Arte et France Info ont récemment diffusé des reportages mettant en cause une nouvelle fois l’impact environnemental de la voiture électrique. Il n’en fallait pas plus pour refaire monter au créneau Marc Muller à l’origine du film « A contresens ».

Cas d’école d’analyse

Programmé sur Arte le mardi 24 novembre dernier, le premier document, intitulé « La face cachée des énergies vertes », a tout simplement fait bondir l’écologiste et journaliste suisse Marc Muller. « Ce documentaire est tellement manipulé et orienté, que c’est véritablement un cas d’école d’analyse », lâche-t-il dans une nouvelle vidéo de 6 minutes postée sur le compte Facebook de son propre film.



À l’origine du film, Marc Muller a réagi sur Facebook suite à la publication du documentaire d’Arte

L’erreur la plus facilement identifiable par le public, c’est cette affirmation dans la vidéo Arte : « Sans néodyme, la voiture électrique ne pourrait tout simplement pas rouler ». Marc Muller confirme que cet élément est bien une « terre rare qui est polluante à extraire et à transformer ».

Mais il rappelle surtout que le VE n’est pas marié avec. « Les moteurs asynchrones, c’est de l’aluminium, du cuivre et de l’acier, qui génèrent un aimant par un champ magnétique induit », rappelle-t-il, précisant que « ces moteurs ne contiennent absolument pas de terres rares ».

Construire plutôt que dézinguer

Les 5 minutes 30 de Complément d’enquête consacrées sur France Info au sujet « Des voitures électriques pas si écologiques » sont logées à la même enseigne par Marc Muller.

« Les journalistes de ces vidéos adoptent des positions anti tout. On le sait bien qu’il y a des problèmes de pollution : ils sont dénoncés depuis des années. Mais dénoncer, c’est dépassé ! Maintenant, ce qu’il faut, c’est arrêter de brouiller les cartes et faire des propositions concrètes, nous dire comment on sort de là », nous indique-t-il dans un nouvel entretien réalisé ce lundi 30 novembre 2020.

« Les choses sont présentées comme s’il y avait de la manipulation là-dessous, par une société cachée : d’un côté les industriels qui seraient les méchants, face aux gentilles populations. Ce n’est pas vrai », décrypte-t-il.

Courant technophobe

« La démarche des journalistes de Arte et France Info est clairement technophobe et joue sur les émotions. Aussi bien avec la voiture électrique qu’avec les éoliennes. Le néodyme dans les turbines de ces dernières, c’est dépassé », assure notre interlocuteur.

« Ces pales dans un champ en Allemagne, c’est une mise en scène. Il peut y en avoir dans un coin en attente d’être débarrassées, mais pas dans les proportions annoncées sur Arte. Déjà parce que c’est interdit et surveillé en Allemagne, et qu’il y a tout un travail sur les processus de recyclage actuellement », détaille-t-il.

« Ce problème me rappelle ces photos qui tournent en boucle sur Internet et les réseaux sociaux de pales d’éoliennes enterrées aux États-Unis. Ça s’est produit une fois quelque part dans le monde et on en fait une généralité. C’est le cas typique de création d’un phénomène qui n’existe pas », déplore-t-il.



Tirer sur le high-tech

« Le high-tech est une cible qui a bon dos du point de vue de l’audimat. Mais la transition énergétique, ce n’est pas que ça. Il y a aussi l’isolation des bâtiments, les pistes cyclables, etc. L’énergie pour le chauffage pèse aussi une part très importante », compare Marc Muller.

« Rouler moins, je suis le premier à le dire et à le faire, utilisant moi-même un vélo pour aller aux commissions. Nous sommes victimes de l’hyper mobilité. Mais une fois débarrassés des déplacements qui peuvent l’être, il en reste encore beaucoup à assurer avec des véhicules individuels à moteur. On fait comment ? Quelle est la meilleure techno pour ça ? Ces 2 reportages n’en disent rien. Et c’est bien cela leur problème », met-il au jour.

