Alain Burette espère rouler en voiture électrique depuis plus de 20 ans. Aidé par un de nos lecteurs, il a acquis un Kangoo électrique de première génération et une Volta. Sa surprise a été totale d’apprendre que sa région est la seule de France à soutenir aussi mal l’électromobilité.

Envie d’écologie…

Aujourd’hui retraité, Alain Burette a enchaîné différents métiers. Ceux qu’il aime mettre en avant, ce sont : « Luthier, mais attention, pas le vendeur, mais le fabricant en instruments dans les règles de l’art, et orthoprothésiste, pour réparer mes copains motards ».

Rouler plus vertueux, notre interlocuteur y pense, et même l’a déjà pratiqué, il y a longtemps. « J’ai eu 2 voitures au GPL, une Renault 11 à carburateur, et une Peugeot 405 SRI », témoigne-t-il.

Si une Citroën ID de 1967 – « La DS du pauvre », comme il dit -, sommeille dans le sous-sol de sa maison, les aléas de la vie lui ont glissé entre les mains le volant d’une ZX diesel qu’il cherche à oublier.

…de rouler électrique

« Ca fait plus de 20 ans que j’espère rouler en voitures électriques ! Mais avec 1.000 euros de retraite par mois, pas question de m’acheter une Tesla, ni même une Zoé », nous confie-t-il. Alors ?

Grâce à notre lecteur Bruno Bénard, qui aime toucher aux anciens véhicules branchés, Alain Burette a pu acquérir en quelques mois un Kangoo Electri’Cité à batteries Nickel-Cadmium, un scooter électrique Peugeot Scootelec qui partage la même chimie de cellules, et un utilitaire Volta à l’origine équipé d’un pack plomb gel, mais qui devrait subir un rajeunissement à ce niveau. Que des véhicules électriques en panne, qu’il redémarre progressivement !

Carte grise plein tarif !

« Le Kangoo avait la carte électronique Ceve HS et 4 ou 5 éléments de batterie explosés, la Volta n’a plus ses batteries et est en panne. Je viens de le remonter du 93 où je l’ai acheté il y a une quinzaine de jours pour une bouchée de pain. Le Kangoo, je l’ai fin décembre. Grâce à Bruno, il roule depuis mars », détaille Alain Burette.

En avril, il constate amèrement que la région lui facture plein tarif la carte grise. « A part l’Outre-mer, c’est la seule région de France à le faire, quand ailleurs c’est gratuit ou exonéré à 50%. Ce n’est pas le coup de payer une carte grise qui me gène, mais le coup de ne pas faire de différence avec un vieux diesel », dénonce-t-il.

Plein tarif depuis 2017

De son côté, Bruno Bénard est également interloqué. « Aussi loin que je me souvienne, la carte grise était gratuite dans notre région Centre-Val-de-Loire pour les voitures et utilitaires électriques. Ainsi en 2010 ou 2011, quand j’ai eu mon premier VE ». Tous les 2 ont fait part de leur surprise à la collectivité.

« Depuis le 1er janvier 2017, le montant du cheval fiscal est égal à 49,80 euros sans exonération pour les véhicules moins polluants. Ce tarif est la condition qui a permis aux élus du Conseil régional de maintenir le niveau de service rendu aux habitants et aux entreprises de la région, alors que les dotations qui lui sont versées par l’Etat ont connu une baisse continue depuis 2013 (de l’ordre de 63 millions d’euros entre 2013 et 2017) », peut-on lire sur le courrier reçu par Alain Burette.

Depuis la Vendée où je suis actuellement en déplacement dans le cadre du Vendée énergie Tour, rencontrant nombre d’élus qui, au contraire, font tout pour promouvoir la mobilité durable, cette réponse a effectivement du mal à se comprendre sur fond d’urgence climatique !

Curieux…

Datée du 24 mai 2019, la réponse faite à Alain Burette par Nicolas Gonthier, soussigné « Pour le président du conseil régional du Centre-Val-de-Loire et par délégation, directeur des finances », ne manque pas de piquant !

