Fin des voitures thermiques en Europe : la grande cacophonie

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On sent monter une fronde de la part de certains constructeurs automobiles et de politiciens pour tenter de repousser la fin du thermique. Et d’un autre côté, des entreprises appellent la Commission européenne à ne pas reculer. Difficile de s’y retrouver.

Maintenir le cap de 2035 : oui ou non ?

Le débat autour de l’interdiction des ventes de voitures thermiques neuves en 2035 semble prendre une nouvelle tournure au fil des semaines. Si l’Union européenne a officiellement acté en 2022 la fin de ces véhicules, l’échéance qui se rapproche inquiète. D’un côté, une partie du secteur plaide pour maintenir le cap fixé par Bruxelles, au nom de la transition énergétique et de la compétitivité. De l’autre, plusieurs grands constructeurs jugent ce calendrier irréaliste et appellent à des assouplissements (le mot est faible).

Lundi, près de 150 entreprises ont adressé une lettre ouverte à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Elles y exhortent l’exécutif européen à « ne pas reculer » sur son objectif de 2035. Parmi elles figurent des constructeurs de véhicules électriques comme Volvo ou Polestar, des fabricants de batteries implantés en Europe tels que Verkor, Samsung ou LG Energy, mais aussi des opérateurs de recharge et des fournisseurs de matériaux (Talga, Orano ou Rock Tech Lithium).

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Selon les signataires, retarder l’échéance « minerait la confiance des investisseurs » et « renforcerait durablement la concurrence chinoise et américaine ». Leur argument central est industriel : des milliards d’euros ont déjà été investis dans la filière électrique, et plus de 150 000 emplois créés en Europe. Un recul du Vieux continent enverrait un signal désastreux aux marchés. Ils réclament au passage une stratégie plus coordonnée dans le domaine des matières premières critiques à l’échelle du continent.

L’industrie automobile est divisée

Mais l’industrie est divisée. D’un côté on a ce front pro-électrique, mais de l’autre certains constructeurs multiplient les appels à la prudence. Le plus récent a été formulé par le directeur financier de BMW, Walter Mertl, qui a même proposé de repousser l’interdiction des moteurs thermiques à 2050. Il estime que la neutralité carbone devait prendre en compte le cycle de vie complet des véhicules, batteries comprises. Un point de vue partagé par d’autres poids lourds du secteur, comme Mercedes ou Stellantis.

Même Friedrich Merz, le chancelier allemand, abonde dans cette direction. Il a pris la parole à l’occasion du salon de Munich pour faire part de sa vision du marché. Il plaide pour « une réglementation européenne intelligente, fiable et souple sur l’automobile électrique ». S’il n’est pas aussi catégorique que BMW ou Mercedes, son discours va évidemment dans le même sens : il souhaite davantage de flexibilité sur la fin du thermique pour ne pas brusquer l’industrie automobile allemande.

Des divergences qui posent question

Ces divergences reflètent aussi une inquiétude liée à la réalité du marché. Les ventes de voitures électriques progressent, mais moins vite que prévu, et les constructeurs européens peinent à rivaliser avec l’offensive venue de Chine. De manière plus générale, la chute des marges accentue cette pression. Ce contexte met la Commission européenne dans une position délicate. Faut-il maintenir le cap ambitieux de 2035 ou répondre aux craintes d’une industrie en pleine transformation ?

Un premier bilan des objectifs CO2 est attendu en 2026. D’ici là, le bras de fer entre les deux parties devrait s’intensifier. Derrière la question de la fin du thermique et du calendrier se joue en réalité la place de l’Europe dans la course mondiale à la mobilité électrique. Attention de ne pas rater le coche.

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Philippe SCHWOERERil y a 8 mois

Perso, je roule en électrique depuis 18 ans. Mais je ne peux pas ouvrir les fenêtres de devant entre 7h00 et environ 19h00 à cause des gaz d'échappement qui seraient poussés chez moi. Derrière, ça va quand le voisin ne démarre pas son diesel, J'ai dû acheter un purificateur (très efficace d'ailleurs) pour assainir l'air chez moi. Quel produit n'est pas bon pour moi ? C'est pas l'électrique, c'est sûr !

Aujourd'hui, si les choix antérieurs avaient été différents et que nous roulions déjà quasiment tous à l'électrique, pensez-vous que les conducteurs se mettraient à acheter des voitures diesel qui incommoderaient les riverains avec leurs odeurs d'échappement, leur bruit, en plus d'une dépendance au pétrole qui se profilerait, des entretiens fréquents à réaliser, des fluides à remplacer qu'il faudrait recycler, des terres rares pour les systèmes de dépollution des gaz d'échappement, l'obligation pour tous d'aller à une station pour faire le plein d'un produit gras et qui sent mauvais, etc ? Pensez-vous que l'on dirait des véhicules thermiques que ce sont de bons produits ?

Par ailleurs les Chinois ne sont pas les seuls à voir des brevets autour des VE, y compris concernant les batteries et leur recyclage. Les matières premières se trouvent aussi ailleurs qu'en Chine, éventuellement en optant pour d'autres chimies.

Si la vente des VE stagnent, c'est d'abord à cause d'une mauvaise façon de les promouvoir (la marche forcée en France ça ne marche pas, surtout si l'on politise les choses), parce que la course au quotidien ne laisse que peu la place aux changements des rassurantes habitudes, que le coût externe de la recharge est souvent prohibitif, que trop de constructeurs s'entêtent à sortir des modèles trop décalées par rapport aux attentes et au budgets des ménages.

Si vous pensez trouver sur ce site beaucoup de personnes qui vous diront que les VE sont des mauvais produits, vous avez tout faux. Lisez donc les interviews que je prends de nos lecteurs pour vous faire une idée réelle de l'effet VE !

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CerveauAChargeLenteil y a 8 mois

Derrière la question de la fin du thermique et du calendrier se joue en réalité la place de l’Europe dans la course mondiale à la mobilité électrique.

Non.
Ce qui se joue, c'est la suprématie entre deux approches de l'économie.
Celle qui investit pour l'avenir, quitte à prendre des risques et échouer spectaculairement.
Et celle qui ne vise que les profits rapides, quitte à détruire ses sources de profit à long terme en rognant toute marge d'évolution.

La place de l'EU dans la mobilité électrique dans le monde est sans importance.
Pendant 100 ans, le VT a dominé, et l'EU s'en est sortie malgré la domination des US et du Japon.
L'EU survivra à 100 ans de VE tout aussi facilement, peu importe son rang mondial.

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Philippe SCHWOERERil y a 8 mois

"Je me demandais si les gens étaient prêts a faire l effort. Je m interrogeait pourquoi une part de ve si peu importante" : Je pense que c'est principalement un sentiment général de précarité qui empêche la plupart des automobilistes et des foyers de passer à l'électrique.
Précarité professionnelle, précarité dans le couple, précarité dans les amitiés et liens familiaux, précarité dans les transports en commun (lignes supprimées, horaires modifiés, affluence, etc.), précarité dans l'habitat, précarité de la santé et de l'accès aux services médicaux, précarité des gouvernements et institutions, précarité dans l'avenir de la planète, etc.
Devant tant de précarité, on veut oublier ce qui est présenté comme des catastrophes imminentes (c'est trop lourd à entendre) et on se rattache à un quotidien qui rassure. L'urgence climatique, les dangers de l'IA,etc. deviennent très lointains et abstraits.

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