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Quand Gilles Goret a décidé de prendre la route depuis les environs d’Epernay pour aller plus loin que Rennes (35), en Bretagne, il pensait pouvoir boucler son périple dans la journée. C’était compter sans les embouteillages et les difficultés rencontrées à recharger son véhicule.

Un pionnier de la mobilité électrique

g-goretGilles Goret n’est pas un amateur en matière de véhicules électriques et trajets à longue distance. C’est un véritable pionnier du genre, auquel un bon nombre d’électromobiliens doivent de continuer à rouler avec des modèles d’ancienne génération.



Chez lui, entre son épouse, parfois ses filles, et lui-même, on approche les 250.000 kilomètres parcourus depuis une dizaine d’années : 55.000 km en Citroën Saxo et 12.000 en Berlingo, 30.000 km en Renault Clio et 120.000 avec des Kangoo Electri’Cité et Elect’Road, 20.000 km en Kia Soul EV, etc. En achetant il y a quelques jours un Nissan e-NV200 utilitaire d’occasion, son souhait était de tourner progressivement la page des anciens Kangoo.

6.500 au compteur

C’est dans une concession Nissan de la Marne, que Gilles Goret est allé chercher son e-NV200 en fin de première semaine de novembre 2016. A la livraison, l’utilitaire de juillet 2014 qu’il venait d’acheter d’occasion affichait environ 6.500 kilomètres au compteur.

« Un modèle haut de gamme Business, qui embarque un maximum d’équipements », commente notre interviewé. Ainsi : le chargeur 6,6 kW, le volant et les sièges chauffants, le régulateur de vitesse, les rétroviseurs électriques, les feux antibrouillard, la climatisation et la mise en action automatique des phares et des essuie-glaces, le système de navigation avec télématique, la caméra de recul, etc. Et, bien sûr, l’incontournable connecteur pour la recharge rapide quand on souhaite se déplacer loin ou effectuer d’importants kilométrages annuels.

Un équipage idéal pour acheminer du matériel

Déjà habitué à effectuer occasionnellement des distances relativement importantes dans la journée avec ses véhicules électriques d’ancienne génération, Gilles Goret a pris plus d’assurance encore avec les longs trajets depuis qu’il s’est équipé d’un Kia Soul EV. Mais pour emmener du matériel ou des charges volumineuses, le besoin de disposer d’un utilitaire branché se faisait sentir. Avec encore relativement peu d’offres en occasion, le choix du Nissan e-NV200 s’imposait presque.

Epernay-Rennes dans la journée ?

Rejoindre la Bretagne depuis la Champagne sur la journée semblait jouable à Gilles Goret, avec les badges Nissan, Sodetrel, KiWhi, etc. en poche. Etudiant avec minutie son parcours, n’hésitant pas à passer quelques coups de téléphone pour s’assurer de la possibilité de recharger en cours de route, il estimait à pas plus d’une douzaine d’heures son temps de parcours, en empruntant au maximum les autoroutes.

Hélas, une déviation pour travaux, des bouchons en région parisienne, et une autonomie réduite à moins de 100 kilomètres en particulier par une météo fraîche et très humide ont mis à mal son scénario. « J’estime avoir dû effectuer environ 80 kilomètres de détours pour recharger l’e-NV200 et contourner les bouchons, pour un total de 660 km parcourus afin de rejoindre ma destination à 70 km après Rennes », témoigne Gilles Goret.

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Epernay-Meaux

Parti à 7h30 du matin de chez lui, vendredi dernier 4 novembre 2016, Gilles Goret emprunte d’abord des routes départementales pour rejoindre Meaux, en Seine-et-Marne. Il vise la borne rapide de l’hypermarché Auchan, où il recharge à 92% en 50 minutes environ, depuis l’ouverture de la trappe qui abrite le connecteur CHAdeMO à l’avant de l’utilitaire, jusqu’à sa refermeture.

« Après une centaine de kilomètres, je suis arrivé à cette étape avec les batteries presque vides, mais pas encore avec ‘le mode tortue’ qui limite automatiquement la vitesse avant coupure de la traction », indique Gilles Goret.



