Photo : Elexi.

Exploitant uniquement des véhicules 100 % électriques, la jeune entreprise bordelaise de VTC « Elexi » prépare son déploiement dans les métropoles françaises. Sa réussite confirme l’intérêt des voitures zéro-émission pour les professionnels du transport privé de voyageurs.

L’électrique est une histoire de famille pour Alexandre Aubertin, le fondateur d’Elexi. Son père, premier chauffeur de taxi zéro-émission de Gironde, lui a inspiré l’idée d’une société de transport privé 100 % électrique. Lancée à Bordeaux en 2017 sous le nom de « eTransports », l’entreprise qui veut s’imposer comme un « Uber du véhicule électrique » peine à rencontrer le succès. « Ça ne marchait pas car il y avait trop peu de véhicules électrique à l’époque et les quelques chauffeurs en Tesla n’avaient pas besoin de chiffre d’affaires supplémentaire » nous confie Alexandre Aubertin.

Photo : Elexi.

Une flotte de Tesla Model 3 et Kia e-Niro

La société se concentre alors sur les déplacements professionnels en démarchant entreprises, hôtels et agences de voyage. Une stratégie qui finit par payer quelques années plus tard, en 2019, alors que de grandes entreprises clientes souhaitent utiliser ses services au-delà de Bordeaux. Une « année pivot » pour le fondateur, brutalement cassée dans son élan par la crise du Covid-19. « On a eu une énorme croissance entre septembre 2019 et mars 2020 » explique-t-il, confiant sur la reprise même si « les touristes ne sont pas la et (que) les entreprises limitent les déplacements ».



Renommée « Elexi » début 2020, la société exploite aujourd’hui une flotte de 5 Tesla et Kia e-Niro 64 kWh pour 8 chauffeurs salariés. Les véhicules sont opérationnels grâce à un roulement quotidien de 2 x 8 heures. Afin de satisfaire la demande, Elexi s’appuie également sur des contrats de sous-traitance conclus avec 15 chauffeurs indépendants. Les courses leurs sont attribuées via un logiciel spécialement conçu baptisé « Nébuléa » et une commission de 10 à 20 % leur est prélevée, inférieure à celle d’Uber (25%). En s’appuyant sur ce modèle, la société entame aujourd’hui son extension hors de son cocon bordelais.

Photo : Elexi.

Recharger sans bornes

D’ici la fin 2021, Elexi souhaite en effet s’implanter dans plusieurs métropoles comme Lille, Marseille, Lyon, Nantes, Toulouse, Strasbourg et Paris. A terme, sa flotte comptera une cinquantaine de véhicules 100 % électriques et 150 partenaires. Elle mène actuellement une levée de fonds de 800.000 euros pour satisfaire cet objectif et lancer « Elexi Rent ». Cette société permettra aux chauffeurs de taxis et VTC de louer en longue durée des véhicules électriques destinés à leur activité. Un moyen pertinent pour aider la transition de ces professionnels vers le zéro-émission et recruter de nouveaux partenaires.

Pour s’étendre dans les grandes villes, Elexi a besoin de chauffeurs mais aussi de bornes. Malgré un réseau aujourd’hui peu fiable, l’entreprise parvient à recharger sans avoir de propre installation. Un investissement jugé « trop coûteux » alors que « de nombreuses bornes ne sont pas utilisées la nuit ». Pour cela, elle a noué des partenariats avec des entreprises possédant des bornes de recharge. Elle y branche ses véhicules de 23h à 4h, gratuitement ou à un tarif préférentiel de 0,15 euros HT le kWh ou 3 euros HT les 30 minutes selon le site.

Photo : Elexi.

Des courses longue distance

Un modèle qu’Elexi veut utiliser dans chaque métropole, où elle place un « city manager » chargé de trouver des partenariats pour les bornes et les chauffeurs. « La phase d’installation dure 2 mois » explique Alexandre Aubertin. La recharge est un critère logiquement fondamental, les véhicules doivent en effet conserver un haut niveau de charge tout au long de la journée. « On doit avoir des voitures toujours chargées pour répondre aux demandes de dernière minute sur de grandes distances » confie le directeur. De longs trajets en véhicule électrique assez fréquents. « Les courses de plus de 200 à 300 km sont quotidiennes en haute saison », explique t-il. Elles sont réalisées sans encombres, comme ce Bordeaux – Paris en Tesla bouclé avec un unique arrêt-recharge de 30 minutes au superchargeur de Poitiers. « Le passager ne se rend pas compte de l’arrêt, on lui offre le café, c’est une pause normale pour reposer le chauffeur » affirme Alexandre Aubertin.

Photo : Elexi.

Faibles coûts d’énergie et d’entretien

Malgré une autonomie d’environ 500 km, les Tesla et e-Niro doivent être rechargés au cours de la journée. « C’était complexe au début, mais on a trouvé la méthode en faisant des recharges pendant les pauses déjeuner et dîners des chauffeurs » explique le fondateur. Une organisation finalement simple pour relever l’unique défi du véhicule électrique. Passé cela, il semble n’y avoir que des avantages, à commencer par les économies d’énergie et d’entretien. « On estime que sur 100.000 km ça nous coûte 1500 euros hors taxes pour la recharge et l’entretien global, avec un mix de bornes gratuites et payantes » affirme le directeur.

Si l’épidémie de Coronavirus a fortement ralenti l’activité d’Elexi, la société espère qu’elle permettra une relance plus verte. Elle estime ne pas être en difficulté financière mais « morale », face «  au manque de redynamisme des déplacements ». Alexande Aubertin lance d’ailleurs un appel à contribution via une levée de fonds qui permettra de réaliser les projets d’extension d’Elexi.