Chez les pionniers de la mobilité électrique, il y a 2 écoles. Dans la première, les électromobiliens depuis plus de 10 ans roulent désormais le plus souvent en Nissan Leaf, Tesla Model S, BMW i3, Renault Zoé, etc. Ceux qui forment la seconde école comptent rouler encore longtemps en Peugeot 106, Citroën Berlingo ou Renault Kangoo électriques de la précédente génération. Bruno Bernar est de ceux-là !

Des modèles de rêve

Heuliez Friendly, Bolloré Bluecar, Renault Zoé, Tesla Roadster, SCVE Scarlette, Opel Ampera, Piaggio Porter… : Voilà quelques-uns des engins qui ont fait rêver bien des pionniers de l’électromobilité inscrits sur le forum vehiculeselectriques.fr, pour certains, depuis une vingtaine d’années. Quelques-uns de ces projets qui représentaient alors le futur de la mobilité électrique ont déçu, d’autres ont changé de nom et de constructeur avant de disparaître, et l’on y trouve aussi l’actuel best-seller français. Aucune raison a priori pour continuer à rouler avec des modèles vieillissants équipés de batterie NiCd. Aucune ? Bruno Bernar a pourtant la sienne : pouvoir réparer et entretenir lui-même ses voitures électriques !

Depuis 2008

Bruno Bernar est électromobilien depuis tout juste 10 ans. « C’est avec l’idée de ne plus vouloir rouler à l’essence que j’ai découvert le forum vehiculeselectriques.fr en 2008 où je me suis inscrit sous le pseudo Faradohm », commente-t-il. « A l’époque, j’allais sur LeBonCoin.fr toutes les 5 minutes. Au bout de 2 mois de recherche, j’ai eu la chance d’arriver à contacter très vite le vendeur d’une SEER Volta. Le pauvre, il était littéralement harcelé par les acheteurs potentiels ! », poursuit-il.

Tant d’intérêt pour un engin de ce genre !? « Oui, c’était un modèle alors très recherché, car abordable au niveau du prix et facile à réparer pour quelqu’un comme moi qui est dépanneur en radio, télévision et électricité. C’est un bon outil pédagogique pour apprendre à intervenir sur une voiture électrique : toutes les fonctions électriques et électroniques sont bien distinctes », répond ce technicien qui travaille aujourd’hui pour l’Education nationale du côté d’Orléans (45).

SEER Volta

« Pour 1.000 euros, je suis devenu propriétaire d’une Volta affichant 20.000 kilomètres au compteur. Les batteries plomb et le chargeur étaient HS. Pour ce dernier, je m’en suis vite rendu compte car chaque fois que je tentais de lancer la charge, le disjoncteur sautait », se remémore Bruno Bernar.

Produite à moins de 600 exemplaires au total par la société européenne des électromobiles rochelaises (SEER) entre 1990 et 1995, la Volta se présente le plus souvent comme un petit utilitaire de type fourgon. Des versions pickup et à plateau basculant, moins courantes, ont aussi existé. La chaîne de traction de ces engins est composée de 16 monoblocs 6 V au plomb qui alimentent un moteur de 13 kW de puissance. C’était suffisant pour espérer disposer d’une autonomie de 60-80 kilomètres, pour une vitesse maximale d’environ 75 km/h. « J’arrivais à lui tirer 80-90 kilomètres d’autonomie, et même jusqu’à 120 quand j’ai monté le pack neuf, contre 3.000 euros », commente Bruno Bernar. « Hélas les accumulateurs arrivent maintenant au bout, après 30.000 km parcourus et presque 10 ans de service. J’arrive à peine à réaliser 10-15 kilomètres désormais. Je compte cette année adapter à ma Volta un pack NiCd 140 Ah de Renault Express », projette-t-il.

Ville de Paris

La plupart des Volta ont fait carrière chez EDF, et parfois au sein de différentes collectivités. « La mienne vient de la Ville de Paris, comme j’ai pu le constater grâce aux stickers qui, bien que retirés, avaient laissé des traces sur la carrosserie », souligne Bruno Bernar.

« Pour commencer à réparer ma Volta, j’ai contacté l’entreprise Tecsup, un fabricant de matériel électrique et électronique bien connu des plaisanciers et navigateurs, qui avait fourni à SEER les chargeurs et indicateurs de niveau de charge du pack batterie », révèle-t-il. « Une fois en état, j’ai parcouru quotidiennement pendant environ 5 ans 35 à 40 kilomètres pour mes déplacements domicile-travail. Mais sans assistance au freinage, en dépit de freins à disques devant, la conduite est parfois délicate. J’ai aussi exposé ma Volta dans le cadre d’un salon de promotion de la mobilité électrique, à Orléans, en 2010. La SimplyCity venait d’être lancée ! », témoigne-t-il. Pour rappel, la SimplyCity est l’autre voiture électrique de Ségolène Royal. A l’inauguration de la chaîne de production, l’élue s’était déjà montrée très enthousiaste : « Il s’agit d’une première en Europe : la production du premier véhicule électrique de nouvelle génération, c’est-à-dire un véhicule à bas coût, grand public, disposant de batteries rechargeables chez soi ».