Meaux-Plaisir

Pour rejoindre la prochaine borne rapide, selon la planification de son périple, Gilles Goret doit rejoindre le magasin Auchan de Plaisir (78). Pas plus de 90 kilomètres sur la carte : c’est jouable avec une belle marge, si l’on s’appuie sur l’autonomie de 170 km annoncée par le constructeur et à laquelle on retire 20% pour excès d’optimisme ! Pas si sûr !

N’oublions pas que la température n’est pas très élevée en ce début novembre, que les batteries n’étaient pas pleines au départ de Meaux, et qu’il n’y a pas loin de 300 kilos de charge dans le fourgon. Notre témoin va emprunter la francilienne, l’autoroute A1 puis le périphérique. « Ce sont des travaux qui m’ont imposé de contourner Paris par le Nord, avec un détour estimé à 25 km ! », se désole notre interviewé.

Plan B

Gilles Goret redoute de tomber en panne d’énergie sur une voie rapide. Il lui est impossible de rejoindre Plaisir. « Je me détourne sur Versailles, où j’espère pouvoir recharger sur les bornes 3 kW situées près de la mairie. Quand j’arrive, avec 0% de capacité selon l’afficheur, une Nissan Leaf est déjà branchée, mais la station n’est pas alimentée en électricité. Je dois me rendre à la mairie pour demander de remettre le courant », témoigne l’électromobilien. Ce sera fait… au bout d’une heure.

« La chance veut que je transporte dans mon fourgon un groupe électrogène que l’on m’a prêté », se réjouit-il a posteriori. Un beau mastodonte qui lui permet de retrouver en une heure une vingtaine de kilomètres d’autonomie, suffisamment pour rejoindre le magasin Ikea de Vélizy-Villacoublay à une dizaine de km de là. Après une nouvelle charge de 50 minutes, pour 90% de capacité retrouvée dans les batteries, le e-NV200 prend la direction de Chartres (28) par l’autoroute A10. Il est déjà plus de 16h00 !

Vélizy-Chartres

Pour rejoindre Chartres en empruntant l’autoroute A10, il n’y a que 80 kilomètres environ à parcourir, auquel il faut en ajouter une quinzaine pour arriver à la concession Nissan. « A 20 mètres de la borne, après que l’e-NV200 ait roulé en mode tortue depuis quelques kilomètres, c’est la coupure ! », se rappelle Gilles Goret. « L’accès était en descente, je n’ai eu qu’à laisser glisser le fourgon », poursuit-il. Il est déjà 18 heures ! La concession ferme à 19, et le parc où se trouve la borne devient alors inaccessible. Le badge ZeroEmission Charge Pass transmis à notre interviewé avec le véhicule ne débloque pas la recharge.

« Votre concession n’a pas dû effectuer la démarche de transfert ; c’est donc à vous de demander l’activation en envoyant une copie de la nouvelle carte grise à votre nom et de votre permis de conduire », diagnostique un conseiller commercial du garage de Chartres.

Ce désagrément impose à Gilles Goret de devoir attendre le retour de la préfecture pour pouvoir entreprendre cette action et disposer plus tard encore du précieux sésame Nissan, et, sur place, d’utiliser sa KiWhi Pass personnelle. L’opération lui sera a priori facturée 5 euros ! « Je n’ai pas pensé dans l’urgence à demander sur place à ce que l’on me permette la charge avec un badge de la concession », regrette notre interviewé.

Chartres-Le Mans

Par l’autoroute A11, il faut environ 120 kilomètres pour rejoindre la prochaine borne indiquée sur le road-book de Gilles Goret, située sur le parking du magasin Auchan Nord du Mans (72). Il est 22h30 lorsqu’il parvient à destination, non sans avoir dû jouer du groupe électrogène.

En cours de charge, il interrompt par galanterie l’opération pour laisser passer une conductrice en Renault Zoé. Fatigué par tout ce temps passé sur la route ou à attendre, notre interviewé jette l’éponge et se choisit un hôtel pour se reposer : une dépense imprévue !

