Le réseau de distribution du superéthanol E85 s’étend avec plus de 1.200 sites (15% des stations-service) disponibles en France à l’été 2019, les volumes vendus en France sont passés en 10 ans de 27,5 millions (2018) à 185,5 millions de litres, les installateurs de boîtiers flexfuel rapportent que les demandes sont en forte hausse (plus de 50% chaque année), etc. : Quels sont les avantages liés à l’utilisation de ce carburant qui poussent les automobilistes et les professionnels à se tourner vers lui.

65-85%

Le superéthanol E85 contient un mélange d’essence SP95 avec une proportion de 65 (hiver) à 85% (été) de bioéthanol. Ce dernier est un alcool obtenu en France principalement avec des betteraves (15% de la production française) et des céréales dont en particulier du blé et du maïs (5% de la production française).

Dans une moindre mesure, ou sous d’autres latitudes, ces produits fermentescibles peuvent être complétés ou remplacés par de la canne à sucre, du raisin, des pommes, des pommes de terre, des topinambours, et divers déchets végétaux.

Dans l’Hexagone, environ 1% des surfaces cultivables sont exploitées pour alimenter la filière du bioéthanol, soit moins de 350.000 hectares.

Un carburant beaucoup moins cher…

Si l’on tient compte d’une surconsommation maximale de 20-25% avec l’E85, le prix au litre est moins cher d’environ 60 centimes a* par rapport à l’essence ou à l’usage d’un diesel.

Pour une voiture qui consommerait 6 litres d’essence ou de gazole afin d’effectuer 100 kilomètres, l’économie est de 3,60 euros. Le kilométrage annuel moyen en France pour les voitures particulières étant de 14.000 km, c’est donc une enveloppe de l’ordre de 500 euros qui peut être affectée chaque année à d’autres dépenses.

Pour de plus gros rouleurs, l’installation d’un boîtier de conversion (dès 700 et jusqu’à 1.500 euros) sur une voiture essence peut être amortie dès le premier exercice. En outre certaines collectivités accordent des aides pour faire effectuer cette opération, par un technicien habilité, avec un système homologué.

Présenté début 2019, le Kuga Flex-Fuel est monté d’origine pour fonctionner à l’E85

…parce que moins taxé

Le prix plus intéressant à la pompe est la raison principale qui pousse un nombre toujours plus important d’automobilistes à passer au superéthanol. Alors que le litre d’essence et de gazole est taxé par les pouvoirs publics français autour de la tranche 60-68 centimes d’euros, celui de l’E85 l’est à moins de 12 centimes.

Un avantage fixé dans la loi de finances et qui devrait être reconduit d’année en année afin de faire diminuer toujours plus la place de l’essence et du gazole pour la mobilité. Et ce, vraisemblablement, mais de façon adaptée, jusqu’à leur disparition programmée en France avec l’arrêt à horizon 2040 de la commercialisation des véhicules neufs les exploitant.

Quoi qu’il en soit, ce sont les professionnels et automobilistes qui se tournent le plus tôt vers les énergies alternatives qui bénéficieront sur le plus long terme des aides dédiées.

Moins de polluants : Exempté de circulation alternée

A l’échappement, par rapport à un modèle fonctionnant à l’essence SP95, l’usage du superéthanol est à l’origine de la baisse de 90% des particules fines, de 30% des oxydes d’azote et de moindres rejets de monoxydes de carbone.

C’est ce qui a décidé les autorités en charge de la circulation en Ile-de-France en 2014, dans un arrêté daté du 7 juillet, à exempter du dispositif de circulation alternée, en cas de pic de pollution, les véhicules alimentés à l’E85.

En revanche, contrairement aux voitures fonctionnant au gaz, et en dépit de la demande d’associations d’utilisateurs, celles équipées pour le superéthanol n’ont pas droit (pour l’instant ?) à la vignette Crit’Air 1 qui leur donnerait l’accès aux plus récentes zones de circulation restreinte. Pas plus que la conversion à ce carburant, grâce à un boîtier flexfuel, ne permet à ce jour de faire progresser l’engin dans une catégorie plus avantageuse du classement. Alors même que le certificat d’immatriculation (carte grise) doit être modifié pour prendre en compte cette transformation.

