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Pendant des années, la voiture électrique a été perçue comme un attribut pour écolo ou un jouet technologique pour les classes aisées. Avec les incertitudes qui pèsent sur le prix des carburants, quel parti politique pourrait aujourd’hui vraiment l’exclure de son programme ?
Avant l’arrivée des voitures électriques à batterie lithium existaient déjà celles fonctionnant avec la chimie nickel-cadmium (Citroën AX et Saxo, Peugeot 106, Renault Clio, etc.). Vendues, louées ou prêtées à des entreprises, collectivités, et ministères, elles ont fini par arriver entre les mains d’automobilistes particuliers pour différentes raisons, dont les principales étaient alors la curiosité technologique et l’écologie. Cette deuxième case ressemblait surtout à un fourre-tout dans lequel on trouvait par exemple l’envie de ne plus dépendre du pétrole, ne plus polluer, ne plus faire de bruit. Mais, à ce moment-là, pas ou très peu l’envie de ne pas émettre de CO2.
Les utilisateurs de ces voitures électriques étaient souvent perçus par les autres comme étant des marginaux, parfois presque des personnes à éviter. On leur a vite collé sur le dos cette étiquette d’écolo, alors que la plupart des écolos étaient contre la VE qui avait « nucléaire » comme synonyme. C’était l’époque où l’on voyait beaucoup à l’arrière des diesels fumants cet autocollant jaune avec un soleil rouge et le slogan « Nucléaire ? Non merci ». On ne le voit plus beaucoup, mais vous pouvez toujours le commander sur le site du réseau Sortir du nucléaire.
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Soyons positifs : pourquoi les fake news anti-VE facilitent maintenant l’adoption des voitures électriquesUn écolo, un pur, un dur, se reconnaissait en ce temps-là à sa barbe fournie ou de seulement quelques jours, sa chemise à carreaux, son pull et son jean hors d’âge et son utilitaire ou ludospace diesel. La voiture électrique ne faisait quasiment jamais partie de sa panoplie. Seuls quelques progressistes avec des arguments bien huilés pouvaient oser en utiliser une et l’affirmer. L’atout qui permettait de contrer les critiques, c’était d’avoir un moyen personnel de produire et consommer de l’électricité renouvelable. Ce lien étroit entre production personnelle d’électricité et voiture électrique satisfait autant les technophiles que l’âme écolo de bien des utilisateurs. « Ame écolo », dans le sens positif, pas l’étiquette péjorative et stupide. Les étiquettes, ce n’est pas toujours bon !
À cheval sur le changement de siècle, la voiture électrique a donc d’abord été une voiture de marginaux.
En parallèle à l’arrivée des Tesla Model S et X et des Renault ZE qui ont marqué le début d’une nouvelle ère électromobile, la famille des écologistes en politique s’est diversifiée. Non sans quelques épisodes houleux, comme celui des épluchures versées sur la tête de Nicolas Hulot en 2011. La voiture électrique est alors devenue un symbole de la politique du président Macron, en réponse à l’Accord de Paris sur le climat adopté en fin de COP21. Officiellement, la VE est alors devenue écolo.
Elle est ainsi surtout devenue politiquement clivante. Au point que le mouvement des Gilets jaunes l’a prise pour cible. Avec le prétexte de devoir gaver les voitures électriques, depuis les citadines, de tout un tas de systèmes, dont ceux au titre de la sécurité des occupants et des autres usagers, les prix se sont envolés. Avec pour effet pervers de coller en plus sur la malle ou la porte du coffre l’étiquette de « Voiture de riche ». Les étiquettes, ça se colle vite, mais quand il faut les enlever, ça fait parfois des dégâts et ça laisse des traces.
C’est quoi être riche ? Selon le Larousse, c’est avoir « de la fortune, des biens importants ». Les vrais riches s’intéressent encore peu aux voitures électriques. Trop souvent les classes moyennes, intermédiaires, aisées sont assimilées à tort aux riches. Mais elles sont de bonnes clientes des électriques depuis maintenant une douzaine d’années, car elles ont potentiellement les moyens de les acheter, et peuvent orienter leurs dépenses.
