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Lorsque les cellules sont froides, les batteries se rechargent plus lentement. Mais toutes les voitures ne sont pas logées à la même enseigne. Voici nos mesures !
La batterie de traction est le cœur d’une voiture électrique. Pour qu’elle puisse donner le meilleur d’elle-même, les cellules qui la composent doivent se situer dans une fenêtre thermique idéale. Si elles sont trop froides, elles ne peuvent délivrer toute leur puissance et risquent des dégradations structurelles. C’est notamment le cas lors des recharges rapides (courant continu) en raison de contraintes électrochimiques. Pour prévenir tout dommage, le BMS (Battery Management System) veille au grain et bride la puissance admissible. Quels sont les effets sur le temps de recharge ? Voici nos mesures !
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Voitures électriques : le préconditionnement de la batterie est-il utile ?Avant d’entrer dans le vif du sujet, voici un bref rappel technique. Une batterie est composée de plusieurs cellules au sein desquelles les ions circulent d’un pôle à l’autre via un électrolyte liquide. À basse température, la viscosité de l’électrolyte augmente, ce qui réduit la mobilité ionique. Les ions ont alors besoin de plus d’énergie pour s’insérer dans l’anode. En phase de recharge rapide à froid, cette résistance interne accrue provoque un phénomène de placage de lithium. Cela génère des dendrites qui, à terme, peuvent percer le séparateur, provoquer un court-circuit interne et mener à un emballement thermique.
Cette réaction chimique est plus importante avec de fortes puissances en courant continu. Pour réduire le phénomène, entre autres raisons techniques, le BMS limite donc la puissance de recharge en attendant que la batterie monte en température grâce à son activité pendant la recharge et, en fonction de la température de départ, en utilisant l’énergie du réseau pour activer son système de régulation thermique. Voilà pourquoi une recharge rapide à froid sera toujours plus lente qu’un exercice similaire à chaud. C’est là qu’intervient le système de préconditionnement de la batterie. Désormais répandu, ce dispositif réchauffe le liquide caloporteur de la batterie pour forcer sa montée en température avant une recharge rapide.
Il est assez difficile de considérer comme froide une batterie en raison de l’utilisation qui est faite de l’auto et des conditions météo. Voilà pourquoi toutes les voitures de cet exposé, à prendre comme tel et non pas comme un comparatif, n’ont pas les cellules à la même température pour la recharge dite à froid. Pour faire simple, une batterie est considérée comme froide lorsqu’elle se situe sous sa température naturelle de fonctionnement, située autour des 20 °C en moyenne. À contrario, elle est considérée comme chaude lorsqu’elle dépasse les 30 °C. Entre les deux, elle est dite optimale. C’est par exemple de cette manière que Kia communique la condition thermique des batteries dans le menu dédié de ses voitures électriques.
Mais, pour se rapprocher davantage de la réalité, nous considérons comme froides des batteries se situant entre 10 et 15 °C. Cela correspond à peu près à la température d’une batterie un matin d’hiver, après une utilisation la veille et une nuit passée dehors par 0 °C. Le temps de recharge à chaud correspond au meilleur exercice de recharge enregistré, avec des batteries à 28 °C en moyenne au moment de brancher à 10 %.
Enfin, précisons ici qu’il est particulièrement risqué de laisser une batterie à 10 % de charge en hiver. Car, si cette dernière avoisine les 0 °C le lendemain matin, sa température et le taux de charge brideront inévitablement les performances. Nous en avons fait les frais avec un Skoda Elroq 85 : le mode Tortue s’est activé dès le démarrage et la voiture ne pouvait pas délivrer plus de… 30 ch ! Il nous a été impossible de gravir une petite pente, et nous avons dû nous échouer sur le bas-côté avec les feux de détresse.
En fonction des technologies et des choix arrêtés par les différents départements Recherche et Développement, toutes les voitures ne sont pas logées à la même enseigne. À froid, certaines se montrent bien plus prudentes que d’autres. C’est notamment le cas de la Kia EV6 58 kWh, pour laquelle nous avons noté un écart de 13 minutes entre deux scénarios de recharge. Avec une différence identique, les DS Numéro 8 Vinfast VF6 n’aiment vraiment pas le froid. La raison ? Ces deux voitures sont celles qui affichent le plus grand écart, alors que la mesure « froide » a été réalisée avec des batteries aux alentours de 18 °C. C’est notamment le cas de la DS et de sa batterie ACC, très sensible à froid. Le phénomène est tel que les accélérations ou même la capacité totale sont fortement impactées. L’accumulateur réclame 45 minutes pour passer de 10 à 80 % (puissance moyenne de 64 kW), contre 33 minutes (120 kW) si la batterie a été préchauffée. Les résultats avec une batterie à 10 °C pourraient être catastrophiques…
Nous avons constaté un comportement similaire avec le Peugeot e-3008 et sa batterie FDB (une filiale de BYD). Quand les cellules sont froides, il faut compter neuf minutes de plus qu’une recharge en temps normal… déjà très longue dans l’absolu : dans les meilleures des conditions thermiques, cette batterie réclame 40 minutes pour passer de 10 à 80 %. Pourtant, toutes les voitures du groupe Stellantis ne sont pas logées à la même enseigne. Avec sa batterie CATL de 51 kWh, la Peugeot e-308 demande seulement cinq minutes de plus pour passer de 10 à 80 % (8 °C vs 30 °C au départ) ! C’est dans la parfaite moyenne de nos relevés jusqu’à ce jour.