« En se plaçant dans la dénonciation, les journalistes pensent interpeller le public, mais aussi et surtout les politiques. Ces derniers ne les ont pas attendus pour imaginer des scénarios sur la disponibilité des matériaux, et des moyens pour améliorer les filières du recyclage et les conditions de travail dans les mines. Des thématiques qu’ils connaissent très bien », témoigne-t-il. En toute connaissance de cause, puisqu’il a été lui-même responsable du domaine solaire au sein de l’office fédéral suisse de l’énergie.

Progrès technologiques

Dans sa vidéo sur Facebook, Marc Muller rectifie certaines erreurs ou impressions qui peuvent rester après la découverte des reportages diffusés sur Arte et France Info. « On joue sur les mots entre terres rares, métaux rares, métaux précieux, etc. : dans une batterie lithium de voiture électrique, il n’y a absolument pas de terres rares », insiste-t-il.

Sur le sujet du lithium, il rappelle qu’il s’agit, en Bolivie, d’un déchet de l’extraction du potassium qui était auparavant renvoyé dans le sol après exploitation de la saumure. Il s’amuse d’ailleurs des images du reportage d’Arte qui montrent le déplacement de sac de potassium pour l’agriculture intensive, et non de lithium.

Au sujet de l’impact environnemental de la voiture électrique, par rapport aux modèles thermiques, l’écologiste suisse renvoie les réalisateurs des 2 films vers les écobilans les plus récents. En 10 ans, l’évolution des batteries de traction a été phénoménale, passant de 60 à 200-250 Wh par kilo de capacité. « La même batterie a besoin de 4 fois moins de ressources minières 10 ans après, et donc 4 fois moins d’impact de production qu’à ce moment-là », chiffre-t-il, soulignant que les batteries permettent de parcourir aujourd’hui 300 000 km et au-delà, contre 100 000 en 2010.

Si on ajoute la part grandissante des énergies renouvelables dans la fabrication des voitures électriques et de leurs batteries, « l’impact environnemental d’une voiture électrique par rapport à 2010, c’est 3 à 10 fois moins en 2020 », poursuit-il.

L’audimat ne fait pas avancer notre société

Marc Muller dénonce une course au sensationnalisme, aux clicks, et à l’audimat « qui ne fait pas avancer notre société ».

Il maintient : « Si on veut avancer dans la transition énergétique et la transition écologique, il faut se baser sur les faits et sur la science pour pouvoir choisir les bonnes solutions ».

Notre interlocuteur aimerait, par exemple, qu’on évoque les millions placés pour résoudre les problèmes du cobalt : « C’est ce qu’il est intéressant de montrer ».

Guillaume Pitron et la transition énergétique

Guillaume Pitron est-il contre la transition énergétique ? Eh bien non ! Dans un entretien accordé à Thinkerview au sujet de « L’enfumage de la transition énergétique », retrouvé sur YouTube par notre Community Manager qui n’hésite pas à remonter aux rédacteurs les demandes de nos lecteurs (merci David), le coréalisateur du documentaire diffusé sur Arte le reconnaissait, à 1 h 13.

« Je suis trop content de me débarrasser du pétrole et du charbon, je ne veux plus en entendre parler. Et on est tous d’accord pour dire que si le nucléaire peut baisser dans les mix énergétiques, c’est bien. Je suis pour cette transition écologique. Je préfère davantage d’éoliennes, et moins de centrales à charbon. Je préfère davantage de panneaux solaires, et moins de centrales à pétrole. À choisir, je prends », affirme-t-il.

Évoquant « un moindre mal », il justifie : « Je prends pour au moins une raison, c’est que ça émet moins de gaz à effet de serre. […] Il y a des choses à faire pour limiter les effets pervers de cette transition, et peut-être qui si on les met strictement en œuvre, on va peut-être y arriver ».

Voilà ce qui manque, pour bien informer le public, aux 2 reportages bombardés sur les chaînes de télévision fin novembre 2020.

Automobile Propre et moi-même remercions beaucoup Marc Muller pour nous avoir une nouvelle fois consacré un peu de son temps.