Le Mans-Laval

Entre Le Mans et Laval (53), on peut compter environ 90 kilomètres en suivant, comme Gilles Goret, l’autoroute A81. Celui-ci vise la borne du réseau Corri-Door, située au km238, sur l’aire de Laval-Bonchamp.Elle est installée dans la direction Rennes-Le Mans. Notre interviewé avait pris soin de se renseigner au préalable de l’existence d’un pont pour la rejoindre sans difficulté. Ce qui, au téléphone, lui avait été certifié. Mais, sur place, on lui indique : « Pour retrouver cette borne, vous reprenez la direction de Rennes sur 3 km, puis vous refaites 3 km dans l’autre sens ; une fois que vous avez rechargé votre voiture, vous reprenez l’autoroute vers Le Mans sur 15 km et vous prenez la sortie pour passer sur le pont et revenir afin de poursuivre vers Rennes ! ». Calculons : 3 + 3 + 15 + 15, soit 36 kilomètres pour pouvoir recharger !

Comment rejoindre ensuite Rennes, plus exactement le magasin Ikea de Pacé, sans ressortir le groupe électrogène au bord de la voie rapide ? Devant ce cas de force majeure, l’interlocuteur de Gilles Goret l’accompagne à la station-service de l’autre côté de l’autoroute, en lui permettant d’emprunter une porte de service. « Coût de la recharge avec mon ancien abonnement Sodetrel à 2 euros : 10,50 euros pour 42 minutes de connexion », chiffre notre interviewé.

Laval-Rennes

Pas de problème particulier pour arriver à Pacé, au Nord-Ouest de Rennes, si ce n’est de parvenir à l’étape une nouvelle fois avec quasiment plus d’énergie dans la batterie.

« En attendant la fin de la recharge, j’ai sorti un sécateur que j’avais dans le fourgon pour couper les branches des buissons qui venaient jusque devant la borne », s’amuse à dire Gilles Goret. C’est finalement à 13 heures, le lendemain de son départ, qu’il arrive à sa destination encore éloignée de 70 kilomètres de Pacé.

Bilan

Quand on lui demande de faire un rapide bilan de son périple, Gilles Goret répond : « Je n’ai jamais pu faire plus de 100 kilomètres sur une charge avec le e-NV200 ; pour un déplacement comme le mien avec ce fourgon, et à condition de rejoindre des bornes de recharge rapide, il faut compter en moyenne 1 heure de route, puis 1 heure de charge pour un trajet de 70-80 km ; dans les mêmes conditions, j’aurais pu tirer 140 km de mon Kia Soul EV ; pour le retour, je compte 16 heures au minimum pour arriver chez moi, en partant à 4h00 du matin, contre 7 heures avec une simple citadine thermique ».

Notre interviewé referait-il ce trajet dans ces conditions ? Gilles Goret hésite, et préfère envisager ce déplacement avec son Soul EV, avec le maillage actuel en bornes sur le parcours.

Au sujet du Nissan e-NV200

Prudent dans ses déductions, Gilles Goret préfère avoir utilisé sur une année son e-NV200, sous toutes les conditions météorologiques, pour se prononcer définitivement sur l’autonomie qu’il trouve un peu chiche.

Pour effectuer les 16 kilomètres afin de me rejoindre sur les lieux de l’interview, les batteries de son fourgon ont perdu 17% de leur capacité estimée.

« Il manque un chauffage plus efficace que la résistance qui en fait office », déplore-t-il, poursuivant : « Je vais étudier la question de monter sur le fourgon un chauffage de type Webasto, afin de préserver l’autonomie tout en pouvant disposer d’une température acceptable ».

Il perçoit d’ailleurs cette modification un peu comme une nécessité, après avoir observé comment la condensation recouvre les parois intérieures avec l’humidité ambiante en cette saison. « A l’arrière, la suspension est parfois soumise au phénomène désagréable ‘du coup de la raquette’ », témoigne-t-il. Il juge la position de conduite « pas forcément très confortable, avec un volant qui s’incline, mais qui ne remonte pas ».

Plébiscitant le pare-brise chauffant de la e-up!, qu’il aimerait retrouver sur toutes les voitures particulières et tous les utilitaires électriques actuels, et qui fait défaut sur le e-NV200, il note très positivement la présence du volant et des sièges chauffants. « Sinon, je n’aurais pas fait ce voyage avec ce véhicule ! », conclut-il.

Automobile Propre et moi-même remercions vivement Gilles Goret pour le temps qu’il a consacré à la présente interview.