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Les voitures électriques sont de plus en plus nombreuses sur les routes françaises, y compris au moment des départs en vacances. Mais une fois arrivé au camping, mieux vaut ne pas compter sur la prise de son emplacement pour se brancher. Plusieurs électromobilistes nous racontent avoir découvert cet été des interdictions parfois très fermes de recharger leur véhicule électrique. Des contraintes électriques légitimes… Mais les campings vont devoir s’adapter à cette nouvelle clientèle.
Le scénario paraîtra familier à beaucoup d’électromobilistes. Après plusieurs centaines de kilomètres parcourus, la voiture arrive au camping avec une batterie bien entamée. Une fois la tente montée ou les valises déposées dans le mobil-home, le véhicule va rester immobilisé toute la nuit. À quelques mètres, une prise électrique alimente déjà l’emplacement. Sur le papier, l’occasion semble parfaite : même avec seulement 2 kW de puissance, dix heures de branchement permettraient de récupérer une vingtaine de kWh, soit facilement une centaine de kilomètres d’autonomie. Sauf que de très nombreux campings n’acceptent plus ces branchements sauvages !
Théa (tous les prénoms de cet article ont été modifiés) en a fait l’expérience cet été. Partie en famille de Normandie au volant de son Renault Scénic électrique, elle séjourne dans un camping Huttopia dans le Gers. Sur place, difficile de passer à côté du message : plusieurs affiches (comme celle sur l’image qui illustre cet article) indiquent aux clients qu’ils ont interdiction d’utiliser les prises du camping pour se recharger leur VE.
À son arrivée, la surprise est totale. D’autant que le séjour en camping semble a priori plutôt compatible avec la recharge lente. La voiture reste stationnée de longues heures, les emplacements disposent d’électricité et quelques kilowattheures récupérés pendant la nuit suffisent souvent à couvrir les déplacements du lendemain. Pas besoin de borne de 300 kW : une recharge lente pourrait largement faire l’affaire.
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Ces 5 services qui pourraient améliorer l’expérience des conducteurs de voitures électriques« Ce qui m’a étonnée, ce n’est pas qu’on nous interdise de se brancher sur la prise de l’emplacement. Je peux comprendre qu’un camping ait des contraintes techniques et que son installation électrique ne soit pas prévue pour cela. Mais c’est surtout qu’il y avait des affiches un peu partout pour rappeler cette interdiction… On avait vraiment le sentiment que les voitures électriques étaient devenues des pestiférées ».
Pablo, propriétaire d’un Tesla Model Y, nous a fait remonter une situation comparable dans un autre camping du sud de la France. Selon lui, le personnel surveillait même attentivement les voitures électriques susceptibles d’être raccordées aux prises des emplacements. Il me fait part d’une véritable « chasse » aux branchements sauvages. Comme si les campings avaient vraiment un problème avec les voitures électriques.
Pierre, qui habite près de Bordeaux et voyage en Skoda Enyaq, a préféré demander l’autorisation avant de sortir son câble. Réponse du camping : non. Dans son cas, la justification avancée n’était pas seulement liée à la capacité du réseau électrique. Les gérants avaient surtout peur « du risque d’incendie avec les voitures électriques ».
Trois électromobilistes, trois campings et plusieurs enseignes différentes. Impossible évidemment d’en tirer une règle applicable à l’ensemble de l’hôtellerie de plein air française. Mais ces témoignages illustrent un problème qui risque de devenir de moins en moins marginal avec la démocratisation des wattures.
Car le parc automobile change rapidement. À la fin du mois de juin 2026, l’Avere-France comptabilisait près de 2,81 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables en circulation en France. Et les nouvelles immatriculations continuent d’alimenter ce parc : 49 018 véhicules électriques ont encore été enregistrés au cours du seul mois de juillet. Il était inévitable que l’électrification finisse par se faire sentir dans les campings.
Et contrairement à un hébergement en hôtel ou chez l’habitant, où la voiture passe généralement la nuit sur un parking classique, le camping présente une particularité : l’électricité est souvent accessible directement depuis l’emplacement. Cette proximité rend le branchement extrêmement tentant. N’est-ce pas ? Mais une prise disponible n’est pas forcément une prise sur laquelle il est raisonnable de brancher une voiture.
C’est ici que la position des exploitants devient plus compréhensible. L’alimentation électrique d’un terrain de camping n’a pas été pensée pour que plusieurs dizaines de voitures viennent simultanément tirer de l’électricité. La puissance attribuée à chaque emplacement est limitée. On rencontre des raccordements à 6, 10 ou 16 ampères. Sous 230 volts, cela représente environ 1,4 kW avec 6 A, 2,3 kW avec 10 A et 3,7 kW avec 16 A.
Or une voiture électrique constitue une charge importante et, surtout, continue. Avec un chargeur réglé autour de 8 ou 10 A, elle peut absorber près de 2 kW pendant plusieurs heures. Un conducteur pourrait certes réduire l’intensité de charge depuis sa voiture ou son application. Certaines voitures électriques permettent par exemple de descendre à 6 A. Techniquement, récupérer 10 ou 15 kWh pendant la nuit devient alors envisageable.
Mais pour le gestionnaire, cela suppose de faire confiance à chaque client et à sa connaissance des limites de l’installation. À l’échelle d’un camping complet, l’équation n’est pas la même… Dix voitures qui tirent chacune 2 kW représentent déjà 20 kW supplémentaires pendant plusieurs heures. Cinquante véhicules, 100 kW. Sans pilotage dynamique, l’installation électrique du site risque d’être mise à rude épreuve.
