Borne de recharge rapide Brev'Car

Avec des réseaux qui établissent chacun leurs propres règles, la recharge devient une opération complexe et pénalisante. Ce qui est de nature à ralentir le développement de la mobilité électrique. Un frein que souligne l’association ChargeUp qui appelle l’Europe à se saisir du sujet. 

Une directive AFID à réviser

Adoptée en 2014, la directive européenne 2014/94/EU sur le déploiement d’une infrastructure pour carburants alternatifs (AFID) doit prochainement être révisée. En parallèle, l’Europe espère lancer un nouveau paquet législatif pour abaisser les émissions de gaz à effet de serre, et ce, avec un objectif de diminution d’au moins 55 % d’ici 2030. Voici pourquoi ChargeUp saisit ce moment pour interpeller la Commission européenne !



Représentant la filière de la recharge des véhicules électriques, l’organisme demande l’adoption d’un règlement sur les infrastructures de recharge. Gérées avec efficacité, ces infrastructures de recharge pour les véhicules électriques contribueraient à accélérer la décarbonation des transports. À défaut, les milliards injectés en Europe dans l’électromobilité n’apporteraient pas les effets escomptés.

Les constructeurs ont réalisé de lourds investissements pour adapter leurs gammes de véhicules. « La prochaine étape consiste pour l’Europe à prendre le leadership industriel sur les infrastructures de recharge », assure ChargeUp.

Pour appuyer sa démarche, l’organisme a dressé son propre constat sur la recharge des véhicules électriques. « Un patchwork d’approches nationales, l’absence de règles de concurrence. Et des modèles de planification politique incohérents aux niveaux européen et national. Le tout risque de ralentir la transition des VE au moment même où elle devrait s’accélérer », prévient ChargeUp. La filière souhaite faire sortir la mobilité électrique du cadre de la directive AFID pour qu’un règlement sur mesure se mette en place concernant les bornes de recharge.

Ce nouveau texte prévoirait « des objectifs de déploiement intelligents, une interopérabilité obligatoire pour permettre aux automobilistes d’accéder et d’utiliser l’infrastructure de recharge (par exemple, obligation pour les opérateurs de participer à l’itinérance, normes technologiques harmonisées et protocoles ouverts) et des exigences uniformes en matière de concession et de raccordement ».

Selon ChargeUp, « tous ces éléments sont nécessaires de toute urgence pour encourager l’investissement privé qui permettra au marché des IRVE d’évoluer plus rapidement ».

Le déploiement trop lent de la recharge

« Un marché unique européen des infrastructures de recharge pour le VE n’existe tout simplement pas à l’heure actuelle », met au jour ChargeUp. C’est en particulier le fruit d’un manque d’harmonie concrète sur différents points, comme des exigences divergentes en matière de matériel, de tarification ou d’accessibilité. Mais aussi des procédures de concession discriminatoires, et un manque d’attribution de foncier sur l’espace public pour la recharge rapide.

S’ajoute aux freins contrariant le développement des maillages le report dans d’autres directives de certaines obligations de recharge, comme le pré-équipement pour la recharge dans les bâtiments. Ce dernier s’intéresse aussi aux sites non résidentiels privés et ceux accessibles au public. Cette part échappe aux exigences nécessaires sur les caractéristiques du matériel de recharge à déployer. Le tout nuit à la qualité des services qui devraient être fournis aux électromobiliens.

Objectifs visés

Selon ChargeUp, l’adoption d’un règlement européen spécifique aux IRVE permettrait de réaliser 6 objectifs.

1 – Disposer de 3 millions de stations de recharge d’ici 2030 en Europe

Pourquoi imposer arbitrairement un nombre de bornes par territoire ? L’organisme souhaite des objectifs intelligents sur le long terme, qui soient corrélés à l’augmentation du volume de véhicules électriques en circulation et aux besoins réels de recharge. Les progrès technologiques serviraient tous les États. Les aides au financement accordées par l’Europe devraient être soumises à de nouvelles contraintes.



