dessous, la chronologie des principaux événements de l’affaire que nous ne manquerons pas de mettre à jour au cours des prochains jours.

18 septembre

  • L’EPA envoi un avis d’infraction à Volkswagen

20 septembre

  • L’affaire commence à se répandre aux Etats-Unis et arrive en Europe

21 septembre

  • L’affaire Volkswagen fait la une des grands quotidiens
  • « On a totalement merdé » avoue le PDG de Volkswagen America tard dans la soirée à New York
  • Volkswagen clôture la journée avec 17 % de chute en bourse

22 septembre

  • Le gouvernement allemand réagit en lançant sa propre enquête
  • Michel Sapin s’exprime sur Europe 1 et demande une enquête européenne
  • Volkswagen avoue que 11 millions de véhicules diesel sont concernés dans le monde (voir notre sujet)
  • Volkswagen provisionne 6.5 milliards d’euros pour le 3eme trimestre 2015 pour faire face aux difficultés financières
  • Par la voix de Ségolène Royal, le gouvernement français lance une enquête en collaboration avec l’UTAC (voir notre sujet)
  • Martin Winterkorn présente ses excuses en vidéo mais affirme qu’il ne démissionnera pas : « Nous avons trahi la confiance de millions de personnes »
  • Nouvelle perte de 17 % de l’action en Bourse

Mercredi 23 septembre

  • Martin Winterkorn annonce sa démission (voir sujet)
  • Le Comité Executif annonce « d’autres conséquences au sein du personnel dans les prochains jours »

Vendredi 25 septembre

  • Selon le cabinet Inovev, 1 million de voitures diesel pourraient être touchées en France (voir sujet)
  • Ségolène Royal annonce des contrôles aléatoires sur les véhicules de la marque