La suite de votre contenu après cette annonce

En perte de vitesse en Europe, Dacia subit de plein fouet la concurrence chinoise et un marché de l’électrique qui accélère plus vite que sa stratégie.
Après des années de croissance, Dacia traverse une période de turbulences. Le bilan des ventes de l’année 2025 avait déjà montré un ralentissement, avec une hausse contenue de 3,1 % alors que la gamme avait été élargie (arrivée du Bigster). Mais la situation a dérapé en 2026, avec un recul de 8,2 % au premier semestre, alors que Renault a légèrement progressé (+ 2,6 %).
A l’issue du premier trimestre, Dacia avait pointé des difficultés dans la chaîne d’approvisionnement qui avaient perturbé les livraisons. Reste que la courbe des ventes ne s’est pas redressée au deuxième trimestre, celui-ci étant stable (- 0,3 %) alors que l’on imaginait une hausse avec le rattrapage des livraisons.
À lire aussi
Les ventes de voitures électriques s’envolent chez Renault : + 63 % au premier semestre 2026 !Dans le communiqué présentant les résultats du premier semestre, Dacia avoue une évidence : il doit faire face à de nouveaux défis sur le marché européen qui lui compliquent la tâche. Le principal, c’est la concurrence renforcée, avec la « progression des marques chinoises en Europe ». Si Dacia a longtemps été sans rival sur le secteur des prix cassés, les labels chinois sont clairement venus l’attaquer, à commencer par MG, qui a livré 179 000 véhicules sur le Vieux Continent au premier semestre 2026.
Certains estiment que Dacia paie sa stratégie de montée en gamme, avec des véhicules plus onéreux. Mais les bonnes ventes du Bigster prouvent que la marque a eu raison de partir à la conquête du segment C, ou son rapport prix/prestations canon fait mouche. La Sandero a réussi à rester la voiture la plus vendue en Europe, preuve que la recette Dacia fonctionne toujours. Mais il est vrai que celle-ci a un bilan en recul et est attaquée de toutes parts. En plus des chinois, Stellantis est offensif, avec des Citroën et Fiat qui ont quasiment aligné leurs prix sur la Sandero.
L’autre élément que Dacia pointe, c’est le « contexte de forte croissance des ventes de véhicules électriques ». Les livraisons de VE ont explosé en Europe. Elles ont augmenté de 40,5 % à 1,61 million d’exemplaires. Et la tendance s’accélère, avec + 51 % en juin. C’est le fruit de la mise en place de nouvelles aides à l’achat dans des pays clés (Allemagne, Italie), mais surtout ce sont les effets de la crise au Moyen-Orient. La flambée des prix des carburants pousse les automobilistes à se convertir plus rapidement à l’électrique. Ce qui est une gêne pour Dacia, pénalisé par son offre limitée.
Dacia a bien fait une entrée remarquée sur le marché de l’électrique dès 2021 avec la Spring, qui était en réalité une Renault low-cost d’abord pensée pour la Chine. Après un départ canon, les ventes ont plongé en Europe. L’auto a pris un coup de vieux face à des concurrentes plus récentes et a surtout été plombée en France par la perte du bonus.
Cinq ans après les débuts de la Spring, celle-ci reste la seule voiture électrique de Dacia. Un choix assumé par Dacia, pour qui il n’était pas question de se précipiter sur le tout électrique. La marque est certes contrainte par des normes CO2 de plus en plus sévères, mais a décidé d’y aller progressivement pour le reste de la gamme, avec le GPL d’abord puis l’hybride simple.
Cette progressivité suit aussi un calendrier dicté par l’équation économique de la marque. Une voiture électrifiée est forcément plus onéreuse, ce qui colle donc mal avec le positionnement de Dacia, ses clients étant à la recherche de prix attractifs.
La rentabilité de Dacia doit aussi être préservée. La recette magique de Dacia tient à l’usage de technologies aux coûts amortis en amont par Renault. L’hybride a ainsi été démocratisé dans l’offre Dacia quelques années après son arrivée sous le capot des Renault. Et le fait que Dacia ajoute ses volumes une fois que la demande est vraiment là aide à rentabiliser.
Cette stratégie de décalage s’applique aussi à l’électrique, mais la technologie commence tout juste à devenir rentable chez Renault, qui indique gagner enfin de l’argent avec la R5. Dacia devait donc attendre son tour, ce qui n’était pas forcément un problème, car il n’était besoin d’aller trop vite sur l’électrique, sa clientèle n’étant pas spécialement dans cette attente.
Mais le marché européen, où Dacia concentre ses ventes, est bouleversé en 2026. En juin, 25 % des voitures immatriculées sur le Vieux Continent étaient des électriques ! Et Dacia n’a donc que la Spring, une petite citadine avec une autonomie de 230 km, pour répondre à cette demande. Clairement, cette fois, il y a des clients qui se perdent et des concurrents en profitent. Mine de rien, Citroën a livré plus de 4000 C3 Aircross électrique en France au premier semestre.
Dacia a bien sûr de nombreux projets en cours. La Spring sera remplacée à la rentrée avec une nouvelle génération qui sera made in Europe. Mais il faudra attendre 2028 pour une Sandero électrique qui proposera davantage d’autonomie (au moins 300 km). Avant cela, MG lancera en 2027 une ambitieuse MG2 (déjà annoncée par le concept Go!).
Dacia aura ensuite un SUV urbain électrique (il prendra la place de la Sandero Stepway) puis un quatrième modèle électrique plus familial sera lancé… vers 2030. Voilà qui semble loin alors que la demande en Europe aura continué de progresser et que la concurrence se sera encore renforcée.
À lire aussi
Dacia Spring 2 : première image de la nouvelle citadine électrique dérivée de la TwingoUn choix prudent qui semblait logique il y a peu, en raison d’une progression du marché des VE moins rapide qu’espéré jusqu’à fin 2025, mais qui pourrait se transformer en choix pénalisant pour capter une partie de la clientèle.
L’important chez Dacia reste toutefois d’avoir une offre thermique vraiment accessible. La firme pensait tirer avantage d’un maintien d’une offre thermique le plus longtemps possible alors que de nombreuses marques généralistes pensaient basculer à l’électrique rapidement. Mais ces stratégies ont été abandonnées, notamment chez Stellantis. Dacia sera donc aussi toujours concurrencé sur le thermique.
Le meilleur d'Automobile Propre, dans votre boite mail !
Découvrez nos thématiques voiture électrique, voiture hybride, équipements & services et bien d’autres
S'inscrire gratuitement