Ces dernières auraient 2 rôles principaux :

  • Éviter que des États membres soient à la traîne
  • Garantir que le réseau de recharge européen soit vraiment interopérable.

2 – Créer un marché ouvert et prévisible pour les investisseurs et opérateurs

« Le déploiement, la conception, l’investissement, la maintenance et l’entretien des infrastructures de recharge est une activité commerciale rationnelle qui nécessite des plans d’investissement à long terme », plaide ChargeUp. Une réglementation harmonisée au niveau de l’Europe aiderait la filière à faire les bons investissements.

3 – Empêcher le développement d’une Europe à deux vitesses

Le manque d’harmonisation entre les États en matière de développement de la mobilité électrique est nuisible à plusieurs niveaux ; déjà au niveau de la circulation en Europe des voitures, utilitaires et poids lourds branchés. Un électromobilien doit pouvoir sortir de son pays et rouler aussi facilement dans les autres. En outre, le retard pris sur certains territoires a des conséquences multiples, comme sur la main-d’œuvre spécialisée, le tourisme, le développement commercial et industriel, etc.

4 – Éviter le ralentissement de l’adoption des véhicules électriques

Les objectifs européens de réduction des émissions carbonées sur les voitures particulières, fourgonnettes et camions ne seraient plus isolés. Ils se conjugueraient avec des contraintes en termes de déploiement d’IRVE. Et ce, afin d’éviter une crainte des automobilistes et des professionnels à passer aux modèles électriques. « Un règlement dédié aux instructions de recharge des véhicules électriques mettrait fin au débat sur la poule et l’œuf, sur ce qui doit venir en premier, le véhicule ou la recharge », explique l’organisme.

5 – Sauvegarde des intérêts des conducteurs

Un règlement spécifique aux IRVE garantirait à tous les électromobiliens européens des conditions identiques d’accès à la recharge, en matière de technologie et de tarification. Le texte formulerait des exigences techniques minimales cohérentes sur les interfaces matérielles et logicielles interopérables applicables par les États membres. Ce qui améliorerait l’expérience de conduite des véhicules électriques. Les utilisateurs pourraient ainsi comparer les tarifs appliqués par les réseaux aussi simplement que les prix à la pompe. ChargeUp milite pour qu’un électromobilien puisse accéder à conditions égales à tous les réseaux de charge en Europe. Et ce, sans discrimination, avec un seul contrat obtenu auprès du fournisseur de services de leur choix.

6 – Soutenir les ambitions de l’UE en matière de transition énergétique

Avec un matériel normalisé défini dans un règlement, les processus de validation seraient plus courts. Par ailleurs, les maillages de recharge serviraient les réseaux électriques nationaux. Des synergies entre les 2 « sont d’une importance stratégique majeure pour notre secteur, le système énergétique et l’économie dans son ensemble », justifie ChargeUp. Ce qui aiderait l’Europe à devenir plus indépendante en matière d’énergie.

Avis de l'auteur

Cette harmonisation au niveau européen appelée par ChargeUp aurait dû être mise en place depuis longtemps. Bien sûr qu’elle est nécessaire pour que les opérateurs de recharge puissent imaginer des modèles financiers. Et aussi pour les fabricants de bornes ainsi que les utilisateurs.

Alors que des centaines de milliers de véhicules électriques circulent en Europe, on en est encore à faire émerger des réseaux de recharge sans s’inquiéter des réels besoins des électromobiliens. Et d’entendre aussi encore trop souvent des justifications à côté de la plaque.

Est-ce normal, 10 ans après la commercialisation des premiers VE lithium, que seulement quelques modèles soient vraiment à l’aise dans les longs trajets ? Si la mobilité électrique est stratégique contre le dérèglement climatique et la pollution, pourquoi avoir laissé un tel amateurisme s’installer ?

Il faut rebattre les cartes et s’appuyer sur les acteurs de la recharge qui ont fait leurs preuves. Il est quand même un peu tard pour le faire, mais c’est nécessaire.