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Photo: Forum Renautl Zoé

Avec de plus en plus de voitures électriques et hybrides rechargeables sur les routes, le problème de l’accès aux bornes de recharge s’intensifie. Avec le témoignage de représentants associatifs et d’utilisateurs, Automobile-Propre revient sur les difficultés rencontrées par bon nombre de conducteurs.

Des voitures thermiques indésirables…

Quand on évoque le problème des engins qui squattent impunément les places réservées à la recharge des véhicules électriques et hybrides rechargeables, on pense immédiatement à ces voitures thermiques dont la présence ici peut allonger de plusieurs heures parfois un déplacement à moyenne ou longue distance.

Il suffit d’observer la valse automobile sur un parking de supermarché pour constater que sur certains d’entre eux, les emplacements devant les points de charge reçoivent davantage de modèles diesel ou à essence qu’à batterie de traction. Avec un sol peint en vert, bleu ou orange, et des panneaux très explicites, difficile de croire que leurs conducteurs se sont garés là par simple inadvertance. C’est parfois une personne handicapée qui trouvera l’endroit plus pratique pour elle, tout comme l’automobiliste qui ne conçoit pas qu’une fraction d’usagers puissent bénéficier d’une sorte de privilège de stationnement.

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Une Renault Clio garée sur une borne de recharge Leclerc dédiée aux véhicules électriques

Des superchargeurs Tesla complétement saturés par des voitures thermiques

Des superchargeurs Tesla complétement saturés par des voitures thermiques

…mais aussi des électriques

Plus subtile, l’occupation des places dédiées à la recharge par des véhicules électriques et hybrides rechargeables non raccordés aux bornes. Leurs propriétaires pensent parfois en toute bonne foi qu’il peuvent en disposer sans réserve le temps de faire leurs courses.

Quelques témoignages sur la Toile font état de commerciaux en concessions qui alimenteraient cette pratique, souvent par maladresse de langage : « Avec une voiture électrique, vous trouverez plus facilement à vous garer grâce aux places réservées ». Sur le forum Renault Zoé Z.E., plusieurs photos illustrent parfaitement le problème, dont une avec un Kia Soul EV laissé devant un superchargeur Tesla.

Une Kia Soul EV occupant un superchargeur Tesla.

Une Kia Soul EV occupant un superchargeur Tesla. Source : Forum Zoé

Les bornes sont aussi destinées aux hybrides rechargeables

Devant tant de difficultés à approcher les bornes installées sur les parkings accessibles au public, quelques électromobiliens voient d’un mauvais œil l’arrivée des voitures hybrides rechargeables. Au prétexte que ces modèles disposent d’un moteur thermique pour parcourir de longues distances, ils pensent que leurs utilisateurs devraient céder la place aux véhicules 100% électriques.

Quoi qu’il en soit, VE et VHR sont des engins branchés pour lesquels les pouvoirs publics promeuvent le déploiement de leurs propres stations de ravitaillement. Dans le projet de décret relatif aux infrastructures de recharge pour véhicules électriques, actuellement à l’étude, l’article 4 est très clair, évoquant « l’universalité de la charge notamment pour les véhicules électriques légers, les véhicules électriques d’ancienne génération, les véhicules hybrides rechargeables ».

Un problème au quotidien

Pionnier de la mobilité électrique et grand baroudeur en Citroën C-Zéro, Jérôme Fresnay est constamment confronté à Rennes (35) au problème des voitures ventouses. « Pendant des mois, au parking Kléber, un SUV hybride non rechargeable Lexus occupait une place réservée VE. Lorsque j’ai fait remarquer à son propriétaire qu’il ne devait pas se garer là, il m’a répondu : ‘Mais c’est une voiture électrique !’ », explique-t-il. L’affaire est ensuite montée suffisamment haut à la direction des parkings de Rennes Métropole, pour qu’une pancarte soit ajoutée et le problème apparemment résolu.

« Au parking du centre commercial Carrefour Alma, c’est une Peugeot iOn qui occupe pratiquement tous les jours un emplacement dédié à la recharge, même le dimanche, sans être branchée », déplore Jérôme Fresnay. Une autre situation courante, selon ses observations : « la recharge normale à partir d’une prise AC d’une borne rapide, mobilisant le matériel trop longtemps ».

De plus en plus fréquent

« Même si les bornes de recharge se déploient désormais plus rapidement, les ventes en voitures électriques connaissent un rythme encore supérieur », explique Robert Morandeira, alias Bob66, autre pionnier de la mobilité électrique et globe-trotter en Renault Zoé, mais aussi président fondateur de L’Ame66, une association pour promouvoir la mobilité électrique dans les Pyrénées-Orientales et ailleurs.

