SUV

Entre contraintes environnementales et exigences techniques, tout porte à croire que les SUV ne sont pas vraiment compatibles avec l’électromobilité.

Le marché de l’automobile semble traverser une drôle de période un peu schizophrène. D’un côté, dans une époque où tout le monde jure la main sur le cœur que la sauvegarde de l’environnement est la grande cause à défendre, la demande pour les SUV n’a jamais été aussi forte. De l’autre, le marché de la voiture électrique est en pleine croissance.



Va comprendre, Charles.

En fait, les deux tendances ne sont peut-être pas si incompatibles, voire se rejoignent sur certains points : fini la voiture-frime, symbole d’un certain individualisme érigé en art de vivre, bienvenue à la voiture utile, voire utilitaire, familiale ou conviviale, dans laquelle on peut loger, pardon, transporter sa tribu, que ce soit sa descendance pour aller pique-piquer, ou une bande de potes pour aller au ski (ou au golf, n’est-ce pas).

Mais quand même, si le SUV, si populaire chez une grande partie des automobilistes, a aussi mauvaise presse chez les autres, c’est qu’il y a quelques raisons, et on les connait : l’engin est gros, lourd, encombrant, mal profilé en termes d’aérodynamique, plus polluant qu’une voiture « normale », voire moins sécuritaire qu’il n’y parait, avec son centre de gravité élevé qui lui confère dans certaines situations une tendance un peu prononcée à se mettre sur le toit.

Bref, tout le contraire d’une « vertueuse » voiture électrique, sauf le poids (mais là c’est la faute des batteries, pas du style).

Et c’est bien là que le bât blesse, et que cette dernière pourrait signer à terme la fin des SUV. Alors certes, pour le moment la tendance semble prouver l’inverse, puisque nombre de constructeurs ont lancé leur gamme EV avec de gros SUV, qu’il s’agisse de Mercedes, Audi, BMW, voire, dans son genre Jaguar. Même Tesla a succombé à la mode avec son imposant Model X, puis dans une moindre mesure avec la Model Y, deux voitures qui ressemblent d’ailleurs davantage à des monospaces qu’à des 4X4. Presque des aberrations puisque ces derniers cumulent à la fois les tares de leur ascendance et de l’électrique : poids et encombrement. On a donc des véhicules doublement lourds. Exemple ? Un Merco EQC affiche au calme 2,5 tonnes sur la balance.

Il va falloir inventer le SUV électrique léger… Cherchez l’erreur

Mais si l’on veut être un peu logique, et compte-tenu des contraintes de l’électrique (sans compter bientôt celles, réglementaires, liées au poids), le bon gros SUV n’a plus vraiment sa place dans l’échiquier. Car que veut-on ? Des voitures « légères » (oui je sais…), offrant peu de résistance au vent, donc assez basses et profilées, tout en proposant un ratio encombrement extérieur/espace intérieur très favorable. Le tout, toujours, pour favoriser l’autonomie, et donc être de plus en plus éco-friendly, avec moins de recharges donc moins de consommation.

Alors certes il y a les petits SUV, de type Hyundai Kona, qui s’essayent à combiner le meilleur des deux mondes, convivialité, look légèrement baroudeur (urbain), mais l’espace intérieur est compté, et l’on sent que le style a primé sur le côté fonctionnel, ou en tout cas familial.

Si les constructeurs veulent continuer à satisfaire l’importante demande des consommateurs pour le format SUV tout en allant vers l’électrification, il va leur falloir redoubler d’efforts et d’inventivité pour trouver comment rendre leurs engins à la fois légers et aérodynamiques.

En attendant, ils ont opéré une transition plutôt maline : transformer leurs gammes de gros SUV en hybrides rechargeables, ce qui en fait des voitures classées comme peu polluantes, passant à travers les taxes et permettant aux clients de s’offrir une image vertueuse. Même ceux – et ils sont nombreux – qui n’utilisent jamais la motorisation électrique.