Entre 50 et 75% de CO2 en moins

Pour un automobiliste moyen, la baisse annuelle des émissions de CO2 est de l’ordre de la tonne. Des chiffres qui diffèrent selon les scénarios en œuvre autour de la production du bioéthanol.

La filière s’est développée récemment avec la création de sites particulièrement performants qui fonctionnent en boucles locales plus ou moins longues, l’idéal étant toujours d’utiliser des produits fermentescibles récoltés dans des secteurs proches des usines, avec une alimentation des stations-service dans un périmètre relativement peu étendu.

Le calcul des volumes des gaz à effet de serre non émis doit aussi tenir compte des captages de CO2, de la méthanisation des effluents, de l’exploitation des sources géothermiques et des déchets pour obtenir de l’énergie exploités par les sites de production. Le gaz carbonique dégagé pour obtenir du bioéthanol est de plus en plus exploité par le secteur agroalimentaire, notamment dans la réalisation de boissons à bulles.

En outre les bioraffineries n’exploitent pas toute la masse des végétaux qui arrivent à leurs portes. Il en ressort des produits riches en vitamines qui sont exploités dans l’alimentation des animaux.

Prime gouvernementale à la conversion

A la double condition de se débarrasser d’un véhicule diesel immatriculé avant le 01/01/2001 (cas général) et avant le 01/01/2006 pour les foyers les plus modestes (revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 13.489 euros), ou d’un modèle essence mis en circulation avant le 01/01/1997, et d’acquérir contre moins de 60.000 euros TTC un nouveau véhicule reconnu comme plus vertueux pour l’environnement, une prime à la conversion peut être accordée lors de l’achat d’une voiture fonctionnant au superéthanol.

Exclusivement à destination des ménages des 5 premiers déciles souhaitant acquérir une voiture particulière ou un utilitaire léger thermique neuf, immatriculé pour la première fois après le 1er septembre 2019, et dont les émissions de CO2 sont au maximum de 116 grammes par kilomètre, une enveloppe de 1.500 euros peut être obtenue. Elle est même de 3.000 euros pour ceux dont le trajet domicile-travail est supérieur à 30 kilomètres ou qui parcourent plus de 12.000 km à l’année.

Afin de favoriser les modèles fonctionnant au superéthanol, un abattement de 40% des rejets carbonés est proposé depuis le 1er août 2019. Il s’applique uniquement sur les modèles équipés d’usine pour la bicarburation essence/E85. Il permet, par exemple, d’acquérir un modèle flexfuel référencé par l’administration comme émettant 190 g de CO2 au km (après réduction de 40%, la nouvelle valeur est de 114 g), avec le bénéfice de la prime à la conversion.

Pour les entreprises

Deux avantages principaux sont accordés aux entreprises qui utilisent des véhicules flexfuel. Comme pour les diesel, elles profitent d’une TVA récupérable à 80%. En outre les véhicules hybrides (électricité/E85) émettant moins de 100 grammes de CO2 par kilomètre sont exemptés de TVS (Taxe sur les véhicules de société) pendant 12 trimestres à compter de la première immatriculation.

Enfin, et cette disposition concerne aussi les particuliers : à l’exception de la région Centre-Val-de-Loire où elle doit être acquittée à son taux maximum, la facture pour l’établissement du certificat d’immatriculation est réduite de moitié dans certains départements (ceux de Bretagne et de l’ancienne région Picardie) et l’opération est gratuite sur tous les autres territoires métropolitains.

Indépendance énergétique

Comme pour toutes les énergies nouvelles exploitables pour la mobilité durable, l’usage du superéthanol permet de réduire la dépendance de notre pays à ceux qui produisent du pétrole. Mieux, la France est exportatrice de ce carburant, à raison d’environ 30% de sa production. La première destination de ce commerce est l’Allemagne.