Les partis qui veulent rassembler un maximum d’électeurs parmi les déçus de la politique de Macron et ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois ont récupéré la voiture électrique comme contre-argument dans leurs programmes. Je ne voudrais pas donner de mauvaises idées, mais ils auraient pu imaginer un autocollant avec ce slogan « Voiture électrique ? non merci », et une tête rieuse de laquelle sort une cigarette en forme de pot d’échappement crachant de la fumée noire.
Comment reprocher de détester la VE à ceux qui ont du mal à sortir quelques milliers d’euros pour acheter une occasion thermique passable ? Elle symbolise bien pour eux quelque chose qui paraît inaccessible (trop chère, problème pour la recharger) et qu’on veut leur faire adopter pour des raisons environnementales qu’ils ne peuvent intégrer au milieu de toutes leurs contraintes, difficultés, et préoccupations à courte vue. Le leasing social, oui, c’est un moyen pour en avoir une, mais restant toujours au-dessus des moyens pour beaucoup. Et c’est lors des restitutions que ça risque de coincer, quand il va falloir payer pour les petits dégâts cumulés du quotidien.
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Et puis Donald Trump est arrivé avec ses gros sabots, provoquant la pagaille dans le détroit d’Ormuz, avec cette hausse du prix des carburants, et surtout une grosse incertitude pour la suite. Comme à chaque fois que l’on fait bouillir une casserole d’eau rase, ça finit par déborder. Et le débordement que nous constatons a pour forme une nouvelle vague d’intérêt vers la voiture électrique parce qu’elle est perçue comme économique par davantage de personnes aux fins de mois pas vraiment joyeuses.
Celles qui autrefois se moquaient de leurs collègues, voisins ou parents devenus électromobilistes ont commencé par ne plus trop en rire, ont montré de petits élans de jalousie, et font et refont leurs calculs. Et là, subitement, la voiture électrique ne se pose plus en voiture de riche mais en voiture de compromis. La réflexion est nourrie par plus de 10 ans de recul sur la technologie, un marché de l’occasion qui propose des modèles sous les 10 000 €, des moyens de recharge visibles et bien développés, et des voitures électriques que l’on croise désormais partout.
Il reste encore néanmoins le surcoût apparent du prix de l’électricité pour qui ne peut brancher une voiture électrique chez lui. Apparent parce qu’il existe encore pour beaucoup d’automobilistes des solutions pour payer moins cher, par exemple en demandant à l’employeur l’autorisation d’utiliser une prise, en profitant des possibilités dans les supermarchés du coin, ou avec les réductions importantes aux heures creuses. Même Tesla les pratique avec ses surperchargeurs !
S’ajoutent à cette foule de nouveaux électromobilistes tous les artisans et petits entrepreneurs qui ont fait leurs comptes avec déjà une expérience des utilitaires électriques. Du coup les étiquettes « Voiture de riche » et « Voiture Macron » se sont décolorées davantage avec un carburant moins accessible que sous les effets du soleil caniculaire. Qu’importe, car à chaque nouvelle vague d’automobilistes devenant électromobilistes, ça fait davantage de voitures électriques dans les rues. En s’amplifiant, le mouvement crée une visibilité et une potentielle confiance supérieure dans les VE. Quelqu’un n’est pas très content aujourd’hui de son VE ? Ce n’est pas grave puisque tant d’autres témoignent de l’inverse. Nous en sommes même à un stade où des mécontents de leurs VE continuent quand même parce que ça leur fait économiser pas mal d’argent.
Comme les anciens électromobilistes marginaux, les utilisateurs d’aujourd’hui cherchent comment gagner encore plus d’argent grâce à la technologie de leur VE. Pour cela le V2L et le V2G perçus encore récemment comme inutiles, sont devenus essentiels pour de plus en plus d’entre eux. Ceux qui savent faire l’effort d’aller loin et perdre du temps pour chercher le gazole le moins cher échafaudent de nouveaux plans autour de la VE.
La voiture électrique a-t-elle toujours une ou des couleurs politiques aujourd’hui ? Plus vraiment ! Quel parti politique peut désormais raisonnablement s’opposer à la voiture électrique ? Un parti qui veut mettre en avant l’écologie ou la lutte contre le réchauffement climatique ? Non ! Un parti qui veut défendre le pouvoir d’achat des Français ? Non plus ! Un parti militant pour le « Made in France » ? Pas d’avantage ?
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C’est le moment de sortir un autocollant « La voiture électrique ? Oui, merci ! »
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