Pour lui, les infrastructures de ravitaillement en électricité vont être de plus en plus souvent inaccessibles. « A Barcelone (Espagne), par exemple, les chauffeurs en taxis électriques sont davantage ennuyés qu’auparavant pour recharger leurs véhicules, ce qui bloque régulièrement leur activité », rapporte Robert Morandeira. « Aux dégradations volontaires s’ajoute le cas toujours plus fréquent des particuliers qui laissent branchées leurs voitures bien après la fin de l’opération », complète-t-il.

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L’enjeu

Laisser libre l’accès à la recharge est d’abord une question de civisme. Pour l’électromobilien particulier, il s’agit de pouvoir poursuivre sa route, ou simplement de rentrer rapidement chez lui, en faisant le plein des batteries comme on le ferait d’un réservoir avec du carburant.

Pour le professionnel, c’est l’activité de son entreprise et la qualité de son service qui sont en jeu.

Action coup de poing en Suède

Irait-on bloquer l’accès à des pompes à essence ou de gazole en garant des voitures électriques devant ? Non, bien sûr ! « C’est pourtant ce qu’a fait un club suédois indépendant qui rassemble des propriétaires de Tesla Model S », rappelle Yves Duverneix, co-fondateur de l’ACOze, une association nationale de conducteurs d’automobiles zéro émission, issue du forum Renault Zoé Z.E.

L’occupation d’une station-service en Suède par des Model S, pendant quelques minutes seulement, a eu lieu en mai 2015. Il s’agissait d’une opération de communication qui visait à faire réfléchir les automobilistes occupant abusivement les places réservées à la recharge des voitures électriques et hybrides rechargeables. Elle est partie d’une simple question posée dans un magazine automobile : « Garez-vous votre voiture thermique devant des bornes de recharge juste pour protester ? ». Ce sont 7% des lecteurs qui ont répondu par l’affirmative. Il n’en fallait pas plus pour décider une douzaine d’électromobiliens à passer à l’action.

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Pour protester contre l’occupation des bornes de recharge par les véhicules thermiques, une flotte de Tesla a occupé une station service en Suède.

ICE-ing

Yves Duverneix signale que, dans certains pays anglophones, le fait de stationner avec un véhicule thermique sur une place réservée à la recharge des voitures branchées a son verbe. ICE-ing est composé avec les initiales de « Internal Combustion Engine ». Pourquoi ne pas essayer de trouver un terme français qui s’inspirait de la traduction « Moteur à combustion interne » ? Ou peut-être plus simplement à partir de « thermique », pour retrouver l’idée d’un jeu de mot : Ice = glace. Thermiter ? Déposez, si vous le voulez bien, vos propositions en commentaires à la suite du présent article ! Outre-Atlantique, l’Association des Véhicules Electriques du Québec (Aveq) a tranché pour « vacher », « VAC » provenant de « Véhicule A Combustion ». Le site de l’Aveq illustre : « Il est très approprié de mentionner que cet acte répréhensible est VACHE ! On pourra donc à l’avenir mentionner qu’on s’est fait VACHÉ la borne. Entre nous, on se comprendra ! ».

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Article R417-10 du Code de la route

Selon Yves Duverneix, Robert Morandeira et Jérôme Fresnay, mais aussi Renaud Lemaire, président de l’association Mobil’Eco  pour la promotion de la mobilité électrique, le problème de l’occupation abusive des emplacements d’accès aux bornes de recharge pourrait largement s’atténuer avec un minimum de communication, à différents niveaux, et de la part des différents acteurs concernés. Un effort d’autant plus nécessaire que les forces de l’ordre ne peuvent intervenir dans toutes les situations. Certes, il y a bien l’article R417-10 du Code de la route qui stipule : « Est également considéré comme gênant la circulation publique le stationnement d’un véhicule […] devant les dispositifs destinés à la recharge en énergie des véhicules électriques ». Les contrevenants risquent de devoir supporter une contravention de la deuxième classe, soit, à ce jour, 35 euros pour l’amende forfaitaire, éventuellement minorée à 22 euros, ou majorée à 75 euros, mais aussi une éventuelle mise en fourrière « dans les conditions prévues aux articles L. 325-1 à L. 325-3 » du Code de la route.

Des actions à mettre en oeuvre

Campagnes de communication, outils spécifiques ou solutions techniques supplémentaires, de nombreuses actions pourraient être mises en oeuvre pour faciliter la vie des usagers. Des solutions que nous vous invitons à découvrir dès demain pour la seconde partie de cet article… Bref, restez branchés sur Automobile-Propre !

Voir la suite de notre article :

 

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