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Supertest 0°C : l’Audi A6 Avant e-tron a t-elle peur de l’hiver ?Avec sept minutes de différence, les BYD Dolphin, Renault Scenic e-Tech et Tesla Model Y font jeu égal. À noter que l’Américain ne se recharge pas plus vite si le préconditionnement a été activé, comme l’a démontré notre étude exclusive à ce sujet (graphique ci-dessous). Bien sûr, de très nombreuses autos peuvent atteindre un plafond de sécurité si elles sont branchées avec une batterie trop chaude au départ. Mais nous n’avons jamais observé ce phénomène à cause du préconditionnement.
Tout en haut du tableau, on retrouve plusieurs voitures avec des batteries de capacités et architectures bien différentes. Avec une batterie à 15 °C, une Audi A6 e-tron réclame quatre minutes de plus, alors qu’une Volkswagen ID.3 demande trois minutes supplémentaires. Avec une batterie à 14 °C au départ, les Mercedes CLA et Volkswagen ID.Buzz ne restent immobilisés que deux minutes de plus par rapport à une batterie à 24 °C. A noter que nous avons noté les mêmes résultats en poussant le van allemand dans ses retranchements avec une batterie à 6 °C pour -2 °C à l’extérieur.
| 10-80 % batterie froide | 10-80 % batterie chaude | Ecarts | |
| Kia EV3/EV4 – 81 kWh | 32 | 32 | 0 |
| Hyundai Inster – 49 kWh | 31 | 31 | 0 |
| Mercedes CLA – 85 kWh | 23 | 21 | 2 |
| Volkswagen ID.Buzz – 86 kWh | 27 | 29 | 2 |
| Volkswagen ID.3 – 59 kWh | 35 | 32 | 3 |
| Audi A6 e-tron – 95 kWh | 25 | 21 | 4 |
| Skoda Elroq 85 – 77 kWh | 31 | 27 | 4 |
| Peugeot e-308 – 51 kWh | 33 | 28 | 5 |
| Renault 4/5 e-Tech – 52 kWh | 36 | 30 | 6 |
| Tesla Model Y Standard – 60 kWh | 29 | 22 | 7 |
| Renault Scenic e-Tech – 87 kWh | 45 | 38 | 7 |
| BYD Dolphin – 60 kWh | 47 | 40 | 7 |
| Peugeot e-3008 – 73 kWh | 49 | 40 | 9 |
| DS Numéro 8 – 97 kWh | 45 | 33 | 12 |
| Kia EV6 – 58 kWh | 31 | 18 | 13 |
| Vinfast VF6 – 57 kWh | 40 | 27 | 13 |
Les Hyundai Inster et Kia EV3/EV4 étonnent, ou presque. Que ce soit à froid (12 °C au départ) ou à chaud (27 °C au départ), ces voitures présentent très exactement le même temps de recharge rapide malgré des conditions thermiques de la batterie diamétralement opposées ! Ces voitures se joueraient-elles des lois de la physique ? Absolument pas. Comme en témoigne la courbe de recharge de ces véhicules, rigoureusement stable jusqu’à près de 65 % de charge, il ne fait aucun doute que la puissance de recharge a volontairement été bridée par les ingénieurs coréens. Ce qui signifie que les puissances de recharge pourraient être plus élevées en temps normal et permettre aux voitures de faire le plein plus rapidement. Si nous n’avons pas eu d’explications techniques à ce jour, constatons que cela rend parfaitement inutile le système de préconditionnement de ces modèles !
S’il existe des systèmes très prudents allongeant le temps de recharge, on remarque toutefois que la perte de temps est beaucoup plus modérée que la croyance populaire le laisse supposer. Les résultats sont certes disparates, mais on compte six à sept minutes de plus en moyenne sur le 10-80 % entre une batterie froide et une batterie chaude. Bref, à moins de brancher la voiture un matin d’hiver sur une borne rapide avec une batterie proche de 0 °C ou moins (et en partant du principe qu’elle délivre suffisamment de puissance pour atteindre la borne), les différences de temps de recharge n’ont rien d’insurmontable. C’est ce qui ressort de cette étude technique, avec des mesures réalisées dans des cas rares, mais réels.
Mais attention : nos conclusions ne sont vraies que pour un exercice de recharge complet. Car, pour des recharges intermédiaires, avec un taux de charge élevé au départ, les puissances plus faibles peuvent ne pas aider la batterie à monter en température. Un cercle vicieux comme l’a démontré notre étude du système de préconditionnement de la Volkswagen ID.7. Dans ce cas, l’utilisation du système de préconditionnement pourrait être plus rentable.
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