Elle rappelle que la collectivité à « la possibilité de voter une exonération, partielle ou totale, pour un ensemble, non dissociable, de véhicules considérés comme moins polluants »… ce qu’elle ne fait pas !

Et puisque tout est bien dans le meilleur des mondes : « Les chiffres des immatriculations réalisées en région Centre-Val-de-Loire au titre de l’année 2017 montrent que cette décision n’a pas empêché une nouvelle progression des immatriculations de véhicules moins polluants (+14%, soit 1,8% de l’ensemble des immatriculations réalisées en 2017, en hausse de 0,2 point) », découvre-t-on sur ce même support.

…arguments

De son côté, Bruno Bénard s’est adressé à l’Observatoire régional des transports.

Son représentant, Fabien Guillemaut, responsable de l’unité déplacements-bruit, préfère lister les autres avantages des véhicules électriques : « Ils bénéficient d’une aide de 6.000 euros, dans la limite de 27% du prix d’achat TTC. Ce bonus peut atténuer le coût de la taxe régionale. Je précise que le prix du carburant (électrique) est de l’ordre de 1,5 à 2 euros pour 100 km et est 5 à 7 fois moins élevé que l’essence et le diesel. De plus le véhicule électrique est plus simple à recharger et est moins coûteux à l’entretien. La durée de vie du moteur serait 4 fois plus longue que celle des moteurs à essence ou diesel ».

Oui, mais…

Alain Burette n’est pas tout à fait d’accord avec ces réponses. De son côté, il a calculé qu’une recharge, pour 80-90 kilomètres, lui est facturée par EDF 2,30 euros. Ce qui reste bien sûr meilleur, il le reconnaît.

Mais : « L’aide de 6.000 euros ne me concerne pas, puisqu’elle ne s’applique qu’aux voitures électriques neuves. L’entretien de mes voitures électriques peut coûter cher : 3.000 euros pour changer le pack de batteries du Kangoo. Et sur la Volta, il y a des charbons à remplacer régulièrement », plaide-t-il.

Il ajoute : « Avoir seulement un véhicule électrique, c’est encore se limiter dans ses déplacements, et souvent ne pas pouvoir tracter ne serait-ce qu’une petite remorque. Ca reste donc une contrainte, même si le véhicule est plus cool à conduire, qu’il ne pollue pas et ne fait pas de bruit. J’en sais quelque chose : Après 30 ans de résidence à Orléans, je me suis réfugié à la campagne pour fuir les nuisances de la circulation ».

Où sont les bornes de recharge

Alain Burette et Bruno Bénard habitent dans le Loiret. On ne peut que croiser leurs mésaventures avec le retard pris sur le territoire concernant le déploiement des bornes de recharge. Certes, avec d’anciens véhicules électriques, la solution qui s’impose au quotidien pour eux est de régénérer chez soi les batteries. Mais l’absence, a priori, d’un schéma d’équipements en IRVE à l’échelle du département en dit beaucoup sur la prise en compte de l’électromobilité par nombre d’élus du Loiret et de la région dont il dépend.

Pire encore, Bruno Bénard nous signale : « Autrefois, la mairie accordait la gratuité du parking aux véhicules électriques à condition d’être résident. Aujourd’hui, il est possible de bénéficier d’un tarif préférentiel, sous condition que le véhicule ne dépasse pas 3 mètres de long ! ».

Petite vérification : Renault Zoé = 4,08 mètre de long ; Volkswagen e-up! = 3,54 m ; Peugeot iOn = 3,47 m. Quels sont donc les véhicules électriques qui sont concernés à Orléans par la réduction du tarif de stationnement ? A part les quadricycles lourds et légers…

Automobile Propre et moi-même remercions Alain Burette et Bruno Bénard pour leurs témoignages.

Retraité en véhicule électrique, il dénonce l’immobilisme de sa région
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