Certains établissements ont d’ailleurs choisi de détailler les raisons de leur interdiction. Le camping La Giroflée, situé à Bourcefranc-le-Chapus, en Charente-Maritime, a publié cet été un message particulièrement explicite sur ses réseaux sociaux. Le camping précise que la recharge des voitures électriques et hybrides rechargeables est interdite sur l’ensemble de ses prises pour des raisons « techniques et de sécurité ».
Son réseau est conçu pour alimenter les équipements habituels des emplacements et non des voitures qui consomment une puissance importante pendant plusieurs heures. L’établissement redoute donc des surcharges et des coupures susceptibles d’affecter les autres vacanciers. La Giroflée ne dispose par ailleurs d’aucune borne dédiée. Les conducteurs sont donc invités à aller recharger à l’extérieur.
Cette explication a le mérite de poser correctement le problème. Il ne s’agit pas d’une hostilité envers les électromobilistes. Mais autoriser sans contrôle la recharge de dizaines de voitures sur une infrastructure qui n’a pas été dimensionnée pour cet usage serait difficilement défendable de la part d’un exploitant. Et ces restrictions ne sont pas propres à La Giroflée : d’autres campings ont également communiqué sur cette interdiction.
En revanche, brandir le risque de l’incendie, comme ce fut le cas dans le camping camarguais où Pierre a séjourné, est plus problématique. Voilà qui risque d’agacer les électromobilistes tant le sujet nourrit encore de nombreux fantasmes. Une voiture électrique peut évidemment prendre feu. Et lorsqu’un emballement thermique touche sa batterie, l’intervention des secours est complexe. On l’a vu à Mougins le 11 août.
Cependant, d’après les statistiques disponibles, la probabilité qu’un véhicule électrique prenne feu reste faible et qu’un incendie implique directement sa batterie est encore plus rare. Toutes les données vont dans le même sens : il est impossible d’affirmer qu’une voiture électrique stationnée dans un camping constituerait par nature une menace supérieure à celle d’un véhicule thermique simplement parce qu’elle possède une batterie.
En revanche, le branchement électrique lui-même est un vrai sujet. Faire passer pendant plusieurs heures un courant important dans une prise, un adaptateur, une rallonge ou un circuit qui n’a pas été prévu pour cet usage peut provoquer un échauffement. C’est précisément pour toutes ces raisons qu’une installation destinée à la recharge d’un véhicule doit respecter des exigences particulières de sécurité.
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Canicule : la couleur de votre voiture influence-t-elle vraiment la température à bord ?Autrement dit, le camping qui refuse qu’un client branche son véhicule sur une prise quelconque peut avoir de bonnes raisons de le faire. En revanche, présenter la voiture électrique elle-même comme un risque d’incendie particulier est beaucoup plus discutable.
L’histoire de Théa montre toutefois l’autre côté du problème. Dans son camping Huttopia, une solution de recharge existait : une borne de 22 kW avait été installée sur le parking. Bonne nouvelle ? Pas forcément. Le tarif affiché était de 0,69 €/kWh. À ce prix, remettre 50 kWh dans un Scénic électrique coûte 34,5 €. Ça pique ! Un tarif difficile à justifier pour une borne en courant alternatif (AC) limitée à 22 kW…
On peut trouver des bornes de 300 kW en courant continu (DC) à des tarifs bien plus intéressants. Chez Ionity, le tarif est de 0,62 €/kWh pour une recharge ultra-rapide sans abonnement… Chez Electra, c’est encore mieux. Il faut compter entre 0,39 et 0,61 €/kWh (prix variable selon l’affluence). Cette borne sur le parking d’Huttopia a au moins le mérite d’exister, mais le positionnement tarifaire semble déraisonnable.
On peut difficilement reprocher à un camping d’interdire la recharge sauvage sur des prises qui n’ont pas été conçues pour cela. À l’inverse, plus le parc électrique grandit, plus il devient compliqué pour les établissements touristiques de considérer la recharge comme un besoin marginal dont leurs clients doivent se débrouiller à l’extérieur.
La réponse ne consiste pas nécessairement à installer vingt bornes rapides sur chaque parking. Mais déployer quelques bornes de 7 ou 11 kW, voire davantage de points moins puissants pilotés intelligemment, pourrait être suffisant. Un système de gestion dynamique pourrait répartir la puissance disponible entre les véhicules. C’est dans ce type d’endroit, où les véhicules restent immobilisés longtemps, que la recharge intelligente a du sens.
Une tarification raisonnable permettrait au camping de financer l’installation plutôt que de laisser ses clients consommer de l’électricité gratuitement sur leur emplacement.
Pendant longtemps, l’électricité d’un emplacement servait à alimenter un réfrigérateur ou les équipements d’un camping-car. Désormais, certains vacanciers arrivent avec une batterie de 60, 80 voire 100 kWh stationnée devant leur tente. Forcément, ça change la donne. Les exploitants ont raison de ne pas laisser leurs clients se brancher n’importe comment. Mais l’interdiction ne pourra pas constituer la seule réponse à long terme.
Avec près de 2,8 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables déjà en circulation en France, la question ne va faire que prendre de l’ampleur. Après les hôtels, les parkings, les centres commerciaux ou les stations-service, les campings vont donc eux aussi devoir apprendre à accueillir les électromobilistes. Avec des installations adaptées, une puissance correctement gérée et, surtout, un prix cohérent.
On ne demanderait évidemment pas à un camping d’installer une pompe à essence pour les clients qui roulent en thermique. Mais avec l’électrique, c’est différent. Une borne prend peu de place, ne nécessite pas de stocker du carburant et permet surtout de profiter des longues périodes pendant lesquelles les voitures restent garées sur place. À mesure que les VE se généralisent, la recharge va devenir un véritable argument commercial.
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