De la Volta au Kangoo Electri’Cité

« Comme je savais qu’EDF avait utilisé des Volta, je suis allé au site d’Olivet pour essayer de récupérer de la doc technique. Mais je suis arrivé trop tard. J’ai eu plus de chance en me rendant dans une entreprise de nettoyage d’Orléans. Plus de Volta non plus, mais l’on m’a remis une belle somme de documents sur ce véhicule », se rappelle Bruno Bernar.

C’est auprès de cette entreprise que vous avez pu acquérir votre premier Kangoo électrique d’ancienne génération ? « Oui ! La direction souhaitait associer l’image de propreté environnementale des véhicules électriques à son activité de nettoyage. Quelques mois après mon passage, on m’a rappelé pour me demander si je pouvais dépanner un Kangoo Electri’Cité. Le problème dépassait alors mes connaissances sur ce véhicule bien plus compliqué : je n’ai rien pu faire sur le moment. Mais j’ai accepté de le prendre contre 1.000 euros », détaille notre interlocuteur.

Savon liquide

« Grâce au forum et à Alain Rolkowski, – le technicien itinérant de Renault à l’époque -, j’ai pu avancer dans mes investigations. Le problème venait d’un bidon de savon pur renversé dans le Kangoo. Il y en avait partout, sur et sous les tapis, sous les sièges, sur les batteries et leurs ventilateurs de refroidissement, etc. Le liquide avait provoqué un défaut d’isolement et bloqué le fameux compteur ‘Ndect’ qui, au-delà de 20 enregistrements d’anomalie, bloque la recharge du véhicule. J’ai passé beaucoup de temps à tout démonter et rincer à grand renfort de seaux d’eau. Il avait seulement 30.000 kilomètres. Maintenant, il en a 60.000 et fonctionne toujours », se réjouit Bruno Bernar.

J’achète des trucs en panne

« Il y a 2 ans, j’ai acheté un deuxième Kangoo Electri’Cité. Sa propriétaire en avait marre : il était tout le temps en panne. Et parfois, à peine sorti de chez Renault pour la réparation précédente, facturée à un prix dissuasif. J’ai passé 3 mois sur un problème de ventilateurs qui provoquait un plantage du superviseur. Deux ventilateurs étaient HS, et ceux que j’avais achetés chez Conrad pour les remplacer ne convenaient pas. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi. Maintenant ça marche ! », explique notre interlocuteur.

« J’aime acheter des trucs en panne et les réparer ! », reconnaît-il. « Je viens de recevoir de Slovénie un Ceve bloqué depuis plus d’un an, cet appareil qui gère toute l’électronique des anciens Kangoo électriques. J’espère pouvoir dépanner son propriétaire », confie-t-il. « A cause d’un problème mécano-thermique qui provoquait une coupure d’alimentation sur un Ceve, j’ai construit un banc qui permet de simuler toutes les fonctions de la voiture autour de l’appareil. Ca me permet de travailler dessus et de le tester hors du véhicule », explique-t-il.

Il n’est pas le seul

Moulino51 est modérateur principal du forum vehiculeselectriques.fr. « Comme Bruno, je ne compte pas passer de sitôt aux nouvelles voitures électriques. Nous sommes encore quelques-uns à penser comme lui. On a tout ce qu’il faut pour réparer la génération NiCd. Quelqu’un qui bricole un peu se débrouille très bien sur ces véhicules. Ce n’est le plus souvent qu’un monobloc à changer de temps en temps. Pour moins de 200 euros en réparation à faire soi-même on roule toute l’année », illustre-t-il.

« C’est sûr, à 71 ans, faire des mises en eau des blocs de batterie, c’est pas très amusant. En tout cas, si je devais prendre une voiture électrique de nouvelle génération, ce serait une Leaf d’occasion. Elle n’est pas belle, mais on est bien dedans. Et surtout, Nissan est le seul constructeur à avoir annoncé un prix abordable pour un changement des batteries avec un pack reconditionné », admet-il.

Un des plus grands spécialistes

« Aujourd’hui, Faradohm est devenu un des plus grands spécialistes en France de la réparation des Kangoo électriques d’ancienne génération. Ca lui plaît de travailler dessus. Il a pas mal de matériel pour ça. Il faut voir les sujets qu’il ouvre sur le forum concernant certaines particularités de ces voitures. Il n’hésite pas à faire profiter les autres de ses connaissances. Il est toujours prêt à rendre service, se montre très patient et pédagogue », conclut Moulino51.

Automobile Propre et moi-même remercions vivement Bruno Bernar et Moulino51 pour leur réactivité et leur disponibilité.

Ce pionnier continue à rouler avec l’ancienne génération de véhicules électriques
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